vendredi 2 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2009495 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | ADHEMARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 septembre 2020, la Sarl " Baraka " , représentée par Me Adhemard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 février 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 36 200 euros et la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 4 248 euros ainsi que la décision du 23 juillet 2020 rejetant son recours gracieux,
2°) d'annuler les titres de perception émis le 8 juin 2020 pour un montant de 36 200 euros et de 4 248 euros en vue du recouvrement de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire des frais de réacheminement ;
3°) de la décharger du paiement des sommes en cause ;
4°) à titre subsidiaire de réduire les montants de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire mis à sa charge ;
5°) de mettre à la charge du préfet de Seine-Saint-Denis la somme de 2 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions du 18 février 2020 et 23 juillet 2020 sont insuffisamment motivées ;
- la matérialité des faits n'est pas établie dès lors que l'un des salariés était en possession d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler lors de son embauche et le second dont le dossier lui a été adressé par un organisme de formation était en possession d'une carte nationale d'identité française ; elle a agi de bonne foi ;
- elle remplit les conditions pour bénéficier de l'application du taux de 2000 fois le taux horaire minimum garanti prévu par les dispositions du II de l'article R.8253-2 du code du travail dès lors qu'elle a procédé à la déclaration préalable à l'embauche des deux salariés, s'est acquittée de ses obligations sociales, salariales et fiscales et qu'elle a été relaxée pour les faits de travail dissimulé par le tribunal correctionnel de Pontoise ;
- le préfet a méconnu le principe de proportionnalité des peines garanti par l'article 8 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 ;
- le montant des sanctions est disproportionné au regard de sa situation économique ;
- les titres de perception sont entachés d'incompétence de leur auteur ;
- ils sont insuffisamment motivés.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 avril 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au directeur départemental des finances publiques de l'Essonne et au ministre de l'intérieur qui n'ont pas produit d'observation.
Par une ordonnance du 23 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 avril 2023 à 12h.
Vu :
- la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable ;
- le décret n° 2013-728 du 12 août 2013 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Colin, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Riedinger, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un contrôle effectué, le 16 janvier 2019 dans une boulangerie pâtisserie sise à Herblay (95), les services de police ont constaté la présence de deux salariés étrangers, M. C et M. D, en situation de travail, dépourvus d'un titre les autorisant à séjourner et à travailler en France, employés par la Sarl " Baraka " . Le 18 février 2020, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a décidé de mettre à la charge de ladite société la somme de 36 200 euros au titre de la contribution spéciale, en application des dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail et la somme de 4 248 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement en application des dispositions de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A la suite de cette décision, la direction départementale des finances publiques de l'Essonne a émis à l'encontre de la Sarl " Baraka " le 8 juin 2020 deux titres de recette afin de percevoir ces deux contributions. Par une décision du 23 juillet 2020, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté le recours gracieux formé le 17 juillet 2020 par la société requérante à l'encontre de la décision du 18 février 2020. Par cette requête, la SARL " Baraka " demande au tribunal l'annulation de la décision du 18 février 2020 ainsi que celle du 23 juillet 2020 rejetant son recours gracieux formé contre cette décision. Elle demande également l'annulation des deux titres de perception émis le 8 juin 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge
En ce qui concerne la régularité en la forme des sanctions litigieuses
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () ".
3. En l'espèce, d'une part, la décision du 18 février 2020 contestée de mise en œuvre des contributions spéciale et forfaitaire se réfère expressément aux textes applicables et au procès-verbal établi à la suite du contrôle effectué le 16 janvier 2019 au cours duquel ont été relevées des infractions aux articles L. 8251-1 du code du travail et L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions complètes sont rappelées en annexe de la décision. Cette décision précise également la nature des sanctions infligées à la Sarl " Baraka " pour l'emploi irrégulier de deux travailleurs démunis de titres les autorisant à séjourner et à travailler en France, ainsi que le montant des sommes dues au titre des contributions spéciale et forfaitaire, à savoir les sommes de 36 200 euros et de 4 248 euros. Le nom des deux salariés à l'origine de l'application de ces sanctions est en outre mentionné en annexe. Ainsi, la décision litigieuse comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et répond aux exigences de motivation posées par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision du 18 février 2020 doit être écarté.
4. D'autre part, lorsqu'une autorité administrative rejette le recours administratif qui lui est présenté, sa décision ne se substitue pas à la décision initiale sur laquelle le recours est formé. Par suite, s'il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre ces deux décisions, d'annuler, le cas échéant, le rejet du recours administratif par voie de conséquence de l'annulation de la décision initiale, des moyens critiquant les vices propres dont serait entachée la décision rejetant le recours administratif ne peuvent être utilement invoqués. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision du 23 juillet 2020, par laquelle le directeur de l'OFII a rejeté son recours gracieux, serait insuffisamment motivée est inopérant et ne peut, dès lors, qu'être écarté.
En ce qui concerne le bien fondé des contributions :
5. Aux termes de l'article L. 5221-8 du code du travail : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. ".
6. S'il ne saurait interdire de fixer des règles assurant une répression effective des infractions, le principe de nécessité des peines découlant de l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 implique qu'une sanction administrative ayant le caractère d'une punition ne puisse être appliquée que si l'autorité compétente la prononce expressément en tenant compte des circonstances propres à chaque espèce. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé. Le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par l'article L. 8251-1, le premier alinéa de l'article L. 8253-1 et l'article R. 8253-2 du code du travail, ou en décharger l'employeur.
7. En outre, il résulte de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions lorsque tout à la fois, d'une part, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité. En outre, lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.
8. En l'espèce, l'OFII a mis à la charge de la Sarl " Baraka " la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail, à hauteur d'un montant de 36 200 euros, ainsi que la contribution forfaitaire prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à hauteur d'un montant de 4 248 euros au titre de l'emploi de M. C, de nationalité tunisienne, qui ne disposait d'aucun document valide l'autorisant à séjourner et travailler en France et de M. D, de nationalité marocaine, qui n'était en possession d'aucun document l'autorisant à séjourner et à travailler en France.
S'agissant de l'emploi de M. C :
9. Si la société requérante a fait valoir lors de son audition par les services de police, le 16 janvier 2019, que M. C a été embauché en octobre 2017 avec un titre de séjour l'autorisant à travailler, il résulte de l'instruction et particulièrement du procès-verbal d'infraction établi le 16 janvier 2019, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, qu'à la suite de la péremption de son titre de séjour, le 25 mars 2018, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et que le gérant de la Sarl " Baraka " a admis ne pas s'être assuré de la régularité de la situation du ce salarié au cours de l'exécution de son contrat de travail. Or, à supposer même que la société ait effectivement procédé aux vérifications requises au moment de l'embauche de l'intéressé, conformément aux dispositions des articles L. 8251-1 et L. 5221-8 du code du travail, il lui incombait de vérifier que le titre autorisant son salarié à travailler n'était pas parvenu au terme de sa validité en cours d'exécution du contrat de travail.
S'agissant de l'emploi de M. D :
10. Si le gérant de la Sarl " Baraka " a fait valoir lors de son audition par les services de police que M. D était bénéficiaire d'un contrat de professionnalisation à durée déterminée sur des fonctions d'aide-pâtissier et qu'il n'a pas sollicité la production de sa carte nationale d'identité française dont il a obtenu la copie dans le dossier transmis par l'organisme de formation, ADAC GLORYPRO agrée par la préfecture, il résulte de l'instruction et particulièrement du procès-verbal de constat d'infraction établie le 19 janvier 2019 que le gérant de la Sarl " Baraka ", s'est contenté de la seule photocopie de la carte nationale d'identité mentionnée dans le dossier transmis par l'organisme de formation sans exiger la présentation de son original alors qu'il appartenait à l'employeur de procéder à la vérification de ces pièces par comparaison avec le document original. Dans ces conditions, la Sarl " Baraka " qui n'a pas pris les précautions qui lui auraient permis de vérifier si ces documents étaient usurpés ou falsifiés.
11. Il résulte de ce qui précède que, la matérialité des infractions étant établie, la société requérante n'ayant pas procédé aux vérifications qui lui incombent pour l'emploi de ces deux salariés elle ne saurait se prévaloir de sa prétendue bonne foi,
12. La circonstance que la société requérante a procédé à une déclaration préalable à l'embauche de ces salariés et s'est acquittée de ses obligations salariales, sociales et fiscales, n'a pas davantage d'incidence sur le bien-fondé des contributions spéciale et forfaitaire, dès lors que les infractions aux dispositions précitées ne visent pas le délit de travail dissimulé défini à l'article L. 8221-5 du code du travail. Par suite, c'est à bon droit que le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à la charge de la société requérante les contributions spéciale et forfaitaire prévues par les articles L. 8253-1 du code du travail et L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne le montant de la contribution spéciale
13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 8253-1 du code du travail : " () Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux () ". Selon l'article R. 8253-2 de ce code : " I.- Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II.- Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : / 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; / 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. / III. - Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ". Selon l'article R. 8252-6 du même code : " L'employeur d'un étranger non autorisé à travailler s'acquitte par tout moyen, dans le délai mentionné à l'article L. 8252-4, des salaires et indemnités déterminés à l'article L. 8252-2. / Il remet au salarié étranger sans titre les bulletins de paie correspondants, un certificat de travail ainsi que le solde de tout compte. Il justifie, auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, par tout moyen, de l'accomplissement de ses obligations légales ". En vertu de l'article L. 8252-2 du même code : " Le salarié étranger a droit au titre de la période d'emploi illicite : /1° Au paiement du salaire et des accessoires de celui-ci, conformément aux dispositions légales, conventionnelles et aux stipulations contractuelles applicables à son emploi, déduction faite des sommes antérieurement perçues au titre de la période considérée. A défaut de preuve contraire, les sommes dues au salarié correspondent à une relation de travail présumée d'une durée de trois mois. Le salarié peut apporter par tous moyens la preuve du travail effectué ; / 2° En cas de rupture de la relation de travail, à une indemnité forfaitaire égale à trois mois de salaire, à moins que l'application des règles figurant aux articles L. 1234-5, L. 1234-9, L. 1243-4 et L. 1243-8 ou des stipulations contractuelles correspondantes ne conduise à une solution plus favorable ". Les dispositions précitées du code du travail ne permettent pas à l'OFII, pas plus qu'au juge administratif, de moduler le taux de la sanction financière en dehors des cas pour lesquels une minoration est envisagée par les textes applicables au litige.
14. En l'espèce, la contribution spéciale mise à la charge de la Sarl " Baraka " pour les deux travailleurs étrangers concernés est égale à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti, en application des dispositions de l'article R. 8253-2 précité. Si la société requérante soutient que cette contribution doit être minorée, il résulte toutefois des dispositions précitées que ce montant ne peut être réduit à un taux de 2000 fois le taux minimum garanti que si le procès-verbal ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié en cause ou si l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités dans le délai requis.
15. Il résulte de l'instruction que le procès-verbal d'infraction, outre l'infraction de travail illégal par l'emploi sans titre de travail et d'autorisation de séjour de deux salariés précédemment évoqués, mentionne l'infraction de " faux dans un document administratif constatant un droit ou une identité ou une qualité ou accordant une autorisation " retenue à l'encontre de la Sarl " Baraka ". En outre, la Sarl " Baraka " n'établit pas par les pièces produites à l'instance qu'elle aurait versé à ces salariés l'intégralité des salaires et indemnités dans le délai de trente jours prévus par l'article L. 8252-4 du code du travail. Par suite, et alors même que le gérant de la société a été relaxé par le tribunal correctionnel de Pontoise pour l'infraction de travail dissimulé, la Sarl " Baraka " n'est pas fondée à demander que lui soit appliquée la minoration prévue au II de l'article R. 8253-2 du code du travail. Le moyen doit être écarté.
16. En second lieu, si la société requérante soutient que la sanction qui lui a été appliquée est disproportionnée dès lors qu'elle risquerait de mettre en péril sa situation financière et compromettrait l'existence des contrats de travail, elle ne l'établit pas. Par ailleurs, la société requérante ne fait état d'aucune circonstance particulière pour justifier qu'elle soit, au regard de la nature et de la gravité des agissements sanctionnés, à titre exceptionnel, déchargée des sommes mises à sa charge.
17. En troisième lieu, la Sarl " Baraka " soutient que les contributions contestées ont été prononcées en méconnaissance du principe de proportionnalité des peines prévu à l'article 8 de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789. Toutefois, dès lors que les dispositions précitées prévoient que la sanction que constitue la contribution spéciale peut faire l'objet d'une modulation en fonction de la gravité des comportements réprimés et que le minimum applicable n'est pas manifestement excessif, eu égard, en outre, au montant global des sanctions éventuellement prononcées, qui n'est pas manifestement disproportionné par rapport à la gravité des faits susceptibles d'être commis, et alors même, au surplus, que le juge dispose de la faculté de moduler cette sanction, la société requérante ne saurait, en tout état de cause, invoquer utilement un quelconque principe de proportionnalité des peines découlant de l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789.
18. Il résulte de ce qui précède que la Sarl " Baraka " n'est fondée à demander ni l'annulation des décisions attaquées, ni la modulation du montant de la contribution spéciale mise à sa charge.
Sur les conclusions à fin d'annulation des titres de perception :
19. En premier lieu, aux termes de l'article L. 8253-1 du code du travail dans sa version issue de la loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018 de finances pour 2019 : " () / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat selon des modalités définies par convention. / L'Etat est ordonnateur de la contribution spéciale. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. /Le comptable public compétent assure le recouvrement de cette contribution comme en matière de créances étrangères à l'impôt et aux domaines. ". Aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " () / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de fixer le montant de cette contribution. (). / L'Etat est ordonnateur de la contribution forfaitaire. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. / Sont applicables à la contribution forfaitaire prévue au premier alinéa les dispositions prévues aux articles L. 8253-1 à L. 8253-5 du code du travail en matière de recouvrement et de privilège applicables à la contribution spéciale. / (). ".
20. D'une part, il résulte des dispositions mentionnées au point précédent que l'Etat est l'ordonnateur de la contribution spéciale. D'autre part, les titres de perception litigieux ont été émis le 8 juin 2020 par M. A B, nommé directeur de l'évaluation de la performance, de l'achat, des finances et de l'immobilier du ministère de l'intérieur à compter du 19 septembre 2016 par décret du 15 septembre 2016, régulièrement publié au Journal officiel de la République française du lendemain. Ainsi, en cette qualité, M. B pouvait, en vertu du 1° de l'article 1er du décret susvisé du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, signer un tel acte au nom du ministre de l'intérieur. D'autre part si, en vertu de l'article 8 du décret n° 2013-728 du 12 août 2013, le directeur général des étrangers en France dirige et coordonne notamment l'activité de la direction de l'immigration, laquelle est chargée en particulier de la conception et de la mise en œuvre des politiques publiques relatives aux ressortissants étrangers, il résulte de l'article 2 de la convention de délégation de gestion, conclue le 9 mai 2019 entre la direction générale des étrangers en France et la direction de l'évaluation de la performance et des affaires financières, et relative à l'ordonnancement des programmes 104 et 303 " immigration asile " comprenant la lutte contre l'immigration illégale, que cette dernière direction assure, pour le compte de la direction générale, la saisie et la validation des titres de perception, dans le cadre de sa mission de préparation et d'exécution le budget qu'il tient de l'article 15 du décret n° 2013-728 du 12 août 2013. Dans ces conditions, la Sarl " Baraka " n'est pas fondée à soutenir que les titres contestés auraient été émis par une autorité incompétente.
21. En second lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet () d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ". Tout état exécutoire doit ainsi indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.
22. Le titre de perception, émis le 8 juin 2020, relatif à la contribution spéciale d'un montant de 36 200 euros, mentionne la décision du directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration n° 191152 du 18 février 2020 et l'article L. 8253-1 du code du travail. Il précise également les noms des salariés démunis de titre les autorisant à exercer une activité professionnelle. Par ailleurs, le titre de perception, émis le même jour, relatif à la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine d'un montant de 4 248 euros, mentionne les articles L. 626-1 et R. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la même décision du 18 février 2020. Il précise également le nom des salariés en cause. Ces mentions sont suffisantes au regard des exigences de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des titres de perception litigieux doit être écarté.
23. Il résulte de ce qui précède que la Sarl " Baraka " n'est pas fondée à demander l'annulation des titres de perception émis à son encontre le 8 juin 2020 ni la décharge des sommes en cause.
24. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par la Sarl " Baraka " doivent être rejetées, y inclus les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au demeurant mal dirigées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL " Baraka " est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la Sarl " Baraka ", à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne et au ministère de l'intérieur et des Outre-Mer.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Le Griel, présidente,
Mme Colin, première conseillère,
Mme Debourg, conseillère,
assistées de Mme Bonfanti, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.
La rapporteure,
Signé
C. COLIN
La présidente,
Signé
H. LE GRIEL
La greffière,
Signé
D. BONFANTI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour ampliation, la greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026