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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2010275

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2010275

mercredi 27 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2010275
TypeOrdonnance
RecoursExécution d'un jugement
Avocat requérantDE BROISSIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par le jugement n°1602788 rendu le 25 juillet 2018, le tribunal a donné acte à M. B de son désistement de ses conclusions relatives à des demandes de communication de documents sur le fondement de la loi n°78-17 du 6 janvier 1978, a rejeté ses conclusions en constat et annulation d'une décision de refus de communication de documents du bâtonnier du barreau de Pontoise, d'injonction au bâtonnier de communiquer ces documents et à mis à la charge de M. B une somme de 1000 euros à verser à l'Ordre des avocats du barreau du Val-d'Oise au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un courrier, enregistré le 25 juillet 2019, M. B a saisi le tribunal d'une difficulté d'exécution de ce jugement.

Par une lettre du 2 août 2019, le président du tribunal a répondu que le jugement rendu le 25 juillet 2018 n'implique aucune mesure d'exécution en faveur de M. B et classé sa demande comme dénuée de fondement.

La présidente du tribunal a, par une ordonnance du 25 octobre 2020, ouvert une procédure juridictionnelle en application de l'article R. 921-6 du code de justice administrative.

Par un mémoire enregistré le 20 octobre 2020, M. B a demandé à la présidente du tribunal de faire application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative ;

Par une décision du 9 novembre 2020, la présidente du tribunal a rejeté cette demande.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2021, l'Ordre des avocats du Val-d'Oise demande au tribunal :

1°) d'enjoigne à M. B d'exécuter l'article 3 du jugement n°1602788 rendu le 25 juillet 2018, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement ;

2°) de mettre à la charge de M. B la somme de 1000€ au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire, enregistré 2 février 2021, M. B, demande au tribunal :

1°) de rejeter les conclusions présentées par l'Ordre des avocats du barreau du Val-d'Oise ;

2°) de prononcer l'impossibilité d'exécuter le jugement n°1602788 rendu le 25 juillet 2018 ;

Il soutient que l'Ordre des avocats du barreau du Val-d'Oise n'a pas d'existence légale, n'a pas d'intérêt à agir et que le bâtonnier ne justifie pas du mandat d'ester en justice au nom de l'Ordre des avocats du barreau du Val-d'Oise.

Il entend par ailleurs présenter deux questions prioritaires de constitutionnalité :

1°) En ce que les articles L.114-1 du code de l'action sociale et des familles et l'article 76 de la loi n°2005-102 du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, sont contraires aux articles 6 et 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et à l'article 55 de la Constitution, en tant qu'elles ne prévoient pas explicitement d'aménagement procédural devant les juridictions administratives pour permettre aux personnes souffrant spécifiquement de handicaps consécutifs aux maladies d'anxiété d'avoir accès aux conclusions du rapporteur public et de faire valoir oralement leur point de vue à l'audience.

2°) En ce que l'article L. 311-1 du code de justice administrative est contraire aux articles 6 et 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, en tant que cet article n'impose pas au président du tribunal administratif de saisir la président de la section du contentieux du Conseil d'Etat en cas de demande d'attribution de l'affaire à un tribunal limitrophe et en tant que cet article ne prévoit pas de recours contre la décision du président du tribunal rejetant la demande d'attribution de l'affaire à un autre tribunal.

Par un mémoire, enregistré le 23 février 2023, M. B persiste dans ses moyens et conclusions

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le jugement n°1602788 rendu le 25 juillet 2018

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les premiers vice-présidents des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () 4° rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser () "

2. D'autre part, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution./ La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. " Aux termes de l'article L. 911-4 du même code: " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander au tribunal administratif ou à la cour administrative d'appel qui a rendu la décision d'en assurer l'exécution () Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte () ". Aux termes de l'article R. 921-5 du même code : " Le président de la cour administrative d'appel ou du tribunal administratif saisi d'une demande d'exécution sur le fondement de l'article L. 911-4 ou le rapporteur désigné à cette fin, accomplissent toutes diligences qu'ils jugent utiles pour assurer l'exécution de la décision juridictionnelle qui fait l'objet de la demande. Lorsque le président estime qu'il a été procédé à l'exécution ou que la demande n'est pas fondée, il en informe le demandeur et procède au classement administratif de la demande. ". Enfin, aux termes de l'article R. 921-6 de ce code : " Dans le cas où le président estime nécessaire de prescrire des mesures d'exécution par voie juridictionnelle () ou lorsque le demandeur le sollicite dans le mois qui suit la notification du classement décidé en vertu du dernier alinéa de l'article précédent () le président de la cour ou du tribunal ouvre par ordonnance une procédure juridictionnelle. Cette ordonnance n'est pas susceptible de recours () "

3. Si l'article L. 911-4 précité prévoit que toute partie intéressée peut demander au tribunal qui a rendu la décision d'en assurer l'exécution, les dispositions des articles L. 911-1 et suivant du code de justice administrative n'ont pas pour objet de créer en ce qui concerne les personnes privées n'entrant pas dans leur champ d'application et pour l'exécution d'une obligation de payer, un régime d'exécution des décisions justice qui se substituerait ou s'ajouterait aux voies d'exécution de droit commun.

4. En premier lieu, il résulte des textes précités, d'une part, que M. B n'est pas recevable ni fondé à exciper devant le juge administratif d'éventuelles difficultés qu'il rencontrerait pour payer à l'Ordre des avocats du barreau du Val-d'Oise la somme de 1000€ au versement de laquelle il a été condamné au titre des frais du litige par l'article 3 du jugement n°1602788 rendu le 25 juillet 2018 et, d'autre part, qu'il appartient à l'Ordre des avocats du barreau du Val-d'Oise d'engager les voies de droit qu'il jugera utiles aux fins d'obtenir le paiement de la créance qu'il détient sur M. B. Par suite, les conclusions de M. B tendant à ce que le tribunal prononce l'impossibilité d'exécuter de l'article 3 du jugement n°1602788 du 25 juillet 2016 et celles de l'Ordre des avocats du barreau du Val-d'Oise tendant à ce que le tribunal enjoigne sous astreinte à M. B d'exécuter ce même article 3 sont manifestement irrecevables.

5. En second lieu, ces mêmes dispositions des articles L. 911- 1 et suivants du code de justice administratives n'ont ni pour objet ni pour effet de constituer une voie de recours contre le jugement pour l'exécution duquel des difficultés sont alléguées. Ainsi, M. B ne saurait utilement faire valoir devant le juge de l'exécution des prétendus vices de procédure, tirés du non-respect de ses droits de la défense ou de son droit d'être assisté d'un avocat devant le tribunal, dont serait entaché le jugement n°1602788 du 25 juillet 2018.

4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le renvoi au Conseil d'Etat des questions prioritaires de constitutionnalité tirées de ce que les dispositions des articles L.114-1 du code de l'action sociale et des familles, 76 de la loi n°2005-102 du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, et L. 311-1 du code de justice administrative, porteraient atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution, que la requête de M. B et les conclusions reconventionnelles de l'Ordre des avocats du barreau du Val-d'Oise doivent être rejetées.

5. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions de l'Ordre des avocats du barreau du Val-d'Oise tendant au versement d'une somme de 1000€ au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'Ordre des avocats du barreau du Val-d'Oise sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et à l'Ordre des avocats du barreau du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 27 mars 2024.

Le 1er vice-président

signé

F. Beaufaÿs

La République mande et ordonne, au garde des Sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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