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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2011428

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2011428

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2011428
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSARFATI LOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 novembre 2020, M. B A, représenté par Me Sarfati, avocate, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, née le 21 octobre 2020, du silence gardé sur cette demande, formée par une lettre reçue le 21 août 2020, par la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, de le rétablir dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil, à compter du 3 octobre 2020, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 10 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande et de prendre une nouvelle décision dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 10 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, de la somme de 2 000 euros, sous réserve que Me Sarfati renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

M. A soutient que la décision contestée :

- n'est ni écrite ni motivée, en méconnaissance de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015 ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- est entachée d'un vice de procédure, l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne l'ayant pas mis, avant son intervention, en mesure de bénéficier d'un entretien adapté et de formuler des observations ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'une évaluation de sa vulnérabilité ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a été mis en demeure le 18 juin 2021.

Par une ordonnance en date du 14 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 novembre 2021.

Le mémoire en défense de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, enregistré postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.

Par une décision en date du 21 février 2022, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, demandeur d'asile de nationalité afghane, soutient que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu, en juin 2018, les conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait. M. A demande au Tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, née le 21 octobre 2020, du silence gardé sur cette demande, formée par une lettre reçue le 21 août 2020, par la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge. Dans cette même lettre M. A, qui verse au dossier une attestation de demande d'asile portant la mention " procédure accélérée " qui lui a été délivrée le 12 août 2020 par le préfet des Hauts-de-Seine, expose que, lorsqu'il était demandeur d'asile en procédure Dublin dans le département de la Marne, il a été " placé en fuite ".

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Si, comme en l'espèce, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement, au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil, ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

3. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable, issue de la loi du 29 juillet 2015 : " () La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée () La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis () ".

4. La décision contestée n'est pas au nombre des décisions énumérées par les dispositions législatives précitées. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision attaquée n'a pas revêtu le caractère d'une décision écrite doit être écarté.

5. M. A n'établit pas ni même n'allègue avoir demandé à la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge de lui communiquer les motifs de la décision attaquée, comme le permet l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision contestée ne peut, dès lors, qu'être écarté.

6. Aucune disposition législative ou réglementaire n'imposait à la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge de mettre M. A à même de bénéficier d'un entretien ou de présenter ses observations préalablement à l'intervention de la décision contestée. Le moyen tiré de ce que la décision dont l'annulation est demandée est intervenue sur une procédure irrégulière doit, dès lors, être écarté.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant.

8. Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. / Lors de l'entretien, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale () ".

9. Lorsqu'il rejette une demande tendant au rétablissement des conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas tenu de procéder préalablement à un nouvel entretien de vulnérabilité avec le demandeur d'asile. M. A n'allègue pas qu'il n'a pas pu bénéficier d'un tel entretien lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile.

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy n'aurait pas procédé, avant la naissance de la décision contestée, à un examen de la vulnérabilité du requérant, au vu, notamment, des informations et des pièces que celui-ci a pu lui communiquer à l'appui de la lettre dont l'Office français de l'immigration et de l'intégration a accusé réception le 21 août 2020. Au demeurant, il ressort des termes mêmes de cette lettre, que M. A doit être regardé comme ayant bénéficié d'un nouvel entretien de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure accélérée le 12 août 2020, et qu'au terme de celui-ci aucun facteur de vulnérabilité n'a été décelé. Les moyens tirés de ce que la décision contestée est née à l'issue d'une procédure irrégulière et sans que la vulnérabilité du requérant ait été examinée doivent, par suite, être rejetés.

11. M. A verse au dossier une attestation de l'association Scarabée en date du 28 octobre 2020 qui relève que " Sans domicile fixe, sans aide financière il ne parvient pas à subvenir à ses besoins les plus élémentaires " et qui témoigne que " sa santé tant physique que psychologique, se dégrade au fil des jours passés dans la rue " et que sa " détresse est manifeste ". Toutefois, cet unique document ne saurait suffire à démontrer que le requérant, né le 1er janvier 1990, se trouvait, lorsqu'il a présenté sa demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, dans une situation de particulière vulnérabilité qui aurait imposé à la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge de faire droit à cette demande. En outre, le requérant n'établit pas ni même n'allègue avoir été à tort, déclaré en fuite. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision est entachée d'une erreur d'appréciation ne peut qu'être écarté.

12. Enfin, M. C ne saurait utilement se prévaloir, pour contester la décision contestée, d'une méconnaissance de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013, laquelle a fait l'objet d'une transposition en droit interne dont il ne critique pas les mesures de transposition.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de M. A ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

15. Les dispositions législatives visées ci-dessus font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, M. Prost, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

signé

F.-X. PROSTLa greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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