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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2011610

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2011610

lundi 13 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2011610
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCREAC'H

Texte intégral

Vu, I, la procédure suivante, enregistrée sous le n° 2011610 :

Par une requête enregistrée le 12 novembre 2020, la SARL CABINET CONSEIL IMMOBILIER, représentée par Me Creac'h, avocat, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 à 2017, ainsi que des majorations et pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SARL CABINET CONSEIL IMMOBILIER soutient que :

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée ;

- les dépenses relatives aux cadeaux et aux frais d'hôtellerie pouvaient être déduites de ses bénéfices imposables.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 mai 2021, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu, II, la procédure suivante, enregistrée sous le n° 2205206 :

Par une requête enregistrée le 12 avril 2022, la SARL CABINET CONSEIL IMMOBILIER, représentée par Me Creac'h, avocat, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 158 643 euros correspondant aux cotisations de taxe sur les voitures particulières des sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamées pour les années 2016 et 2017 résultant de la mise en demeure de payer en date du 3 décembre 2021 émise à son encontre par le comptable public du pôle de recouvrement spécialisé du Val-d'Oise ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SARL CABINET CONSEIL IMMOBILIER soutient que l'exigibilité des cotisations de taxe sur les voitures particulières des sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée est suspendue compte tenu de l'existence d'une demande de sursis de paiement adressée le 4 juillet 2020.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 février 2023, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que le moyen invoqué par la requérante n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Louazel, rapporteuse ;

- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL CABINET CONSEIL IMMOBILIER, qui exerce une activité d'agence immobilière sous l'enseigne Century 21, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période comprise entre le 1er janvier 2016 et le 31 décembre 2017, étendue en matière de taxe sur le chiffre d'affaires au 30 novembre 2018. Elle s'est vu notifier, par une proposition de rectification en date du 28 octobre 2019, selon la procédure de rectification contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, des cotisations supplémentaires de taxe sur les voitures particulières des sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des années 2016 et 2017 ainsi que des majorations et pénalités correspondantes. Par une réclamation préalable du 4 juillet 2020, rejetée par l'administration fiscale le 10 septembre 2020, la SARL CABINET CONSEIL IMMOBILIER a demandé le dégrèvement de l'impôt sur les sociétés et a également présenté une demande de sursis de paiement. Par un courrier en date du 3 décembre 2021, l'administration fiscale a adressé à la société une mise en demeure de payer la somme de 158 643 euros au titre des cotisations de taxes sur les voitures particulières des sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des années 2016 et 2017, ainsi que des majorations et pénalités correspondantes. La société a formé une réclamation, le 15 décembre 2021, rejetée par l'administration fiscale le 4 février 2022. La SARL CABINET CONSEIL IMMOBILIER demande au Tribunal, d'une part, de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés ainsi que des majorations et des pénalités correspondantes et, d'autre part, de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 158 643 euros résultant de la mise en demeure de payer émise à son encontre le 3 décembre 2021.

Sur les conclusions aux fins de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.

4. Si la société requérante soutient notamment que les modalités de calcul de l'imposition en litige ne sont pas explicitées en l'absence de détermination du pourcentage ou coefficient de marge utilisé pour la reconstitution des recettes, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration ait procédé à une telle reconstitution. En tout état de cause, la proposition de rectification précise les dispositions légales retenues comme fondement des impositions en litige, les impôts concernés, les années d'imposition, le montant des rectifications envisagées et les motifs sur lesquels le service s'est fondé pour procéder aux rectifications contestées. À l'appui de ce moyen, la requérante ne saurait en outre utilement contester le bien-fondé de l'imposition en litige. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que cette proposition de rectification serait insuffisamment motivée.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. ". En vertu de ces dispositions, il incombe à la société requérante de démontrer le caractère exagéré des impositions supplémentaires mises à sa charge.

6. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. / Toutefois les rémunérations ne sont admises en déduction des résultats que dans la mesure où elles correspondent à un travail effectif et ne sont pas excessives eu égard à l'importance du service rendu. Cette disposition s'applique à toutes les rémunérations directes ou indirectes, y compris les indemnités, allocations, avantages en nature et remboursements de frais. () 5. Sont également déductibles les dépenses suivantes : / a. Les rémunérations directes et indirectes, y compris les remboursements de frais versés aux personnes les mieux rémunérées ; / b. Les frais de voyage et de déplacements exposés par ces personnes ; () / e. Les cadeaux de toute nature, à l'exception des objets de faible valeur conçus spécialement pour la publicité ; / f. Les frais de réception, y compris les frais de restaurant et de spectacles () Les dépenses ci-dessus énumérées peuvent également être réintégrées dans les bénéfices imposables dans la mesure où elles sont excessives et où la preuve n'a pas été apportée qu'elles ont été engagées dans l'intérêt direct de l'entreprise. / Lorsqu'elles augmentent dans une proportion supérieure à celle des bénéfices imposables ou que leur montant excède celui de ces bénéfices, l'administration peut demander à l'entreprise de justifier qu'elles sont nécessitées par sa gestion () ".

7. Il est constant que la SARL CABINET CONSEIL IMMOBILIER a, d'une part, rémunéré en nature deux de ses collaborateurs, M. A et M. B, en leur offrant des chaussures de luxe pour un montant total de 5 736 euros et, d'autre part, pris en charge les frais de voyage de Me Richard, notaire, pour un montant de 3 702,73 euros.

8. Pour établir que ces dépenses n'avaient pas été engagées dans l'intérêt direct de l'entreprise, l'administration fiscale a notamment relevé, dans la proposition de rectification en date du 28 octobre 2019, que les chaussures présentées comme destinées à récompenser les meilleurs vendeurs avaient été achetées avant le classement des intéressés et que l'un d'entre eux indiquait ne jamais avoir reçu une telle récompense. Elle ajoute que la société n'établit pas la relation professionnelle l'unissant à Me Richard, de sorte que les frais de voyage engagés du 6 au 8 avril 2016 en sa faveur ne sauraient être qualifiés de frais professionnels. En se bornant à soutenir que les cadeaux avaient nécessairement été achetés préalablement au classement des meilleurs vendeurs et que Me Richard agissait pour son compte dans le cadre d'un mandat de vente, la société requérante ne conteste pas utilement les constats précités. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a remis en cause la déductibilité des charges en litige.

Sur les conclusions aux fins de décharge de l'obligation de payer :

9. Aux termes de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge peut, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, être autorisé à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes () ". Il résulte de ces dispositions que le bénéfice du sursis de paiement n'est ouvert qu'aux contribuables qui l'ont demandé dans une réclamation relative au bien-fondé des impositions et précisant le montant ou les bases du dégrèvement demandé.

10. Il résulte de l'instruction que, par courrier en date du 4 juillet 2020, la SARL CABINET CONSEIL IMMOBILIER a uniquement demandé le sursis de paiement de l'impôt sur les sociétés dû au titre des années 2016 et 2017. En tout état de cause, elle ne précise pas le montant ou les bases du dégrèvement demandé s'agissant des taxes sur les voitures particulières des sociétés et sur la valeur ajoutée de ces mêmes années. Par conséquent, la demande de sursis de paiement présentée dans cette réclamation n'a pas eu pour effet de suspendre l'exigibilité des impositions en litige, et l'administration pouvait légalement procéder à leur recouvrement forcé.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de la SARL CABINET CONSEIL IMMOBILIER doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les conclusions présentées à ce titre par la requérante doivent, par suite, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de la SARL CABINET CONSEIL IMMOBILIER sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL CABINET CONSEIL IMMOBILIER et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2023.

La rapporteuse,

signé

M. LOUAZEL

Le président,

signé

K. KELFANI Le greffier,

signé

D. HAUDE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2011610, 2205206

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