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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2011391

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2011391

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2011391
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantZIANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 novembre 2020 et 9 septembre 2022, la société La Marina, représentée par Me Ziane, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 juin 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de

14 600 euros et la contribution forfaitaire de réacheminement prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 4 248 euros, ensemble la décision du 7 septembre 2020 par laquelle le directeur général de l'OFII a rejeté son recours gracieux contre cette décision ;

2°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions sont entachées d'un vice de compétence ;

- elles méconnaissent le principe du contradictoire, dès lors qu'elle n'a pas été mise à même d'accéder aux procès-verbaux d'infraction lui permettant de discuter des faits sur lesquels la sanction se fonde ;

- elles procèdent à une inexacte application des dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail, dès lors que sa bonne foi dans l'embauche de ces salariés est établie, puisqu'elle a respecté l'ensemble de ses obligations lors de leur embauche.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 novembre 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 7 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénal ;

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteagle, rapporteure ;

- et les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A l'issue d'un contrôle par les services de police le 10 février 2020 dans un restaurant à Asnières-sur-Seine (92), l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a, au vu du procès-verbal établi lors de cette opération de contrôle établissant l'emploi de deux ressortissants étrangers, dépourvus de titre de séjour les autorisant à travailler en France, avisé la société La Marina, par lettre du 4 mars 2020, qu'indépendamment des poursuites pénales susceptibles d'être engagées, il envisageait de la rendre redevable de la contribution spéciale, sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail et de la contribution forfaitaire de réacheminement prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 23 juin 2020, l'OFII a mis à la charge de cette société la somme totale de 18 848 euros au titre de ces deux contributions. Par un courrier du 12 août 2020, la société a formé un recours gracieux contre cette décision, qui a été rejeté le 7 septembre 2020. La société La Marina demande l'annulation de cette dernière décision ainsi que de la décision du 23 juin 2020 l'ayant sanctionnée. Elle doit être regardée comme sollicitant également la décharge des sommes en cause.

Sur les conclusions d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou par personne interposée, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". Aux termes de l'article L. 5221-8 du même code : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée enfance, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1. ". Aux termes de l'article L. 8253-1 de ce code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 8253-3 du code du travail: " Au vu des procès-verbaux qui lui sont transmis en application de l'article L. 8271-17, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration indique à l'employeur, par lettre recommandée avec avis de réception ou par tout autre moyen permettant de faire la preuve de sa date de réception par le destinataire, que les dispositions de l'article L. 8253-1 sont susceptibles de lui être appliquées et qu'il peut présenter ses observations dans un délai de quinze jours ". Enfin, l'article R. 8253-4 de ce code dispose : " A l'expiration du délai fixé, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration décide, au vu des observations éventuelles de l'employeur, de l'application de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1, la liquide et émet le titre de perception correspondant. ".

4. Enfin, aux termes de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article

L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () ".

5. Si ni les articles L. 8253-1 et suivants du code du travail, ni l'article L. 8271-17 du même code ne prévoient expressément que le procès-verbal constatant l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler en France, et fondant le versement de la contribution spéciale, soit communiqué au contrevenant, le respect du principe général des droits de la défense suppose, s'agissant des mesures à caractère de sanction, ainsi d'ailleurs que le précise désormais l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, entré en vigueur le 1er janvier 2016, que la personne en cause soit informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et mise à même de demander la communication des pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus. Il en résulte que l'OFII est tenu d'informer la société de son droit de demander la communication du procès-verbal d'infraction sur la base duquel les décisions litigieuses ont été prises.

6. En l'espèce, il n'est pas contesté que le courrier du 4 mars 2020 par lequel l'OFII a informé la société La Marina de son intention de la sanctionner n'a pas mis à même la société de demander, avant l'intervention de la sanction, la communication du procès-verbal des services de police sur le fondement duquel ont été pris les titres exécutoires litigieux. En outre, si un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de celle-ci ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie, le vice de procédure tiré de cette absence d'information préalable de la société La Marina est bien de nature à l'avoir privée d'une garantie et constitue, dès lors, une irrégularité de nature à entacher la légalité des décisions attaquées.

7. Il résulte de ce qui précède que la société La Marina est fondée à soutenir que les décisions du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration des 23 juin 2020 et 7 septembre 2020 sont illégales dès lors qu'elles ont méconnu le caractère contradictoire de la procédure préalable à la sanction.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les décisions des 23 juin 2020 et 7 septembre 2020 doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin de décharge :

9. Lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'une sanction financière, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé de la sanction qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle de la décision, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler la sanction, statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

10. Au regard du motif d'annulation retenu par le présent jugement, il n'y a pas lieu de décharger la société La Marina du paiement des sommes que ces titres mettaient à sa charge.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'OFII, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 500 euros au titre des frais engagés par la société La Marina et non compris dans les dépens.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Les décisions des 23 juin 2020 et 7 septembre 2020 du directeur général de l'OFII sont annulées.

Article 2 : L'OFII versera à la société La Marina la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société La Marina et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

Mme Monteagle et M. A, premiers conseillers,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

La rapporteure,

signé

M. MonteagleLa présidente,

signé

C. Van Muylder

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2011391

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