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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2008928

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2008928

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2008928
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET CHAIN ASSOCIATION D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 septembre 2020 et 6 septembre 2022, ainsi qu'une pièce, enregistrée le 27 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Peyrelevade, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 août 2020 par laquelle la commission d'appel de France Galop lui a interdit de monter dans toutes les courses régies par le code des courses au galop pour une durée de six mois ;

2°) de mettre à la charge de France Galop la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les droits de la défense ont été méconnus, dès lors que le principe du contradictoire n'a pas été respecté lors de la mise en œuvre de la procédure ayant abouti le 5 août 2020 à sa sanction par la commission de France Galop ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité des dispositions de l'article 234 du code des courses au galop relatives au pouvoir dit " d'évocation " de la commission de France Galop, qui méconnait le principe constitutionnel d'indépendance et d'impartialité des juridictions ;

- l'article 234 du code des courses au galop a été méconnu en l'absence de tout motif justifiant l'usage par les commissaires de France Galop de leur pouvoir d'évocation, alors qu'il n'avait pas lui-même interjeté appel de la décision des commissaires de courses ;

- en tout état de cause, le pouvoir d'évocation ne permettait ni aux commissaires de France Galop, ni à la commission d'appel de France Galop d'aggraver la sanction initialement prononcée par les commissaires de courses à son encontre ;

- la décision attaquée méconnait également le principe non bis in idem dès lors qu'il subit deux sanctions distinctes à raison des mêmes faits ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que la sanction est manifestement disproportionnée au regard des faits qui lui sont reprochés, de ses conséquences en ce qu'elle implique la perte de la moitié de ses revenus annuels, de l'absence d'antécédent disciplinaire et des sanctions considérablement moins sévères ayant été prononcées par France Galop dans des affaires similaires ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir, les instances disciplinaires de France Galop ayant utilisé la procédure d'évocation pour aggraver la sanction qui lui avait été infligée alors que la sanction initialement prononcée par les commissaires de course, qu'il n'avait pas contestée, était devenue définitive à son endroit.

Par des mémoires en défense enregistrés les 6 octobre 2022 et 27 janvier 2023, et des pièces, enregistrées les 7 octobre 2022 et 30 janvier 2023, l'association France Galop, représentée par Me Sigler, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Un mémoire de l'association France Galop a été enregistré le 10 mars 2023, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 2 juin 1891 ayant pour objet de réglementer l'autorisation et le fonctionnement des courses de chevaux ;

- le décret n° 97-456 du 5 mai 1997 ;

- le décret n° 2010-1314 du 2 novembre 2010 ;

- le code des courses au galop approuvé par le ministre de l'agriculture ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Monteagle, rapporteure,

-les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public,

-les observations de Me Peyrelevade, représentant M. B,

- et les observations de Me Sigler, représentant l'association France Galop.

Considérant ce qui suit :

1. Le 25 juillet 2020, au cours du Prix " Pressing de la Lavandière ", M. B, jockey professionnel, et son confrère, M. D C, ont eu une altercation dans le vestiaire. Saisis par M. C, qui faisait valoir avoir reçu trois coups de poing au visage, les commissaires de courses ont sanctionné le jour même MM. B et C d'une interdiction de monter dans toutes les courses au galop pour une durée de 15 jours chacun pour " attitude irrespectueuse " et " voie de fait dans les vestiaires ". M. C a interjeté appel de la sanction le concernant devant les commissaires de France Galop. Ces derniers ont décidé de statuer sur l'appel de M. C, mais également de faire usage de leur pouvoir dit " d'évocation " prévu par l'article 234 du code des courses au galop pour réexaminer les faits à l'origine de la sanction infligée à M. B au motif qu'il existait des éléments nouveaux. Ils ont, par une décision du 5 août 2020, d'une part, annulé la sanction prononcée à l'encontre de M. C, et d'autre part, estimé que M. B s'était rendu fautif d'une agression à l'encontre de M. C. Ils lui ont en conséquence infligé une interdiction de monter dans toutes les courses régies par le code des courses au galop d'une durée de 6 mois. M. B a interjeté appel de cette décision devant la commission d'appel de France Galop, qui a, le 19 août 2020, confirmé la décision du 5 août 2020. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur les conclusions d'annulation :

2. En premier lieu et d'une part, aux termes du point IV de l'article 234 du code des courses au galop relatif au pouvoir d'évocation des commissaires de France Galop : " Les juges d'appel, () peuvent évoquer un fait non examiné par les premiers juges () et statuer sur l'ensemble de l'affaire à l'égard de toutes les parties visées par la décision dont l'appel, même si certaines de ces parties n'ont pas interjeté appel. (). / Dans le cas où l'examen de l'affaire ainsi évoquée ferai apparaître des fautes ou infractions non examinées par les premiers juges, les juges d'appel peuvent prendre des sanctions à l'égard des contrevenants (). Dans ce cas, les personnes faisant l'objet d'une sanction disciplinaire prononcée pour la première fois, se voient ouvrir la possibilité d'un recours devant la commission d'appel () ". Aux termes de l'article 232 de ce code : " I. L'appel est déféré devant les Commissaires de France Galop. II. Toutefois, il est porté devant la Commission d'Appel prévue au paragraphe II de l'article qui suit, lorsque la décision, objet de l'appel, a été prise par les Commissaires de France Galop en vertu de leurs pouvoirs généraux ". Aux termes de l'article 244 de ce code précise que " La saisine d'une juridiction étatique ne peut se faire qu'après épuisement de toutes les voies de recours prévues par le Code des Courses ".

3. D'autre part, dans le cadre d'un recours administratif préalable obligatoire devant un organe disciplinaire d'appel, la procédure suivie devant cet organe et la décision prise par ce dernier se substituent entièrement à la procédure suivie devant l'organe disciplinaire de première instance et à la décision prise par ce dernier.

4. Il résulte des dispositions précitées du code des courses au galop que le recours formé contre les décisions des commissaires de France Galop devant la commission d'appel de cette association a le caractère d'un recours obligatoire préalable à toute saisine du juge administratif. Par conséquent, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des droits de la défense dans la conduite de la procédure ayant abouti le 5 août 2020 à la sanction édictée par les commissaires de France Galop à laquelle la sanction du 19 août 2020 infligée par la commission d'appel de France Galop s'est entièrement substituée. Le moyen, inopérant, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, le requérant soutient que les dispositions du point IV de l'article 234 du code des courses au galop, citées au point 2, donnent aux commissaires de France Galop à la fois des prérogatives de poursuite et de jugement, sans séparation entre ces deux fonctions, et seraient, pour ce motif contraires aux principes d'impartialité et d'indépendance des juridictions garantis par l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Toutefois et en tout état de cause, l'association France Galop ne constitue pas une juridiction ou un tribunal au sens de ce principe constitutionnel, justifiant une telle séparation des fonctions, alors qu'au demeurant ses instances disciplinaires exercent leurs attributions sous le contrôle juridictionnel du juge administratif de première instance qui présente les garanties d'indépendance et d'impartialité exigées par ce principe constitutionnel. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité des dispositions de l'article 234 du code des courses au galop doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes du II de l'article 209 du code des courses au galop relatif aux pouvoirs disciplinaires : " Les commissaires de courses ont le pouvoir dans les limites du présent code : () 2. D'interdire à un jockey de monter pour une durée qui ne peut dépasser 6 mois ; () ". Aux termes de l'article 216 de ce code : " () Les commissaires de France Galop peuvent dans le respect du contradictoire, prononcer les sanctions indiquées ci-après : () IV. Suspension () de monter () : les commissaires de France Galop peuvent suspendre temporairement () l'autorisation de monter () d'un jockey (). " Aux termes de l'article 218 de ce code : " Les commissaires de France Galop examinent en appel les décisions contestées des commissaires des courses ". Aux termes de l'article 224 de ce code : " II. Toute faute disciplinaire peut donner lieu à l'application des sanctions disciplinaires prévues au présent code. La faute disciplinaire est selon le cas soumise à l'appréciation des commissaires de courses ou des commissaires de France Galop. / III. Si la faute disciplinaire a été commise sur un hippodrome à l'occasion d'une réunion de courses, les commissaires de courses prononcent immédiatement la sanction à condition que l'intéressé ait été entendu, à moins qu'ils n'estiment devoir transmette le dossier aux commissaires de France galop selon la gravité de la faute ". Aux termes de l'article 230 du code : " Sont susceptibles d'appel les décisions prises par les commissaires de courses et par les commissaires de France Galop, en premier ressort : () ayant trait à une faute disciplinaire. () ". Aux termes du IV de l'article 231 de ce code : " Si la faute disciplinaire a été commise sur un hippodrome à l'occasion d'une réunion de courses, les commissaires de courses prononcent immédiatement la sanction () à moins qu'ils n'estiment devoir transmettre le dossier aux commissaire de France Galop, selon la gravité de la faute ".

7. D'une part, M. B soutient que la commission de France Galop ne pouvait, sans méconnaître les dispositions de l'article 234 du code des courses au galop citées au point 2, se saisir de la sanction qui lui avait été infligée par les commissaires de courses le 25 juillet 2020, alors qu'il n'avait pas lui-même interjeté appel de la décision des commissaires de courses et qu'aucun fait nouveau ne justifiait qu'ils s'en saisissent d'office. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les commissaires des courses ont sanctionné MM. B et C pour " attitude irrespectueuse " et " voie de fait dans les vestiaires ", se fondant seulement sur le témoignage des deux intéressés ainsi que sur un examen médical sommaire de M. C ayant conclu à la présence de simples tuméfactions. Il ressort de ces mêmes pièces que plusieurs faits nouveaux ont été portés à la connaissance de France Galop dans les heures et jours suivants l'intervention de cette sanction, en l'espèce des témoignages directs de jockeys présents dans les vestiaires faisant état de coups répétés portés par M. B sur M. C, sans réaction de ce dernier, ainsi qu'un examen médical plus approfondi de l'état de M. C concluant à une fracture de la mâchoire nécessitant 45 jours d'interruption temporaire de travail. Dès lors que ces éléments, témoignant d'une agression violente de M. B sur M. C, n'avaient pas été pris en compte par les commissaires de course pour qualifier la faute reprochée aux deux jockeys, les commissaires de France Galop étaient fondés à estimer qu'ils constituaient des faits nouveaux justifiant une " évocation " de l'ensemble des faits s'étant produits lors du prix " Pressing de la Lavandière ", sans limiter son examen à la seule sanction infligée à M. C pour " attitude irrespectueuse " et " voie de fait dans les vestiaires " et à l'encontre de laquelle ce dernier avait fait appel.

8. D'autre part, les faits nouveaux, postérieurs à la sanction des commissaires de course, ont permis d'établir que M. B avait agressé M. C, ce qui ne pouvait valablement être qualifié de " voie de fait " et d' " attitude irrespectueuse ". Par conséquent, les instances disciplinaires de France Galop étaient fondées à estimer qu'il existait une faute non examinée par les commissaires de course tenant à l'existence d'une agression violente de M. B sur M. C, justifiant que soit substituée à la sanction de quinze jours d'interdiction de monter dans les courses au galop la nouvelle sanction de six mois d'interdiction infligée par les commissaires de France Galop au terme d'une nouvelle qualification de l'infraction commise par M. B.

9. Il résulte de ce qui précède que c'est par une exacte application des dispositions de l'article 234 du code des courses au galop que la commissions d'appel de France Galop a validé les conditions dans lesquelles les commissaires de France Galop se sont saisis de la sanction infligée le 25 juillet 2020 par les commissaires de course à M. B.

10. En quatrième lieu, aux termes du III de l'article 234 du code des courses au galop : " () Les juges d'appel peuvent supprimer des sanctions ou prendre des sanctions différentes. Ils ne peuvent, toutefois, prendre une sanction plus sévère à l'égard de la personne sanctionnée lorsque l'appel a été interjeté par celle-ci ".

11. Compte tenu de ce qui a été dit au point 8, la décision du 5 août 2020 par laquelle les commissaires de France Galop ont infligé six mois d'interdiction de monter à M. B doit être regardée non comme une décision disciplinaire d'appel, mais comme une décision de première instance, justifiant au demeurant que l'intéressé ait bénéficié de la possibilité de faire appel devant la commission d'appel de France Galop, qui n'a aucunement aggravé cette sanction. En conséquence, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions précitées, ainsi que de celle du principe général du droit disciplinaire dit non reformatio in pejus, au seul motif que les commissaires de France Galop ont retenu une sanction plus lourde que celle des commissaires de course.

12. En cinquième lieu, si le requérant soutient que la décision attaquée méconnait également le principe non bis in idem dès lors qu'il aurait subi deux sanctions distinctes à raison des mêmes faits, il résulte toutefois de ce qui a été dit aux points précédents que la sanction prise par la commission d'appel de France Galop s'est entièrement substituée, et non cumulée, à la sanction de quinze jours d'interdiction infligée initialement par les commissaires de courses.

13. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'après avoir insulté M. C lors de la course, M. B l'a agressé violemment dans les vestiaires en lui assénant trois coups de poing au visage en l'absence de toute provocation de la victime, qui n'a en outre pas répliqué à cette agression. Il ressort de ces mêmes pièces et n'est pas sérieusement contesté par le requérant que ce dernier avait déjà fait preuve de violence, de menaces et d'insultes à l'égard d'autres jockeys membres de la famille C dans le cadre professionnel. Par suite et au regard de la particulière gravité des faits, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'une sanction d'interdiction de monter d'une durée de six mois est disproportionnée.

14. En dernier lieu et dès lors que les instances de France Galop ont régulièrement procédé à la sanction de M. B, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir, au motif que ces instances auraient détourné la procédure d'évocation à seule fin d'aggraver la sanction qui lui avait été infligée le jour de la course.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige

16. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. ".

17. D'une part, ces dispositions font obstacle à ce que soient mises à la charge de l'association France Galop les sommes sollicitées par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

18. D'autre part, il y a lieu, en application de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge de M. B la somme de 1 500 euros au titre des mêmes frais exposés par l'association France Galop.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 :M. B versera à l'association France Galop la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'association France Galop.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

Mme F et M. E, premiers conseillers,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La rapporteure,

signé

M. FLa présidente,

signé

C. Van Muylder

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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