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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2009699

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2009699

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2009699
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMAIRESSE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 28 septembre 2020, le 25 janvier 2021 et le 12 mai 2021, M. A, représenté par Me Mairesse, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 7 août 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que les décisions portant retrait de points sur ce permis à la suite des infractions commises le 16 septembre 2014 (3 points), le 5 août 2016 (3 points), le 28 septembre 2018 (3 points), le 28 octobre 2018 (1 point), le 2 juin 2019 (1 point), le 13 octobre 2019 (1 point), le 11 janvier 2020 (3 points) et le 14 février 2020 (1 point) ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer son permis de conduire en reconstituant son capital de points, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de condamner l'Etat aux dépens de l'instance ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu la notification des décisions portant retraits de points contestées ;

- il n'a pas été destinataire des informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2021, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer sur la décision " 48 SI " et les décisions à la suite desquelles des points ont été restitués à M. A et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir qu'à concurrence de ce surplus, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un courrier du 27 février 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision portant retrait de points à la suite de l'infraction commise le 11 janvier 2020, qui n'apparaît pas sur le relevé d'information intégral.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gay-Heuzey, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision " 48 SI " du 7 août 2020, le ministre de l'intérieur, prenant acte des retraits de points opérés sur le permis de conduire de M. A, a prononcé l'invalidation de ce permis pour solde de points nul. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation des différents retraits de points opérés sur son permis de conduire et de la décision " 48 SI " dont il a subséquemment fait l'objet.

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort du relevé d'information intégral daté du 6 avril 2021, produit en défense par le ministre de l'intérieur, qu'il fait état d'un solde positif de deux points sur le permis de conduire de M. A. Par suite, le ministre doit être regardé comme ayant retiré la décision " 48 SI " contestée. Il ressort également des pièces du dossier que les points retirés à la suite des infractions commises par M. A le 28 octobre 2018, le 2 juin 2019 et le 13 octobre 2019 lui ont été restitués, respectivement le 26 septembre 2019, le 19 février 2020 et le 18 août 2020. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision " 48 SI " du 7 août 2020 et sur les décisions portant retrait de points à la suite des infractions commise les 28 octobre 2018, 2 juin 2019 et le 13 octobre 2019, ni sur les conclusions à fin d'injonction correspondantes.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne la recevabilité des conclusions :

3. Il ne ressort pas du relevé d'information intégral de M. A qu'un retrait de points aurait été effectué sur son permis de conduire à la suite de l'infraction commise le 11 janvier 2020 mentionnée sur la décision " 48 SI " du 7 août 2020. Ses conclusions dirigées contre cette décision, inexistante, sont donc manifestement irrecevables et doivent être rejetées.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

Sur le moyen tiré d'un défaut de notification des décisions " 48 " :

4. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. M. A ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que les décisions portant retraits de points sur son permis de conduire ne lui auraient pas été notifiées avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire.

Sur le moyen tiré du défaut d'information préalable :

5. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

S'agissant de l'infraction commise le 16 septembre 2014 :

6. Le ministre de l'intérieur soutient que, depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées.

7. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment de la production du procès-verbal litigieux, qui est antérieur à cette mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, que celui-ci ne mentionne pas les informations exigées par la loi. Par suite, il ne peut être regardé comme établi que l'intéressé, lors de la constatation de cette infraction, a bénéficié de l'information exigée par la loi. Par conséquent, la décision emportant le retrait de points correspondant à cette infraction (3 points) doit être annulée.

S'agissant de l'infraction commise le 5 août 2016 :

8. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

9. Il résulte de l'instruction, notamment des mentions du relevé intégral de M. A en date du 6 avril 2021 produit en défense, que l'infraction constatée le 5 août 2016 a été constatée par procès-verbal électronique et que l'intéressé a payé l'amende forfaitaire émise à l'issue de cette infraction. Ce paiement permet d'établir que M. A a bien reçu l'avis d'amende forfaitaire dont le formulaire reprend l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le contrevenant n'établit pas que l'avis reçu n'aurait pas comporté cette information. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut d'information doit être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 28 septembre 2018 :

10. Si le ministre de l'intérieur soutient que l'avis de contravention du 4 octobre 2018, qui est réputé comporter au verso informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, concernant l'infraction commise le 28 septembre 2018, a fait l'objet d'une requête en exonération reçu par ses services le 26 novembre 2018, il ressort cependant des pièces du dossier que cette requête en exonération a été adressée par un tiers qui a désigné M. A comme conducteur. Par suite, il n'est pas établi que M. A a personnellement reçu l'avis de contravention qui lui a été conséquemment adressé le 28 décembre 2018. Par conséquent, la décision portant retrait de points sur son permis à la suite de l'infraction commise le 28 septembre 2018 (3 points) doit être annulée.

S'agissant de l'infraction commise le 14 février 2020 :

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur aurait délivré à M. A l'information prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route concernant l'infraction commise le 14 février 2020. Ainsi, M. A est fondé à soutenir que cette décision est entachée d'irrégularité. Par conséquent, la décision portant retrait de points sur son permis à la suite de l'infraction commise le 14 février 2020 (1 point) doit être annulée.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction :

12. Si l'annulation contentieuse d'une décision de retrait de points implique nécessairement que le ministre de l'intérieur reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconnaître à M. A le bénéfice des points irrégulièrement retirés de son permis de conduire à la suite des infractions commises le 16 septembre 2014, le 28 septembre 2018 et le 14 février 2020 et de réexaminer sa situation dans le sens des observations qui précèdent, en en tirant toutes les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé. Ce réexamen devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les dépens de l'instance :

13. M. A n'établit pas avoir engagé de dépens dans la présente instance. Sa demande tendant à ce qu'ils soient mis à la charge de l'Etat ne peut donc, en tout état de cause, qu'être rejetée.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision " 48 SI " du 7 août 2020 et sur les décisions portant retrait de points à la suite des infractions commise les 28 octobre 2018, 2 juin 2019 et 13 octobre 2019, ni sur les conclusions à fin d'injonction correspondantes.

Article 2 : Les décisions portant retrait de points sur le permis de conduire de M. A à la suite des infractions commises le 16 septembre 2014 (3 points), le 28 septembre 2018 (3 points) et le 14 février 2020 (1 point) sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconnaître à M. A le bénéfice des points retirés à la suite des infractions commises le 16 septembre 2014, le 28 septembre 2018 et le 14 février 2020, sous réserve qu'ils aient déjà été restitués, et, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer la situation du requérant pour en tirer les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente,

Mme B et M. Sitbon, conseillers,

Assistés de Mme Ricaud, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

A. B

La présidente,

Signé

C. ORIOL

La greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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