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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2009778

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2009778

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2009778
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPIERREPONT & ROY-MAHIEU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n° 2009778 et un mémoire, enregistrés les 29 septembre 2020 et 7 juillet 2022, la SELARL de Bois-Herbaut, mandataire liquidateur de la société Frantz Electrolyse, représentée par Me Pierrepont, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2020 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a mis en demeure la SELARL de Bois-Herbaut, en sa qualité de liquidateur judiciaire de la société Frantz Electrolyse, de transmettre dans un délai de six mois, un mémoire de réhabilitation, en application des dispositions de l'article R. 512-39-3 du code de l'environnement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en application des articles L. 622-24, L. 641-13 et L. 622-17 du code de commerce, la créance résultant de l'obligation du preneur de prendre en charge les frais de dépollution du site est prescrite dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine ne l'a pas déclarée au mandataire liquidateur, après l'engagement de la procédure collective portée à sa connaissance le 29 août 2017 ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait dans la mesure où la SELARL de Bois-Herbaut y est citée dans son article 2 alors qu'en tant qu'exploitant de l'installation classée pour la protection de l'environnement (ICPE), la société Frantz Electrolyse aurait dû être la seule personne morale visée ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il vise des lieux extérieurs à la seule partie du bâtiment d'atelier d'électrolyse ;

- ses actifs ayant été cédés à la société SOCORFI avec faculté de substitution à la société GALVANOPLAST, le changement d'exploitant d'ICPE a été réalisé par cette dernière société à qui il appartient de réaliser les éventuelles réparations relatives à la dépollution du site ;

- le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur de droit en lui adressant l'arrêté attaqué dès lors qu'en application de la décision rendue par le Conseil d'Etat le 29 juin 2018, n°400677 et de l'article L. 556-3 du code de l'environnement, il appartient au propriétaire de l'assise foncière des sols pollués par une activité ou des déchets de prendre en charge la dépollution du site. Or, elle a cédé ses actifs à la société SOCORFI avec faculté de substitution à la société GALVANOPLAST ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que les études et documents produits répondent aux exigences de l'article R. 512-39-3 du code de l'environnement : notamment, une nouvelle étude faite par la société CERDIS le 17 novembre 2021 et ses annexes datées du 30 mars 2022 permettent de considérer que la production du mémoire en réhabilitation visé à l'article R. 512-39-3 du code de l'environnement a été valablement réalisée, ce qui régularise sa situation pour l'avenir ;

Par deux mémoires en défense, enregistré les 17 août 2022 et 31 janvier 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros demandée par la société requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, si elle devait être admise par le tribunal, soit ramenée à de plus justes proportions.

Il fait valoir que :

- les moyens tirés d'une part, de la prescription de la créance résultant de l'obligation du preneur de prendre en charge les frais de dépollution du site, et d'autre part, de la méconnaissance de l'article L. 556-3 du code de l'environnement, sont inopérants s'agissant de la contestation d'un arrêté de mise en demeure de produire un mémoire de réhabilitation ;

- les autres moyens soulevés par la SELARL de Bois-Herbaut en sa qualité de mandataire liquidateur de la société Frantz Electrolyse, ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 29 juillet 2020 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a mis en demeure la SELARL de Bois-Herbaut en sa qualité de liquidateur judiciaire de la société Frantz Electrolyse, de transmettre dans un délai de six mois, un mémoire en réhabilitation en application des dispositions de l'article R. 512-39-3 du code de l'environnement dès lors que postérieurement à l'enregistrement de la requête n°2009778, un mémoire en réhabilitation répondant aux prescriptions émises dans l'arrêté attaqué a été produit par la société requérante.

II. Par une requête n° 2108800 et des mémoires enregistrés les 7 juillet 2021, 7 juillet 2022, et 15 septembre 2022, la SELARL Herbaut-Pecou, mandataire liquidateur de la société Frantz Electrolyse, représenté par Me Pierrepont, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 7 mai 2021 lui imposant, en sa qualité de liquidateur judiciaire de la société Frantz Electrolyse sise 23 avenue du Chemin des Reniers à Villeneuve-la-Garenne, une consignation d'un montant de 52 800 euros sur le fondement de l'article L. 171-8 du code de l'environnement, jusqu'au respect total de l'arrêté préfectoral n° 2020-106 du 29 juillet 2020, ou, à titre subsidiaire, de limiter le montant de cette consignation à la somme de 12 008.90 euros correspondant au montant mentionné dans la facture annexée au premier mémoire en réhabilitation transmis au préfet ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en application des articles L. 622-24 et L. 641-13 du code de commerce, la créance résultant de l'obligation du preneur de prendre en charge les frais de dépollution du site est prescrite dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine ne l'a pas déclarée au mandataire liquidateur, après l'engagement de la procédure collective portée à sa connaissance le 29 août 2017 ;

- l'arrêté du 7 mai 2021 est illégal en raison des illégalités dont est lui-même entaché l'arrêté du 29 juillet 2020 par lequel le préfet l'a mise en demeure, en sa qualité de mandataire liquidateur de la société Frantz Electrolyse, de transmettre dans un délai de six mois, un mémoire en réhabilitation, en application de l'article R. 512-39-3 du code de l'environnement. Cet arrêté du 29 juillet 2020 est en effet :

* entaché d'une erreur de fait dans la mesure où la SELARL de Bois-Herbaut y est citée dans son article 2 alors qu'en tant qu'exploitant de l'installation classée pour la protection de l'environnement (ICPE), la société Frantz Electrolyse aurait dû être la seule personne morale visée ;

* entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il vise des lieux extérieurs à la seule partie du bâtiment d'atelier d'électrolyse ;

* les actifs de la société Frantz Electrolyse ayant été cédés à la société SOCORFI avec faculté de substitution à la société GALVANOPLAST, le changement d'exploitant d'ICPE a été réalisé par cette dernière société à qui il appartient de réaliser les éventuelles réparations relatives à la dépollution du site ;

* entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que les études et documents produits répondent aux exigences fixées par l'article R. 512-39-3 du code de l'environnement : notamment, une nouvelle étude faite par la société CERDIS le 17 novembre 2021 et ses annexes datées du 30 mars 2022 permettent de considérer que la production du mémoire en réhabilitation visé à l'article R. 512-39-3 du code de l'environnement a été valablement réalisée, ce qui régularise sa situation pour l'avenir ;

- l'arrêté du 7 mars 2021 est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que les études et documents produits répondent aux exigences du code de l'environnement : notamment, une nouvelle étude faite par la société CERDIS le 17 novembre 2021 et ses annexes datées du 30 mars 2022 permettent de considérer que la production du mémoire en réhabilitation visé à l'article R. 512-39-3 du code de l'environnement a été valablement réalisée, ce qui régularise sa situation pour l'avenir ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros demandée par la société requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, si elle devait être admise par le tribunal, soit ramenée à de plus justes proportions.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la SELARL Herbaut-Pécou ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté pour la société requérante a été enregistré le 15 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de commerce ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère rapporteure,

- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,

- et les observations de Me Violette substituant Me Pierrepont, représentant la SELARL de Bois-Herbaut (désormais dénommée Herbaut-Pécou).

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 29 juillet 2020, le préfet des Hauts-de-Seine a mis en demeure la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) de Bois-Herbaut, en sa qualité de mandataire liquidateur de la société Frantz Electrolyse, de transmettre, dans un délai de six mois, un mémoire de réhabilitation, en application de l'article R. 512-39-3 du code de l'environnement. Puis, par un arrêté du 7 mai 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a imposé à cette société (nouvellement dénommée Herbaut-Pécou), une consignation d'un montant de 52 800 euros sur le fondement de l'article L. 171-8 du code de l'environnement, jusqu'au respect total de l'arrêté préfectoral n° 2020-106 du 29 juillet 2020. La société de Bois-Herbaut (nouvellement dénommée Herbaut-Pécou), en sa qualité de mandataire liquidateur de la société Frantz Electrolyse, demande l'annulation de ces deux arrêtés.

2. Les requêtes susvisées n° 2009778 et n° 2108800 présentent à juger des questions semblables et on fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la requête n° 2009778 :

En ce qui concerne l'exception de non-lieu à statuer :

3. Il résulte des dispositions de l'article L. 171-11 du code de l'environnement que les décisions prises en application des articles L. 171-7, L. 171-8 et L. 171-10 de ce code, au titre des contrôles administratifs et mesures de police administrative en matière environnementale, sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. Il appartient au juge de ce contentieux de pleine juridiction de se prononcer sur l'étendue des obligations mises à la charge des exploitants par l'autorité compétente au regard des circonstances de fait et de droit existant à la date à laquelle il statue. Lorsque l'autorité administrative, dans le cas où des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés irrégulièrement, met en demeure l'intéressé de régulariser sa situation, sur le fondement des dispositions de l'article L. 171-7 du code de l'environnement, l'exécution complète des mesures ou formalités prescrites par cette mise en demeure prive d'objet le recours tendant à son annulation, sur lequel il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer.

4. La société requérante produit un rapport établi par la société CERDIS en date du 17 novembre 2021 et plusieurs annexes datées du 30 mars 2022 qu'elle présente comme un mémoire de réhabilitation au sens de l'article R. 512-39-3 du code de l'environnement susceptible de régulariser, pour l'avenir, sa situation au regard de l'arrêté du 29 juillet 2020, la mettant en demeure de produire un tel mémoire. Ce rapport et ses annexes, établis par la société CERDIS Environnement le 17 novembre 2021, comportent un diagnostic de l'état des milieux (page 9), le schéma conceptuel (page 22), et des propositions de mesures de gestion de la pollution (page 25). Ces éléments, complètent un précédent rapport du bureau Véritas à propos duquel le service d'inspection des installations classées avait estimé que des investigations complémentaires dans les différents milieux étaient nécessaires afin de circonscrire les sources de pollution mises en évidence. Ils répondent ainsi aux prescriptions de l'arrêté de mise en demeure notifié par le préfet des Hauts-de-Seine le 29 juillet 2020.

5. Si le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que ce rapport n'est pas de nature à satisfaire aux conditions fixées par l'arrêté du 29 juillet 2020, il n'établit pas, au regard des éléments précités, les raisons pour lesquelles il estime que la mise en demeure de produire un mémoire en réhabilitation rédigé conformément aux dispositions de l'article R. 512-39-3 du code de l'environnement n'est pas satisfaite. Dans ces conditions, le mémoire en réhabilitation daté du 17 novembre 2021 ainsi que ses annexes du 30 mars 2022 permettent de regarder la société requérante comme ayant satisfait aux obligations mises à sa charge par l'arrêté du 29 juillet 2020 du préfet des Hauts-de-Seine. Par suite, ainsi qu'en ont été informées les parties, la requête n° 2009778 a perdu son objet et il n'y a dès lors plus lieu d'y statuer.

Sur la requête n° 20108800 :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant du dernier exploitant de l'installation classée pour la protection de l'environnement (ICPE) :

6. Le code de l'environnement, dans sa version applicable au litige, dispose en son article L. 511-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique/ () " ; en son article R. 512-39-1 : " I. - Lorsqu'une installation classée soumise à autorisation est mise à l'arrêt définitif, l'exploitant notifie au préfet la date de cet arrêt trois mois au moins avant celui-ci. Ce délai est porté à six mois dans le cas des installations visées à l'article R. 512-35. Il est donné récépissé sans frais de cette notification. / II. - La notification prévue au I indique les mesures prises ou prévues pour assurer, dès l'arrêt de l'exploitation, la mise en sécurité du site. Ces mesures comportent, notamment : / 1° L'évacuation des produits dangereux, et, pour les installations autres que les installations de stockage de déchets, gestion des déchets présents sur le site ; / 2° Des interdictions ou limitations d'accès au site ; / 3° La suppression des risques d'incendie et d'explosion ; / 4° La surveillance des effets de l'installation sur son environnement. / III. En outre, l'exploitant doit placer le site de l'installation dans un état tel qu'il ne puisse porter atteinte aux intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 et qu'il permette un usage futur du site déterminé selon les dispositions des articles R. 512-39-2 et R. 512-39-3. " ; en son article R. 512-39-2 : " I. - Lorsqu'une installation soumise à autorisation est mise à l'arrêt définitif, que des terrains susceptibles d'être affectés à nouvel usage sont libérés et que l'état dans lequel doit être remis le site n'est pas déterminé par l'arrêté d'autorisation, le ou les types d'usage à considérer sont déterminés conformément aux dispositions du présent article. / II. - Au moment de la notification prévue au I de l'article R. 512-39-1, l'exploitant transmet au maire ou au président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent en matière d'urbanisme et au propriétaire du terrain d'assiette de l'installation les plans du site et les études et rapports communiqués à l'administration sur la situation environnementale et sur les usages successifs du site ainsi que ses propositions sur le type d'usage futur du site qu'il envisage de considérer. Il transmet dans le même temps au préfet une copie de ses propositions. / En l'absence d'observations des personnes consultées dans un délai de trois mois à compter de la réception des propositions de l'exploitant, leur avis est réputé favorable. / L'exploitant informe le préfet et les personnes consultées d'un accord ou d'un désaccord sur le ou les types d'usage futur du site. () " ; et en son article R. 512-39-3 : " I. - Lorsqu'une installation classée soumise à autorisation est mise à l'arrêt définitif, que l'arrêt libère des terrains susceptibles d'être affectés à nouvel usage et que le ou les types d'usage futur sont déterminés, après application, le cas échéant, des dispositions de l'article R. 512-39-2, l'exploitant transmet au préfet dans un délai fixé par ce dernier un mémoire précisant les mesures prises ou prévues pour assurer la protection des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 compte tenu du ou des types d'usage prévus pour le site de l'installation. Les mesures comportent notamment : / 1° Les mesures de maîtrise des risques liés aux sols éventuellement nécessaires ; / 2° Les mesures de maîtrise des risques liés aux eaux souterraines ou superficielles éventuellement polluées, selon leur usage actuel ou celui défini dans les documents de planification en vigueur ; / 3° En cas de besoin, la surveillance à exercer ; / 4° Les limitations ou interdictions concernant l'aménagement ou l'utilisation du sol ou du sous-sol, accompagnées, le cas échéant, des dispositions proposées par l'exploitant pour mettre en œuvre des servitudes ou des restrictions d'usage. / () II. - Au vu notamment du mémoire de réhabilitation, le préfet détermine, s'il y a lieu, par arrêté pris dans les formes prévues à l'article R. 181-45, les travaux et les mesures de surveillance nécessaires. Ces prescriptions sont fixées compte tenu de l'usage retenu en tenant compte de l'efficacité des techniques de réhabilitation dans des conditions économiquement acceptables ainsi que du bilan des coûts et des avantages de la réhabilitation au regard des usages considérés. () "

7. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 171-8 du code de l'environnement ( dans sa version en vigueur depuis le 27 juillet 2019) : " I. Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, en cas d'inobservation des prescriptions applicables en vertu du présent code aux installations, ouvrages, travaux, aménagements, opérations, objets, dispositifs et activités, l'autorité administrative compétente met en demeure la personne à laquelle incombe l'obligation d'y satisfaire dans un délai qu'elle détermine. En cas d'urgence, elle fixe, par le même acte, ou par un acte distinct, les mesures nécessaires pour prévenir les dangers graves et imminents pour la santé, la sécurité publique ou l'environnement. / II. - Si, à l'expiration du délai imparti, il n'a pas été déféré à la mise en demeure, aux mesures d'urgence mentionnées à la dernière phrase du I du présent article ou aux mesures ordonnées sur le fondement du II de l'article L. 171-7, l'autorité administrative compétente peut arrêter une ou plusieurs des sanctions administratives suivantes : / 1° Obliger la personne mise en demeure à consigner entre les mains d'un comptable public avant une date déterminée par l'autorité administrative une somme correspondant au montant des travaux ou opérations à réaliser. / Cette somme bénéficie d'un privilège de même rang que celui prévu à l'article 1920 du code général des impôts. Il est procédé à son recouvrement comme en matière de créances de l'Etat étrangères à l'impôt et au domaine. / L'opposition à l'état exécutoire pris en application d'une mesure de consignation ordonnée par l'autorité administrative devant le juge administratif n'a pas de caractère suspensif ; / 2° Faire procéder d'office, en lieu et place de la personne mise en demeure et à ses frais, à l'exécution des mesures prescrites. Les sommes consignées en application du 1° du présent II sont utilisées pour régler les dépenses ainsi engagées ; / () "

8. Les dispositions précitées au point 6 de l'article R. 512-39-1 du code de l'environnement créent, pour l'exploitant d'une installation classée, son ayant-droit ou celui qui s'est substitué à lui, une obligation de mettre en œuvre les mesures permettant de remettre en état le site qui a été le siège de l'exploitation dans l'intérêt, notamment de la santé ou de la sécurité publique et de la protection de l'environnement. L'administration peut ainsi contraindre les personnes en cause à prendre ces mesures, et, en cas de défaillance de celles-ci, y faire procéder d'office et à leurs frais. En outre, aux termes de l'article L. 641-9 du code de commerce : " I.- Le jugement qui ouvre ou prononce la liquidation judiciaire emporte de plein droit, à partir de sa date, dessaisissement pour le débiteur de l'administration et de la disposition de ses biens même de ceux qu'il a acquis à quelque titre que ce soit tant que la liquidation judiciaire n'est pas clôturée. Les droits et actions du débiteur concernant son patrimoine sont exercés pendant toute la durée de la liquidation judiciaire par le liquidateur. () " Il s'ensuit que lorsque les biens du débiteur comprennent une installation classée pour la protection de l'environnement dont celui-ci est l'exploitant, il appartient au liquidateur judiciaire qui en assure l'administration, de veiller au respect des obligations découlant de la législation sur les installations classées pour la protection de l'environnement.

9. En premier lieu, les pièces du dossier attestent que la société Frantz Electrolyse, qui exploitait une installation classée soumise à autorisation par arrêté préfectoral du 9 décembre 2008, a, par courrier daté du 24 octobre 2014, signifié au préfet des Hauts-de-Seine l'arrêt définitif de certaines de ses activités. Ce courrier adressé au préfet en application de l'article R. 512-39-1 du code de l'environnement, précise que l'arrêt définitif d'activité concerne " l'atelier Electrolyse ainsi que les zones proches (bureaux rdc, maintenance, magasin de stockage des produits chimiques, zones d'accès et manœuvres). " En outre, il ressort des mentions contenues dans le tableau représenté dans ce courrier, que l'activité de revêtement métallique ou traitement de surfaces par voies électrolytiques ou chimiques, référencée à la rubrique 2565-2-a, est réduite du fait de sa mise à l'arrêt au sein du bâtiment accueillant l'atelier d'Electrolyse, passant ainsi d'un volume de 422 250 litres à un volume de 165 110 litres. Ainsi, la mise à l'arrêt définitif de cette activité, rendue effective à l'expiration du délai de trois mois suivant sa notification au préfet, soit au 1er février 2015, a rendu la société Frantz Electrolyse, en sa qualité d'exploitant d'une installation classée pour la protection de l'environnement (ICPE) soumise à autorisation, débitrice de l'obligation de placer le site de l'installation dans un état tel qu'il ne puisse porter atteinte aux intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 et qu'il permette un usage futur du site déterminé selon les dispositions des articles R. 512-39-2 et R. 512-39-3, prescrite à l'article R. 512-39-1 du code de l'environnement.

10. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que le local libéré par l'arrêt définitif de cette activité, ainsi que son terrain d'assiette, ont fait l'objet d'un bail précaire souscrit entre la société Frantz Electrolyse et la société GICEF, le 11 décembre 2015, en vue de permettre à la société Frantz Electrolyse d'occuper le rez-de-chaussée de cette dépendance du bâtiment D " atelier Electrolyse ", d'une surface d'entrepôt d'environ 3 000 mètres carrés, sur une période de vingt-trois mois comprise entre le 1er janvier 2016 et le 30 novembre 2017. D'autre part, ce bail a été résilié, le 3 août 2017, dans le cadre de la procédure de liquidation judiciaire de la société Frantz Electrolyse ouverte par le tribunal de commerce de Nanterre le 27 juillet 2017. Ces circonstances, postérieures à la mise à l'arrêt définitif de l'activité précitée, ne sont pas de nature à exonérer la société Frantz Electrolyse de l'obligation qui lui est prescrite par l'article R. 512-39-1, de mettre en œuvre les mesures permettant de remettre en état le site qui a été le siège de l'exploitation dans l'intérêt, notamment de la santé ou de la sécurité publique et de la protection de l'environnement.

11. Par ailleurs, la circonstance alléguée que ce local et son terrain d'assiette ont été vendus, à la société Jsoons Reniers, en 2017, n'est pas établie par les pièces du dossier. En particulier, la société Frantz Electrolyse n'apporte pas la preuve qui lui incombe que cette société Jsoons Reniers s'est substituée à elle, en qualité d'exploitant de l'installation classée référencée rubrique 2526-2-a, qui est soumise à autorisation et dont l'arrêt définitif a été notifié au préfet des Hauts-de-Seine, en application de l'article R. 512-39-1 du code de l'environnement, le 24 octobre 2014. Il s'ensuit que la vente du bâtiment " atelier Electrolyse " à la société Jsoons Reniers, à la supposer établie, n'est pas davantage de nature à exonérer la société Frantz Electrolyse de l'obligation de remise en état de ce site.

12. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'activité référencée 2526-2-a ayant fait l'objet de la notification d'arrêt définitif précitée, a été reprise par la société Gavalnoplast Paris, suite à l'arrêt, par le jugement rendu le 28 avril 2014 par le tribunal de commerce de Nanterre, du plan de cession des actifs de la société Frantz Electrolyse à la société SOCORFI à laquelle la société Gavalnoplast Paris s'est substituée. Ce constat est au demeurant confirmé par le rapport rédigé par la société CERDIS le 17 novembre 2021, qui indique : " la société Frantz Electrolyse a été déclarée en liquidation judiciaire en 2017. Une partie des installations a été reprise par Galvanoplast, excepté le bâtiment de l'ancien atelier d'électrolyse, objet de la présente prestation complémentaire. " Il s'ensuit que la société Frantz Electrolyse n'est pas fondée à soutenir que cette société s'est substituée à elle, pour l'exploitation de cette installation classée soumise à autorisation, et qu'elle est ainsi devenue la nouvelle débitrice de l'obligation de remise en état du site, prescrite par l'article R. 512-39-1 du code de l'environnement.

13. Il résulte de ce qui a été dit aux points 9 à 12 que la société Frantz Electrolyse est le dernier exploitant de l'installation classée pour la protection de l'environnement et que la société requérante, en sa qualité de mandataire liquidateur de la société Frantz Electrolyse est débitrice de cette obligation. La société requérante n'est dès lors pas fondée à soutenir que c'est à tort que le préfet des Hauts-de-Seine lui a adressé l'arrêté de consignation du 7 mai 2021, suite à l'inexécution des prescriptions émises par l'arrêté de mise en demeure du 29 juillet 2020.

S'agissant de la légalité de l'arrêté de consignation du 7 mai 2021 :

14. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 171-8 du code de l'environnement que les sommes consignées par le préfet sur ce fondement, le sont en vue d'exécuter d'office les prescriptions émises dans un arrêté de mise en demeure resté inexécuté par la personne à qui incombe l'obligation d'y satisfaire dans le délai imparti.

15. Ainsi qu'il a été dit au point 5, la SELARL de Bois-Herbaut (aujourd'hui dénommée Herbaut-Pécou) a exécuté les prescriptions formulées par le préfet des Hauts-de-Seine dans l'arrêté de mise en demeure du 29 juillet 2020. La consignation de la somme de 52 800 (cinquante-deux-mille-huit-cent) euros était prévue par l'arrêté en litige " jusqu'au respect total de l'arrêté préfectoral n° 2020-106 du 29 juillet 2020 " relatif " aux opérations nécessaires à la réalisation d'un diagnostic complémentaire de l'état des milieux (sol, eaux souterraines et gaz du sol), d'un plan de gestion proposant les mesures de gestion pérennes de la pollution et d'une interprétation de l'état des milieux permettant de s'assurer de la compatibilité de l'état des milieux avec les usages constatés hors du site et aux opérations permettant de démontrer que le site de l'ancien atelier d'électrolyse est dans un état tel qu'il ne puisse porter atteinte aux intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement ". En l'absence de production, à la date d'édiction de l'arrêté de consignation du 7 mai 2021, du mémoire en réhabilitation le préfet était fondé à prescrire cette prescription. En raison du changement de circonstances mentionné ci-dessus, constitué par la complète exécution de la mise en demeure du 29 juillet 2020. Par suite, la société requérante est fondée à demander l'annulation de l'arrêté de consignation du 7 mai 2021.

Sur les frais du litige :

16. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, les sommes demandées par la société requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la requête n° 2009778.

Article 2 :L'arrêté du 7 mai 2021 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n° 20108800 est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société de Bois-Herbaut (dénommée Herbaut Pécou depuis le 25 décembre 2020), et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera délivrée au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2023 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Zaccaron Guérin, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guérin Le président,

signé

P. Thierry

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et solidaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 20097782

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