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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2009592

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2009592

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2009592
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantCAZIN MARCEAU AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 septembre 2020, Mme B C, représentée par Me Rocher-Thomas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 janvier 2020 par laquelle la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise a procédé au retrait de son agrément d'assistante maternelle, ensemble la décision du 24 juillet 2020 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une personne incompétente ;

- la décision de retrait d'agrément n'est pas motivée ;

- cette décision est entachée d'erreurs de faits en ce qu'elle mentionne une alerte des représentants du commissariat d'Enghien-les-Bains, une addiction à l'alcool et deux anciens rappels à l'ordre ;

- la mesure est disproportionnée par rapport aux faits reprochés ;

- la décision de retrait est entachée d'un détournement de pouvoir ;

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juin 2021, le département du Val-d'Oise, représenté par Me Cazin, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a présenté des mémoires, enregistrés le 8 juin 2022 et le 14 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Khalfaoui, greffière d'audience :

- le rapport de M. Féral, rapporteur ;

- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique ;

- et les observations orales de Mme C.

Une note en délibéré, présentée par Mme C, a été enregistrée le 15 février 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a bénéficié d'un agrément en qualité d'assistante maternelle le 20 juin 2008. A la suite d'une visite à son domicile, le 6 novembre 2020, par les services de la protection maternelle et infantile (PMI), une mise en demeure de se conformer à ses obligations professionnelles lui a été adressée le 4 décembre 2020. Par une décision du 16 février 2021, dont elle demande l'annulation, la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise, après avis de la commission consultative paritaire départementale, a procédé au retrait de son agrément.

2. En premier lieu, d'une part, la décision de retrait d'agrément du 6 janvier 2020 a été signée par M. E F, directeur général adjoint chargé de la solidarité, qui bénéficiait, par arrêté DRH n° 21-03 du 13 janvier 2021, régulièrement publié, d'une délégation de la présidente du conseil départemental afin de signer la décision attaquée. D'autre part, Mme C ne saurait utilement soutenir que la décision du 24 juillet 2020 rejetant son recours gracieux a été signée par une personne incompétente, dès lors qu'il s'agit d'un vice propre de cette décision. En tout état de cause, cette décision a été signée par M. A H, directeur général des services, qui bénéficiait par arrêté DRH n° 19-07 du 18 juin 2019, régulièrement publié, d'une délégation de la présidente du conseil départemental afin de signer la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence des auteurs des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision du 6 janvier 2020 vise les dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles sur le fondement duquel elle a été prise et mentionne notamment une récurrence des manquements de Mme C à ses obligations professionnelles formalisée par deux rappels à l'ordre en 2013 et 2016 et une restriction de capacité d'accueil en 2018, ses difficultés à remettre en question et faire évoluer ses pratiques professionnelles malgré les conseils et recommandations du service département de la PMI et l'impossibilité de garantir un environnement stable, serein et sécurisant aux enfants. Elle conclut que ces éléments ne peuvent garantir santé, sécurité et épanouissement de ces enfants. Ainsi, la décision attaquée de retrait d'agrément comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier d'un courriel de la direction départementale de la sécurité publique du Val-d'Oise adressé au département du Val-d'Oise en date du 24 septembre 2019, que le département a été informé que des policiers s'étaient rendus au domicile de Mme C à plusieurs reprises pour des faits de tapage nocturne et de disputes d'un couple apparaissant alcoolisé. Ainsi, la décision de retrait lorsqu'elle mentionne que le département du Val-d'Oise a reçu une alerte des services de police pour des faits de tapage nocturne et de dispute de couple sous l'emprise de l'alcool n'est entachée d'aucune erreur de fait, contrairement à ce que soutient la requérante. En outre, si Mme C soutient que la décision de retrait d'agrément est également entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle mentionne qu'elle présente une addiction à l'alcool, il ressort des termes mêmes de cette décision qu'aucune mention n'est faite d'une quelconque addiction à l'alcool de la requérante. Par ailleurs, si cette décision fait état de deux rappels à l'ordre intervenus en 2013 et 2016, Mme C ne conteste pas leur existence, mais se borne à soutenir qu'ils sont anciens. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision de retrait de son agrément serait entachée d'erreurs de fait doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil général du département où le demandeur réside. / Un référentiel approuvé par décret en Conseil d'Etat fixe les critères d'agrément. / () L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne, et, pour l'assistant maternel uniquement, si celui-ci autorise la publication de son identité et de ses coordonnées, dans des conditions prévues par décret en Conseil d'Etat strictement nécessaires à la connaissance par les familles de la localisation des professionnels et à leur mise en relation avec eux, par les organismes chargés d'une mission de service public mentionnés par arrêté des ministres chargés de la famille et de la sécurité sociale ". Aux termes du troisième alinéa de l'article L. 421-6 du même code : " Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil général peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil général peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié ".

6. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président du conseil général de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément si ces conditions ne sont plus remplies. À cette fin, dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant est victime des comportements en cause ou risque de l'être.

7. Il ressort des pièces du dossier que les services de police ont dû intervenir au domicile de Mme C à plusieurs reprises pour des différends familiaux et des disputes conjugales dans un contexte d'imprégnation alcoolique, en particulier le 19 septembre 2019 alors qu'un enfant était gardé au domicile. Il ressort également des pièces du dossier, notamment de l'entretien réalisé le 18 juin 2020 avec les services de la PMI, que la requérante ne comprend pas et n'accepte pas le rôle d'accompagnement, de contrôle et de suivi de la PMI, qu'elle n'a pas montré de capacité d'information des parents et d'échange avec eux au sujet de l'enfant, n'a pas conscience de l'incidence sur la santé de l'enfant d'éventuels comportements à risque dont le risque de tabagisme passif par les personnes vivant au domicile et présentes durant l'accueil, ne démontre pas de capacité à concilier l'accueil de l'enfant avec d'éventuelles contraintes familiales, ni de proposer spontanément des aménagements de sécurité. Certains de ces éléments, notamment l'absence de coopération avec les services de la PMI, avaient d'ailleurs déjà fait l'objet de deux rappels à l'ordre en 2013 et en 2016. Par ailleurs, les attestations versées au dossier par la requérante ne sont pas de nature à remettre en cause la matérialité des faits constatés, ni leur gravité. Ainsi, Mme C qui n'a pas témoigné de sa capacité à mesurer l'étendue de ses responsabilités en qualité d'assistante maternelle et de comprendre et accepter le rôle d'accompagnement et de suivi des services départementaux, a manqué à ses obligations au regard des dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles. Dès lors, c'est à bon droit que la présidente du conseil départemental a considéré que Mme C n'offrait plus des conditions d'accueil garantissant la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs qui lui étaient confiés. Par suite, la présidente du conseil départemental n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles et n'a pas commis d'erreur d'appréciation en lui retirant son agrément.

8. En cinquième et dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 6 janvier 2020 par laquelle la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise a procédé au retrait de son agrément d'assistante maternelle, ni celle de la décision du 24 juillet 2020 rejetant son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

10 Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du département du Val-d'Oise, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au département du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 10 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. D et M. G, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

Le Président-rapporteur,

signé

R. Féral

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

S. DLa greffière,

signé

M. I

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour ampliation

Le Greffier

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