vendredi 13 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2010561 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | SARHANE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2020, M. A B, représenté par Me Sarhane, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de refus de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil née le 17 août 2020 du silence gardé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur sa demande ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de réexaminer sa situation sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'enregistrement de la requête ;
3°) de condamner l'Etat à verser son conseil la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision contestée n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que l'OFII n'a pas procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Conseil du 26 juin 2013, l'article 1er de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et porte atteinte à la dignité humaine et au droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par une décision du 21 décembre 2020 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Féral, Président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant sud-soudanais né en 1993 ou en 1999, serait entré en France le 9 novembre 2017 selon ses déclarations. L'intéressé a présenté une demande d'asile enregistrée, le 28 novembre 2017, en procédure dite " Dublin ". Le même jour, l'intéressé a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Le 1er mars 2018, sa demande d'asile a été enregistrée en procédure normale et l'intéressé a été hébergé au centre d'accueil et d'orientation (CAO) de Varennes-sur-Allier. Le 19 décembre 2018, le responsable du CAO a informé l'OFII de l'exclusion de M. B du centre à la suite d'une rixe au couteau. Par courrier du 26 décembre 2018, l'OFII a informé l'intéressé de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par décision du 15 janvier 2019, l'OFII a procédé à cette supension. Par courriel du 16 juin 2020, M. B a sollicité de l'OFII le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. En l'absence de réponse à cette demande, l'intéressé demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de refus de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil née le 17 août 2020 du silence gardé par l'OFII sur sa demande.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 20 de la directive du 26 juin 2013 visée ci-dessus : " () lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes, une décision dûment motivée, fondée sur les raisons de sa disparition, est prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil retirées ou réduites. () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, dont les dispositions sont applicables à toute décision administrative qui doit être motivée en vertu d'un texte législatif ou réglementaire ou d'une règle générale de procédure administrative : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
3. Il n'est ni établi ni même allégué que le requérant a sollicité la communication des motifs de la décision implicite de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, dans les conditions prévues à l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du formulaire d'offre de prise en charge produit par le directeur général de l'OFII et signé par M. B le 29 novembre 2017, que le requérant a bénéficié d'un entretien avec un agent de l'OFII, en présence d'un interprète, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile. Lors de cet entretien, l'intéressé n'a fait état d'aucun problème de santé ou de besoins particuliers en matière d'accueil. En outre, il ressort des pièces du dossiers que, préalablement à la décision contestée, le 6 mars 2020, l'intéressé a été convoqué dans les locaux de la direction territoriale de Montrouge ou il a bénéficé d'un entretien pour évaluer sa vulnérabilité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien visant à évaluer sa situation de vulnérabilité avant l'intervention de la décision attaquée.
5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / () Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.
6. Les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
7. D'une part, M. B ayant été initialement admis au bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 29 novembre 2017, ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement, il résulte de ce qui est énoncé au point 6 du présent jugement que sa situation doit être appréciée au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction en vigueur avant le 1er janvier 2019.
8. D'autre part, il résulte de ce qui est énoncé au point 6 du présent jugement que la circonstance que la demande d'asile du requérant ait été enregistrée en procédure normale et que sa demande d'asile soit encore en cours d'examen à la date de la décision contestée ne faisait pas légalement obstacle à ce que l'OFII lui refuse le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite le moyen tiré de ce que la décision contestée est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
9. Enfin, il ressort des pièces du dossier que si le requérant, qui était célibatire et âgé au plus de vingt-sept ans à la date de la décision contestée, se prévaut de son état de santé et d'un certificat établi en février 2020 par un médecin psychiatre, ce dernier, qui relate les propos du patient, indique seulement, dans des termes pudents, que " sa situation qu'il décrit comme précaire semble le rendre plus vulnérable au plan psychique et physique et compromet une évolution favorable vers une convalescence complète ". En outre, l'intéressé n'établit pas que, même sans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, il ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé alors qu'il est titulaire d'une attestation de demandeur d'asile et peut ainsi bénéficier d'une couverture santé. Par ailleurs, il est constant que le requérant bénéficiait d'un hébergement et il ne conteste pas les éléments avancés par l'OFII selon lesquels c'est en raison de son comportement même au sein du centre qui l'hébergeait, à la suite d'une rixe au couteau de sa part, qu'il a été exclu de ce centre et n'en bénéficie désormais plus. L'intéressé ne fournit à cet égard aucune justification expliquant ce comportement. Dans ces conditions, l'OFII ne saurait être regardé comme ayant méconnu les dispositions des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou entaché son appréciation d'une erreur manifeste ou porté atteinte au droit d'asile ou à la dignité humaine. La décision contestée n'a pas davantage méconnu les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, 1er de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Par suite ces moyens doivent être écartés.
10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui en tout état de cause n'est pas partie à la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais liés à l'instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Féral, président,
MM. Amazouz et Weisswald, premiers conseillers,
assistés de Mme Khalfaoui, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2023.
Le président-rapporteur,
signé
R. Féral
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
signé
S. Amazouz
La greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation
Le Greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026