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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2009238

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2009238

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2009238
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET ARCO-LEGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 septembre 2020, la commune de Génicourt, représentée par la société d'avocats Cap-tout-droit agissant par Me Dupaquier, demande au tribunal :

1°) d'annuler, d'une part, l'arrêté interministériel du ministre de l'économie et des finances, du ministre de l'action et des comptes publics et du ministre de l'intérieur du 17 juin 2020 portant reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle en tant qu'il refuse de reconnaître l'état de catastrophe naturelle de la commune de Génicourt et, d'autre part, la décision du 15 juillet 2020 du préfet du Val d'Oise lui ayant notifié l'arrêté ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 15 juillet 2020 a été prise par une autorité incompétente ;

- l'arrêté du 17 juin 2020 est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2021, ministre de l'intérieur, représenté par la SELAS Arco Legal agissant par Me Fergon, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de commune de Génicourt la somme de 3 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la commune de Génicourt ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur le moyen, relevé d'office, de l'irrecevabilité des conclusions en annulation dirigées contre le courrier du préfet du Val d'Oise du 15 juillet 2020, ce courrier ne constituant pas une décision administrative au sens de l'article R. 421-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des assurances ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thierry, président-rapporteur

- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Génicourt demande au tribunal d'annuler l'arrêté interministériel du ministre de l'économie et des finances, du ministre de l'action et des comptes publics et du ministre de l'intérieur du 17 juin 2020 portant reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle en tant qu'il refuse de reconnaître l'état de catastrophe naturelle de la commune pour les mouvements de terrain consécutifs à la sécheresse et la réhydratation des sols pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2019, ainsi que le courrier du 15 juillet 2020 par lequel le préfet du Val d'Oise a notifié et motivé cette décision.

Sur les conclusions dirigées contre le courrier du préfet du Val d'Oise du 15 juillet 2020 :

2. Aux termes de l'article L.125-1 du code des assurances : " () L'état de catastrophe naturelle est constaté par arrêté interministériel qui détermine les zones et les périodes où s'est située la catastrophe ainsi que la nature des dommages résultant de celle-ci couverts par la garantie visée au premier alinéa du présent article. Cet arrêté précise, pour chaque commune ayant demandé la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, la décision des ministres. Cette décision est ensuite notifiée à chaque commune concernée par le représentant de l'État dans le département, assortie d'une motivation. L'arrêté doit être publié au Journal officiel dans un délai de trois mois à compter du dépôt des demandes à la préfecture. De manière exceptionnelle, si la durée des enquêtes diligentées par le représentant de l'État dans le département est supérieure à deux mois, l'arrêté est publié au plus tard deux mois après la réception du dossier par le ministre chargé de la sécurité civile. ".

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ".

4. Il ressort de ces dispositions que le courrier par lequel le préfet notifie à la commune l'arrêté interministériel a pour seul objet de porter à la connaissance de celle-ci la décision prise antérieurement par les ministres sur la demande de la commune, et la motivation de cette décision, sans que le préfet ne porte une appréciation sur cette demande. En l'espèce, le courrier du préfet du Val d'Oise du 15 juillet 2020 a pour seul objet de procéder à la notification de l'arrêté des ministres du 17 juin 2020 et de l'assortir d'une motivation. Il ne constitue pas une décision au sens de l'article R. 421-1 précité. Il en résulte que les conclusions de la commune dirigées contre celui-ci sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté interministériel du 17 juin 2020 :

5. En premier lieu, si les dispositions de l'article L. 125-1 du code des assurances précitées exigent que la décision des ministres, assortie de sa motivation, soit, postérieurement à la publication de l'arrêté, notifiée par le représentant de l'État dans le département à chaque commune concernée, elles ne sauraient être interprétées comme imposant comme condition de la légalité de l'arrêté de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle qu'il comporte l'indication des motifs qui le fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté litigieux, inopérant, doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 125-1 du code des assurances : " () Sont considérés comme les effets des catastrophes naturelles, au sens du présent chapitre, les dommages matériels directs non assurables ayant eu pour cause déterminante l'intensité anormale d'un agent naturel, lorsque les mesures habituelles à prendre pour prévenir ces dommages n'ont pu empêcher leur survenance ou n'ont pu être prises. ".

7. En troisième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 125-1 du code des assurances que le législateur a entendu confier aux ministres concernés la compétence pour se prononcer sur les demandes des communes tendant à la reconnaissance sur leur territoire de l'état de catastrophe naturelle. Il leur appartient, à cet effet, d'apprécier l'intensité et l'anormalité des agents naturels en cause sur le territoire des communes concernées.

8. Il ressort des indications livrées par la défense, que pour déterminer si un épisode de sécheresse présente un caractère exceptionnel les ministres procèdent, pour chaque maille du territoire de huit kilomètres de côté, à une comparaison de l'indicateur d'humidité des sols superficiel, établi pour un mois donné, avec les indicateurs établis pour ce même mois, au cours des cinquante dernières années. A partir de ces données, s'il apparaît que l'indice d'un seul mois présente une durée de retour de vingt-cinq années au moins, la saison entière est considérée comme subissant un épisode de sécheresse-réhydration anormal.

9. Pour contester l'appréciation portée par les ministres sur sa situation, la commune de Génicourt ne formule aucune critique sur cette méthode et se borne à produire les rapports mensuels de l'Office international de l'eau de l'année 2019, qui concernent tout le territoire métropolitain et ne comportent aucune précision quant aux taux d'humidité des sols sur le territoire de la commune. Ces seuls éléments ne permettent ainsi pas de remettre en cause l'appréciation portée par les ministres dans l'arrêté en litige. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit dès lors être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la commune de Génicourt doivent être rejetée.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une somme à ce titre, les conclusions de la commune de Génicourt en ce sens doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Génicourt la somme demandée par ministre de l'intérieur et des outre mer sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la commune de Génicourt est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du ministre de l'intérieur et des outre-mer relatives aux frais non compris dans les dépens sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Génicourt, au ministre de l'économie et des finances, au ministre délégué auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Zaccaron Guérin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

Le président,

signé

P. Thierry L'assesseur le plus ancien,

signé

F.-E. Baude

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 20092382

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