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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2011257

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2011257

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2011257
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantCARUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 novembre 2020 et des mémoires enregistrés les 19 juillet 2021, 30 octobre 2021 et 4 février 2022, M. B F et Mme G A, représentés par Me Anne Carus, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2019 par lequel le maire de Bourg-la-Reine a accordé à M. E un permis aux fins de démolir une construction existante et de construire une maison d'habitation sur un même terrain situé 8 rue Jean-Roger Thorelle dans cette commune ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de Bourg-la-Reine a rejeté leur demande de retrait de cet arrêté du 2 octobre 2019 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bourg-la-Reine la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête n'est pas tardive ;

- ils ont intérêt pour agir ;

- les décisions attaquées sont entachées de fraude et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 décembre 2020 et des mémoires enregistrés les 1er juin et 28 octobre 2021, la commune de Bourg-la-Reine, représentée par Me Laurent Férignac, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens contenus dans la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mars 2021, et des mémoires enregistrés les 14 septembre 2021, 23 décembre 2021 et 15 mars 2022, M. H E et Mme C J, représentés par Me Marie-Charlotte Touzet, concluent dans le dernier état de leurs écritures au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants d'une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les requérants n'ont pas d'intérêt pour agir ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Stéphane Eustache, premier conseiller,

- les conclusions de M. Arnaud Boriès, rapporteur public,

- les observations de Me Denis, substituant Me Carus, représentant M. F et Mme A,

- les observations de Me Beguerie, substituant Me Férignac, représentant la commune de Bourg-la-Reine,

- et les observations de Me Touzet, représentant M. E et Mme J.

Considérant ce qui suit :

1. M. E a déposé le 15 juillet 2019 et complété les 7 août, 19 août et 6 septembre 2019 une demande de permis tenant à démolir une construction existante et à construire une maison d'habitation sur un même terrain situé 8 rue Jean-Roger Thorelle à Bourg-la-Reine. Par un arrêté du 2 octobre 2019, le maire de cette commune a délivré le permis sollicité. M. F et Mme A demandent l'annulation de cet arrêté du 2 octobre 2019 et de la décision implicite du 3 septembre 2020 par laquelle le maire de Bourg-la-Reine a rejeté leur demande de retrait de ce même arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 2 octobre 2019 :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre () d'un permis de construire () court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ". Aux termes de l'article R. 424-15 du même code dans sa rédaction applicable au litige : " Mention du permis () doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté () et pendant toute la durée du chantier. () / Cet affichage mentionne également l'obligation, prévue à peine d'irrecevabilité par l'article R. 600-1, de notifier tout recours administratif ou tout recours contentieux à l'auteur de la décision et au bénéficiaire du permis () ".

4. Enfin, aux termes de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation aux dispositions du présent titre, un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré ". Si, ainsi que le prévoient ces dispositions, la circonstance qu'un acte administratif a été obtenu par fraude permet à l'autorité administrative compétente de l'abroger ou de le retirer à tout moment, elle ne saurait, en revanche, proroger le délai du recours contentieux.

5. En l'espèce, le pétitionnaire justifie, en produisant des constats d'huissier et des photographies, que le permis litigieux, délivré le 2 octobre 2019 à M. E, a été affiché sur le terrain pendant une période continue de deux mois à compter, au plus tard, du 8 octobre 2019. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les mentions figurant sur le panneau d'affichage seraient lacunaires. Par suite, le délai de recours contentieux contre le permis délivré par l'arrêté litigieux du 2 octobre 2019 a commencé à courir à l'égard des tiers, dans les conditions prévues à l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme, à compter du 8 octobre 2019.

6. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 2 octobre 2019 contenues dans la présente requête, enregistrée le 2 novembre 2020 au greffe du tribunal, ont été présentées après l'expiration du délai de recours contentieux mentionné au point précédent et sont, à raison de leur tardiveté, irrecevables. Si les requérants soutiennent que le permis litigieux a été obtenu par fraude, une telle circonstance ne saurait, en tout état de cause, avoir pour effet de proroger le délai de recours contentieux ainsi qu'il a été dit ci-dessus. Dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner l'intérêt pour agir des requérants, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée par la commune de Bourg-la-Reine et de rejeter les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 2 octobre 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite du 3 septembre 2020 :

7. Un tiers justifiant d'un intérêt à agir est recevable à demander, dans le délai du recours contentieux, l'annulation de la décision par laquelle l'autorité administrative a refusé de faire usage de son pouvoir d'abroger ou de retirer un acte administratif obtenu par fraude, quelle que soit la date à laquelle il l'a saisie d'une demande à cette fin.

8. Dans un tel cas, il incombe au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, d'une part, de vérifier la réalité de la fraude alléguée et, d'autre part, de contrôler que l'appréciation de l'administration sur l'opportunité de procéder ou non à l'abrogation ou au retrait n'est pas entachée d'erreur manifeste, compte tenu notamment de la gravité de la fraude et des atteintes aux divers intérêts publics ou privés en présence susceptibles de résulter soit du maintien de l'acte litigieux soit de son abrogation ou de son retrait.

9. Les requérants soutiennent que la demande de permis présentée par M. E contenait des déclarations frauduleuses relatives à la construction voisine existante située 10 rue Jean-Roger Thorelle, au niveau altimétrique du terrain d'assiette du projet, à la hauteur de la construction projetée, à sa destination et à son aspect extérieur.

En ce qui concerne la construction existante située 10 rue Jean-Roger Thorelle :

10. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan de bornage réalisé par un géomètre expert le 17 septembre 2018, que la façade Est de la construction existante située 10 rue Jean-Roger Thorelle sur une parcelle cadastrée I n°7 n'est pas implantée en limite séparative, mais de part et d'autre de cette limite et empiète d'une dizaine de centimètres environ sur la parcelle voisine cadastrée I n°6, où sera édifié le projet litigieux.

11. Si le pétitionnaire a mentionné dans la notice de sa demande initiale de permis de construire que le mur constituant cette façade était " mitoyen ", alors qu'il ne séparait pas deux terrains appartenant à des propriétaires différents, cette notice indiquait clairement que ce mur était " construit de part et d'autre de la limite séparative ". En outre, si les plans fournis dans cette demande représentaient à tort ce mur en limite séparative, ces plans ont été établis conformément aux plans cadastraux dont disposait alors le pétitionnaire et ce dernier a rectifié cette erreur dans sa demande de permis de construire modificatif déposée le 10 novembre 2020, à laquelle le maire de Bourg-la-Reine a fait droit par un arrêté du 22 janvier 2021.

12. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les erreurs matérielles relatives à l'implantation du mur mentionné au point précédent auraient été commises par le pétitionnaire dans l'intention frauduleuse de fausser l'appréciation de l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

13. En second lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des photographies et du constat d'huissier produits, qu'à la date de dépôt de la demande initiale de permis de construire, la façade Est de la construction voisine du projet, édifiée sur la parcelle cadastrée I n°7, comportait deux ouvertures de 30 centimètres de longueur et de 20 centimètres de largeur, dotées chacune d'un vitrage transparent, installé sur des châssis ouvrants " en soufflet ".

14. Compte tenu du caractère ouvrant de ces châssis, cette façade ne peut être regardée comme " aveugle " au sens du règlement du plan local d'urbanisme applicable, lequel définit un " mur aveugle " comme un " mur en maçonnerie pleine ne comportant aucune ouverture ou seulement des jours de souffrance ou des pavés de verre fixes ". Dès lors, le pétitionnaire a ainsi mentionné à tort dans sa demande initiale de permis de construire initiale que cette façade était " aveugle ".

15. Toutefois, il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment des photographies produites, que les deux ouvertures litigieuses étaient dotées de châssis fixes avec simple vitrage et constituaient ainsi de simples " jours de souffrance " au sens du plan local d'urbanisme, avant la réalisation en 2016 des travaux d'isolation de la façade et qu'elles n'ont été dotées de châssis ouvrants qu'à l'occasion de ces travaux. Si, par une lettre datée du 4 février 2016, la propriétaire de la construction située sur le terrain d'assiette du projet avait autorisé, avant la réalisation de ces travaux, un " débordement de 12 cm " sur sa parcelle pour la réalisation de travaux d' " isolation ", ni cette lettre, ni aucun autre document versé à l'instance ne mentionnent, au titre de ces travaux, l'installation de deux châssis ouvrants dans les ouvertures existantes de la façade Est de cette construction.

16. En outre, il ressort des pièces du dossier que les deux ouvertures en cause sont situées à plusieurs mètres de hauteur, que la plus basse est protégée par des barreaux et que, par suite, elles sont peu visibles depuis le terrain d'assiette du projet. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le pétitionnaire avait connaissance, lors du dépôt de sa demande de permis de construire, de la modification des châssis des ouvertures de la façade Est de la construction voisine existante. Par suite, s'il a déclaré de manière erronée dans sa demande que cette façade était aveugle, cette déclaration, pour erronée qu'elle soit, ne peut être regardée comme frauduleuse.

En ce qui concerne l'altitude du terrain et la hauteur de la construction projetée :

17. En premier lieu, le pétitionnaire a déclaré, en s'appuyant sur des relevés altimétriques, que le terrain d'assiette du projet présente, sur une profondeur de 21, 30 mètres à compter de la voie publique et sur toute la largeur de la parcelle, un plateau situé à une altitude de 61, 50 mètres NGF, tandis que le reste de la parcelle est situé à environ 60, 80 mètres NGF. La véracité de ces indications n'est pas sérieusement contestée par les requérants qui se bornent à produire des plans ne comportant aucune cote altimétrique précise et qui ont été établis en 1985 avant les travaux de terrassement de ce plateau.

18. En second lieu, le pétitionnaire a déclaré que la construction projetée présentera au plus une hauteur de 11 mètres, conformément à la règle de hauteur maximale autorisée en zone UE par le règlement du plan local d'urbanisme de Bourg-la-Reine. Si les requérants soutiennent que cette hauteur maximale ne peut pas être respectée compte tenu du niveau altimétrique du terrain, ils ne produisent pas d'élément probant à l'appui de leurs allégations, en se référant notamment à des photographies prises après les travaux d'affouillement du sol, alors que la hauteur des constructions doit être mesurée à partir du niveau du terrain existant, avant sa modification par le projet.

19. Il s'ensuit que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les déclarations de la pétitionnaire dans sa demande de permis de construire, relatives au niveau altimétrique du terrain devant accueillir la construction projetée et à la hauteur maximale de cette dernière, sont entachées de fraude.

En ce qui concerne les autres motifs de fraude invoqués :

20. En premier lieu, le pétitionnaire a déclaré que la construction projetée sera une " maison individuelle " et qu'elle présentera une surface de plancher de 395, 59 m², qui a d'ailleurs été réduite à 314, 40 m² par le permis de construire modificatif mentionné ci-dessus. Si les requérants soutiennent que le projet sera en réalité affecté à un usage d'habitation collective, en se référant notamment à la surface de plancher créée et aux dimensions des pièces intérieures, ils ne produisent aucun élément probant à l'appui de leurs allégations.

21. En second lieu, si les requérants soutiennent que les documents fournis par la pétitionnaire n'ont pas permis d'apprécier la configuration exacte des toitures ou des façades ou, d'une manière générale, l'insertion du projet dans son environnement, ils ne produisent aucun élément probant à l'appui de leurs allégations, alors que la demande initiale de permis de construire, de même d'ailleurs que la demande de permis modificatif, comportent sur ces points des éléments précis et exempts de toute fraude.

22. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'existence d'une fraude et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 3 septembre 2020 du maire de Bourg-la-Reine doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Bourg-la-Reine, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.

24. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge des requérants le versement d'une somme globale de 1 500 euros à la commune de Bourg-la-Reine et d'une somme globale de 1 500 euros à M. E et Mme J au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. F et de Mme A est rejetée.

Article 2 : M. F et Mme A verseront une somme globale de 1 500 euros à la commune de Bourg-la-Reine et une somme globale de 1 500 euros à M. E et à Mme J en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D F, à Mme G A, à la commune de Bourg-la-Reine, à M. H E et à Mme C J.

Copie en sera transmise pour information au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience publique du 3 mai 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Thomas Bertoncini, président de chambre,

- Mme Zohra Saïh, première conseillère,

- M. Stéphane Eustache, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.

Le rapporteur,

signé

S. Eustache

Le président de la 8ème chambre,

signé

T. Bertoncini

La greffière,

signé

M. I

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Par délégation,

La greffière,

M. I

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