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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2008768

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2008768

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2008768
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantHEDDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 septembre 2020, les associations Collectif pour le triangle de Gonesse, France nature Environnement Île-de-France, Val-d'Oise Environnement ; Les Amis de la Terre Val-d'Oise, le Mouvement National de Lutte pour l'environnement - 93 et Nord Est Parisien, Environnement 93 et Vivre mieux à Aulnay-sous-Bois, représentée par Me Heddi, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n°2020-15806 du 9 mars 2020 par lequel le préfet du Val-d'Oise a créé une zone agricole protégée (ZAP) sur les communes de Gonesse et Roissy-en-France, ensemble la décision du 8 juillet 2020 portant rejet de leur recours gracieux ;

2°) mettre à la charge du préfet du Val-d'Oise la somme de 2000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la requête est recevable ;

- l'arrêté du 9 mars 2020 est entaché d'un vice de procédure en méconnaissance de l'article L. 112-2 du code rural et de la pêche maritime ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur l'intégration d'une zone non agricole dans la ZAP ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la " lisière agricole " intégrée n'a pas vocation à demeurer une zone agricole dans son intégralité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2021, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 17 mai 2021, la clôture d'instruction a été fixée le 30 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Buisson, président,

- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public,

- les observations de Me Heddi, avocat des associations requérantes,

- les observations de Mme A, représentant le préfet du Val-d'Oise.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 9 mars 2020, le préfet du Val-d'Oise a créé une zone agricole protégée (ZAP) sur le territoire des communes de Gonesse et Roissy-en-France. Par courriel du 11 mai 2020, l'association Collectif pour le triangle de Gonesse a formé un recours gracieux afin d'obtenir le retrait ou l'abrogation de cet arrêté, rejeté par un courriel du 8 juillet 2020. Par la présente requête, les associations requérantes demandent l'annulation de l'arrêté du 9 mars 2020, ensemble la décision portant rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 112-2 du code rural et de la pêche maritime : " Des zones agricoles dont la préservation présente un intérêt général en raison soit de la qualité de leur production, soit de leur situation géographique, soit de leur qualité agronomique peuvent faire l'objet d'un classement en tant que zones agricoles protégées. Celles-ci sont délimitées par arrêté préfectoral pris sur proposition ou après accord du conseil municipal des communes intéressées ou, le cas échéant, et après avis du conseil municipal des communes intéressées, sur proposition de l'organe délibérant de l'établissement public compétent en matière de plan local d'urbanisme ou de schéma de cohérence territoriale, après avis de la chambre d'agriculture, de l'Institut national de l'origine et de la qualité dans les zones d'appellation d'origine contrôlée et de la commission départementale d'orientation de l'agriculture et après enquête publique réalisée dans les conditions prévues au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement". Aux termes de de l'article R. 112-1-4 de ce même code : " Le préfet du département établit un projet de délimitation et de classement d'une zone agricole en tant que zone agricole protégée. La délimitation d'une zone peut être proposée au préfet par une ou plusieurs communes intéressées. ", aux termes de l'article R. 112-1-6 : " Le projet de zone agricole protégée est soumis pour accord au conseil municipal de la ou des communes intéressées () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la délimitation de la ZAP a été approuvée par une délibération du conseil municipal de la commune de Gonesse en date du 10 février 2020 et par celle du conseil municipal de la commune de Roissy-en-France en date du 24 février 2020. La circonstance que la communauté d'agglomération Roissy Pays de France n'ait pas été consultée dans la procédure de création de la zone agricole protégée, alors qu'elle ne détenait aucune compétence en matière de plan local d'urbanisme sur les territoires de ces deux communes, est sans influence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

4. En deuxième lieu, en vertu des dispositions de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme peuvent être classés en zone A " les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

5. Il résulte des dispositions précitées du code rural et de la pêche maritime que la création de zone agricole protégée a pour objet la protection de parcelles dont la préservation présente un intérêt général en raison soit de la qualité de leur production, soit de leur situation géographique, soit de leur qualité agronomique. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport de présentation de la ZAP, que le préfet du Val-d'Oise a entendu préserver des terres présentant un potentiel agricole en raison de la forte pression urbaine en région parisienne et de l'objectif de conservation de 400 hectares de terres agricoles dans le Triangle de Gonesse, imposé par le schéma directeur de la région d'Ile-de-France (SDRIF). Pour ce faire, il a pu, à bon droit, intégrer au sein du périmètre de la ZAP d'une part, des parcelles classées en zone A sur les communes de Gonesse et Roissy-en-France et supportant, pour certaines, des bâtiments agricoles directement rattachés à une exploitation et d'autres dont le classement dans la zone permet de garantir la cohérence du périmètre. En se bornant à soutenir que les parcelles cadastrées n° ZL0042, ZL0043 et ZL0113, n°ZL0087, et n°ZL0041 ne sont pas exclusivement affectées par des terres agricoles, les requérants ne font pas état de circonstances susceptibles de remettre en cause la particularité des terres classées au sein de la ZAP.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 311-6 du code de l'urbanisme : " L'aménagement et l'équipement de la zone sont réalisés dans le respect des règles d'urbanisme applicables. Lorsque la commune est couverte par un plan local d'urbanisme, la réalisation de la zone d'aménagement concerté est subordonnée au respect de l'article L. 151-42. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le projet de ZAP prévoit l'implantation d'une lisière agricole au sud de la zone délimitée. Si les requérants soutiennent que l'implantation d'une lisière agricole au sud de la zone du projet aura pour effet d'implanter des aménagements incompatibles avec le maintien de tout ou partie d'une activité agricole, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport de présentation de la ZAP, que cette lisière, implantée sur des parcelles classées en zone A de la commune de Gonesse, a une vocation exclusivement agricole. Par ailleurs, si les requérants soutiennent que l'arrêté n° 13 538 du 21 septembre 2016 portant création de la zone d'aménagement concertée (ZAC) " Triangle de Gonesse " aurait pour objectif d'implanter plusieurs aménagements incompatibles avec le maintien d'une activité agricole sur cette même lisière agricole, il ressort des dispositions précitées que l'aménagement et l'équipement de la ZAC sont réalisés dans le respect des règles d'urbanisme applicables. Dans ces conditions, le préfet n'a pas entaché sa décision d'illégalité.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les associations requérantes doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, celles présentées au titre des frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête des associations Collectif pour le triangle de Gonesse et autres est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association Collectif pour le triangle de Gonesse, première dénommée dans la requête et au ministre de l'écologie et la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Val d'Oise.

Délibéré après l'audience du 24 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Buisson, président,

M. Ausseil, conseiller,

Mme L'Hermine, conseillère,

Assistés de Mme Pradeau, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

Le président-rapporteur,

signé

L. Buisson

L'assesseur le plus ancien,

signé

M. AusseilLa greffière,

signé

A. Pradeau

La République mande et ordonne au ministre de l'écologie et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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