mardi 4 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2008792 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ESSONO NGUEMA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 septembre 2020, M. A, représenté par Me Essono Nguema, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 février 2020 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a accordé le concours de la force publique autorisant son expulsion à compter du 6 avril 2020 du logement qu'il occupe avec sa famille, 2 place de Montesquieu, bâtiment 1, escalier A 95 310 Saint-Ouen-l'Aumône ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des frais engagés pour l'instance et non compris dans les dépens, par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à la discrétion de Me Essono Nguema.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière : les conditions de saisine de la CCAPEX, prescrites à l'article 24 de la loi du 6 juillet 1986 n'ont pas été respectées dès lors que la notification de l'assignation au représentant de l'Etat a été faite moins de deux mois avant l'audience ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'instruction ministérielle du 2 juillet 2020 dès lors qu'elle n'est accompagnée d'aucune proposition de relogement effective et adaptée à sa situation familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation : elle énonce que sa dette locative est insurmontable alors qu'il a bénéficié d'un plan d'apurement de sa dette et que sa compagne et lui recherchent activement un emploi ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors qu'elle risque de contraindre ses trois enfants à vivre dans la rue ;
- elle est constitutive d'un trouble à l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2021, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête de M. A.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfants du 20 novembre 1989 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- la loi n° 89-462 du 6 juillet 1986 tendant à améliorer les rapports locatifs et portant modification de la loi n°86-1290 du 23 décembre 1986 ;
- l'instruction ministérielle n° D20008000 du 2 juillet 2020, relative aux enjeux de l'hébergement d'urgence dans le contexte sanitaire ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère rapporteure ,
- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,
- et les observations de Mme B, représentant la préfecture du Val-d'Oise.
Considérant ce qui suit :
1. Le tribunal d'instance de Pontoise a, par jugement du 4 décembre 2018, autorisé l'expulsion de M. A d'un logement, 2 place de Montesquieu, bâtiment 1, escalier A à Saint-Ouen-l'Aumône (95310). Par une décision du 5 février 2020, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a accordé le concours de la force publique autorisant son expulsion de ce logement à compter du 6 avril 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. Maurice Barate, secrétaire général de la préfecture du Val-d'Oise, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet, consentie par un arrêté du 17 juin 2019, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision du 19 mai 2020 par laquelle la commission de surendettement des particuliers du Val-d'Oise a prononcé l'effacement de la dette de M. A est intervenue postérieurement à l'édiction de la décision attaquée du 5 février 2020. Par suite, M. A ne peut utilement soutenir qu'en ne prenant pas en compte cette décision, le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.
4. En troisième lieu, l'article 24 de la loi du 6 juillet 1986 tendant à améliorer les rapports locatifs dispose : " () III.-A peine d'irrecevabilité de la demande, l'assignation aux fins de constat de la résiliation est notifiée à la diligence de l'huissier de justice au représentant de l'Etat dans le département au moins deux mois avant l'audience, afin qu'il saisisse l'organisme compétent désigné par le plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées, suivant la répartition de l'offre globale de services d'accompagnement vers et dans le logement prévue à l'article 4 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 précitée. Cette notification s'effectue par voie électronique par l'intermédiaire du système d'information prévu au dernier alinéa de l'article 7-2 de la même loi. La saisine de l'organisme mentionné à la première phrase du présent III peut s'effectuer par voie électronique, selon des modalités fixées par décret. L'organisme saisi réalise un diagnostic social et financier, selon des modalités et avec un contenu précisé par décret, au cours duquel le locataire et le bailleur sont mis en mesure de présenter leurs observations, et le transmet au juge avant l'audience, ainsi qu'à la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives ; le cas échéant, les observations écrites des intéressés sont jointes au diagnostic. () ".
5. Ces dispositions sont relatives aux conditions dans lesquelles l'assignation aux fins de constat de la résiliation d'un bail doit être notifiée au représentant de l'Etat dans le département alors que la décision attaquée, est une mesure d'exécution d'une ordonnance d'expulsion rendue par le tribunal judiciaire de Pontoise le 4 décembre 2018. M. A ne peut ainsi utilement soutenir que les conditions de saisine de la commission spécialisée de coordination des actions de prévention des expulsions locatives n'ont pas été respectées dans la mesure où la notification de l'assignation au représentant de l'Etat est intervenue moins de deux mois avant l'audience.
6. En quatrième lieu, le code des procédures civiles d'exécution dispose, en son article L. 153-1 : " L'État est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'État de prêter son concours ouvre droit à réparation " ; en son article L. 153-2 : " L'huissier de justice chargé de l'exécution peut requérir le concours de la force publique. " et en son article R. 121-21 : " Le délai d'appel et l'appel lui-même n'ont pas d'effet suspensif. ". En outre, aux termes de l'article 579 du code de procédure civile : " Le recours par une voie extraordinaire et le délai ouvert pour l'exercer ne sont pas suspensifs d'exécution si la loi n'en dispose autrement. ".
7. Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative est normalement tenue d'accorder le concours de la force publique en vue de l'exécution d'une décision de justice revêtue de la formule exécutoire et rendue opposable à la partie adverse. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire d'expulsion telles que l'exécution de celle-ci serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. En cas d'octroi de la force publique, il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés par sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonné, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. D'une part, le préfet du Val-d'Oise produit à l'instance plusieurs rapports dressés par le conseil départemental du Val-d'Oise, des courriers émanant de la direction du logement de Saint-Ouen-l'Aumône et du commissariat de police de Cergy-Pontoise, ainsi que le formulaire de saisine de la commission spécialisée de coordination des actions de préventions des expulsions locatives. Il en ressort que M. A ne s'est présenté à aucune des convocations qui lui ont été adressées en 2019 par ces différents interlocuteurs. En outre, l'ordonnance d'expulsion du tribunal judiciaire de Pontoise du 4 décembre 2018 ne fait aucunement mention des trois enfants de M. A et indique au contraire que " Monsieur A est devenu seul locataire à la suite du départ " de son ancienne colocataire. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. A ne disposait que d'un droit d'accueil au cours des week-end de ses trois enfants respectivement nés en 2010, 2014 et 2018. Par ailleurs, la demande de fonds de solidarité pour le logement, effectuée par M. A en vue de se maintenir dans son logement a été rejetée le 28 mai 2019 au motif que " la commission FSL (Fonds de Solidarité Logement) ne souhaite pas cautionner une situation ne correspondant pas à la réalité (enfant absent du domicile). " Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que sa situation est telle que son expulsion révèle des risques sérieux de troubles à l'ordre public.
9. D'autre part, M. A allègue que sa dette locative a fait l'objet d'un plan d'apurement décidé par la commission de surendettement des particuliers du Val-d'Oise lors de sa séance du 19 mai 2020, lui permettant ainsi, lorsqu'il aura trouvé un travail, de payer son loyer. Il expose également que sa nouvelle compagne qui vit avec lui, a donné naissance à un enfant le 10 juillet 2020, et qu'elle pourra désormais trouver un emploi afin de participer aux charges financières du foyer ou encore qu'il a, en date du 21 août 2020, déposé une demande de logement locatif social. Ces circonstances, certes postérieures à l'ordonnance d'expulsion et devant ainsi être prises en considération par le préfet, ne sont toutefois pas de nature à caractériser une atteinte à la dignité humaine de M. A et de ses enfants, justifiant que le préfet refuse d'octroyer le concours de la force publique pour l'expulsion des requérants.
10. En accordant le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion du requérant, le préfet du Val-d'Oise n'a ainsi pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation de M. A.
11. En cinquième lieu, eu égard à ce qui a été énoncé aux points 8 et 9 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. En sixième lieu, l'instruction ministérielle n° D20008000 du 2 juillet 2020 susvisée, se borne à fixer des lignes directrices aux préfets amenés à apporter leur concours à l'exécution de décisions de justice ordonnant des expulsions locatives mais ne fixe aucune règle impérative. M. A ne peut, dès lors, s'en prévaloir pour soutenir que la circonstance qu'aucune proposition de relogement ne lui a été faite avant son expulsion entache la décision du préfet du Val-d'Oise d'accorder le concours de la force publique d'illégalité.
13. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
14. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 8 et 9 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en octroyant le concours de la force publique en vue de son expulsion du logement qu'il occupe, le préfet du Val-d'Oise a méconnu l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 5 février 2020 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a accordé le concours de la force publique autorisant son expulsion du logement qu'il occupe, à compter du 6 avril 2020.
Sur les frais du litige :
16. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
17. Les dispositions précitées faisant obstacle à ce que soit mise à la charge l'Etat qui n'est pas la partie perdante, les conclusions présentées à ce titre par M. A ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2023 à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
M. Baude, premier conseiller,
Mme Zaccaron Guérin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.
La rapporteure,
signé
C. Zaccaron Guérin Le président,
signé
P. Thierry
La greffière,
signé
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 20087922
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026