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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2011648

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2011648

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2011648
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantSCALBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 novembre 2020, M. A C, représenté par Me Scalbert, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 28 septembre 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a prolongé le délai de transfert de six à dix-huit mois ;

4°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

5°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de l'admettre au séjour au titre de l'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile en procédure normale pendant la durée de l'examen de sa demande d'asile ;

6°) de condamner l'OFII à verser son conseil la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

7°) de condamner l'Etat à verser son conseil la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- la décision lui suspendant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été prise par une autorité incompétente,

- les dispositions de l'article L. 744-7 sont inconventionnelles et la décision lui suspendant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil se trouve dès lors privée de base légale ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que l'OFII ne l'a pas mis à même de présenter ses observations ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que l'OFII ne l'a pas convoqué à un entretien et n'a pas procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision de prolongation du délai de transfert a été prise par une autorité incompétente ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît l'article 29 du Règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle méconnaît les articles 9-2, 15 et 19 du Règlement n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 285novembre 2022 et le 28 novembre 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par un courrier du 14 décembre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de soulever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a prolongé le délai de transfert de M. C dès lors que cette prolongation n'est qu'une des modalités d'exécution de la décision initiale de transfert et ne peut être regardée comme révélant une décision susceptible de recours.

Par une décision du 16 novembre 2020 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019, n°s 428530 et 428564 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Féral, Président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant éthiopien né en 1996, est entré en France en 2020. L'intéressé a présenté une demande d'asile enregistrée, le 12 mars 2020, en procédure dite " Dublin ". Le même jour, l'intéressé a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Le 1( juillet 2020, le préfet du Val-d'Oise a décidé son transfert auprès des autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile et, le 27 août 2020, l'a placé en fuite. Par courrier du 11 septembre 2020, l'OFII a informé l'intéressé de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par décision du 28 septembre 2020,dont M. C demande l'annulation, l'OFII lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. C demande également l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a prolongé le délai de transfert aux autorité allemandes de six à dix-huit mois.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée dans l'instance :

2. M C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2020. Il n'y a as lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la prolongation du délai de transfert :

3. II résulte des dispositions du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement n° 604/2013, combinées avec celles du règlement n° 1560/2003 modifié qui en porte modalités d'application, que si l'Etat membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur d'asile a informé l'Etat membre responsable de l'examen de la demande, avant l'expiration du délai de six mois dont il dispose pour procéder au transfert de ce demandeur, qu'il n'a pu y être procédé du fait de la fuite de l'intéressé, l'Etat membre requis reste responsable de l'instruction de la demande d'asile pendant un délai de dix-huit mois, courant à compter de l'acceptation de la reprise en charge, dont dispose l'Etat membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur pour procéder à son transfert.

4. La prolongation du délai de transfert, qui résulte du seul constat de fuite du demandeur et qui ne donne lieu qu'à une information de l'Etat responsable de la demande d'asile par l'État membre qui ne peut procéder au transfert du fait de cette fuite, a pour effet de maintenir en vigueur la décision de transfert aux autorités de l'Etat responsable et ne suppose pas l'adoption d'une nouvelle décision. Cette prolongation n'est ainsi qu'une des modalités d'exécution de la décision initiale de transfert et ne peut être regardée comme révélant une décision susceptible de recours. Par suite, ainsi que les parties en ont été informées, les conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a prolongé de six à dix-huit mois le délai de transfert du requérant sont irrecevables et doivent être rejetées pour ce motif.

En ce qui concerne la décision de suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil :

5. En premier lieu, la décision attaquée est revêtue de la signature " Pour le directeur général et par délégation " de Mme B de Sousa " responsable du bureau de d'asile de l'OFII à Cergy ". En vertu de la décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 14 février 2019 portant délégation de signature, publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur (BOMI) n° 2019-03 du 15 mars 2019, Mme de Sousa avait qualité pour signer " tous les documents relatifs à l'asile dont elle a la charge ". Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit donc être écarté comme manquant en fait.

6. En deuxième lieu, la décision en litige, qui vise notamment les articles L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019, n°428530, point 18, mentionne que M. C n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités et que ce motif justifie la suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Elle indique également que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparairtre de facteur particulier de vulnérabilité ni de besoins en matière d'accueil. Ainsi, la décision en litige, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement pour lui permettre de la contester utilement Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'OFII a adressé au requérant, par courrier du 11 septembre 2020, son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités et lui indiquait d'un délai de de quinze jours pour présenter ses observations. La formulation du motif de suspension retenu permettait à l'intéressé, s'il le souhaitait, de présenter utilement des observations dans le délai qui lui avait été accordé. Par suite, le moyen tiré de ce que le requérant n'aurait pas bénéficié d'une procédure contradictoire préalablement à l'édiction de la décision en litige doit être écarté.

8. En quatrième lieu, de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / () ".

9. D'une part, ces dispositions prévoient qu'un entretien doit se tenir avec l'étranger qui a déposé une demande d'asile afin d'évaluer sa vulnérabilité et de déterminer ses besoins avant que l'OFII ne statue sur son éligibilité aux conditions matérielles d'accueil, ces dispositions ne sauraient être lues comme imposant qu'un nouvel entretien ait lieu préalablement à l'édiction d'une décision de suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. D'autre part, il ressort des pièces du dossier notamment du formulaire d'offre de prise en charge produit par le directeur général de l'OFII et signé par M. C le 12 mars 2020, que le requérant a bénéficié d'un entretien avec un agent de l'OFII, en présence d'un interprète, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile. Lors de cet entretien, l'intéressé n'a fait état d'aucun problème de santé et sa vulnérabilité a été évaluée à 1 sur une échelle de 0 à 3. En outre, l'OFII soutient sans être sérieusement contestée qu'elle a procédé à un nouvel examen de sa situation de vulnérabilité, sur pièces, préalablement à la décision de suspension en litige. A cet égard, le requérant, invité à présenter des observations en réponse à la notification d'intention de suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, n'a fait part à l'OFII d'aucune vulnérabilité particulière ni d'aucun besoin particulier en matière d'accueil. Dans ces conditions, le moyen tiré d'un vice de procédure en l'absence d'entretien et d'évaluation de sa vulnérabilité doit être écarté.

10. En cinquième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier qu'avant de lui refuser le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant et en particulier de sa vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

11. En sixième lieu, le directeur général de l'OFII fait valoir en défense que le requérant n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge le 12 mars 2020 en ne se présentant pas à deux convocations auprès des autorités chargées de l'asile les 12 et 26 août 2020. L'OFII produit la fiche de suivi de l'intéressé dans le cadre de la procédure Dublin qui fait apparaitre qu'il a été absent à deux pointages ainsi que la convocation remise à l'intéressé, signée par ce dernier, lui demandant de se présenter auprès des services de la préfecture du Val-d'Oise les 12 et 26 août 2020 et un extrait de la fiche " Asile " du requérant, renseignée par les srevices préfectoraux, qui mentionne qu'il ne s'est pas présentée à deux convocations convocations. Ces éléments ne sont pas sérieusement contestés par le requérant qui se borne à alléguer qu'il a respecté l'ensemble de ses convocations en préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

12. En septième et dernier lieu, dans sa décision du 31 juillet 2019 Association La Cimade et autres, n° 428530, 428564 visée ci-dessus, le Conseil d'Etat a jugé que les articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, applicable au litige dès lors que M. C a bénéficié des conditions matérielles d'accueil après le 1er janvier 2019, étaient partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013. Il reste néanmoins possible à l'OFII, par une décision motivée, après examen de la situation particulière du demandeur d'asile et après l'avoir mis, sauf impossibilité, en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil lorsqu'il a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

13. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la décision attaquée n'est pas dépourvue de base légale alors même que le Conseil d'Etat a déclaré les articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013

14. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement que le requérant, qui était célibatire et âgé de vingt-quatre ans à la date de la décision contestée, ne justifie d'aucune vulnérabilité particulière ou de besoins spécifiques en matière d'accueil. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 11, M. C n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti en s'abstenant de se présenter aux autorités chargées de l'asile et l'intéressé ne fournit aucune explication sur les raisons pour lesquelles il ne s'est pas présenté à deux convocations en préfecture. Par suite, au regard de l'ensemble des circonstances de l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en lui suspendant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'OFII aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation de vulnérabilité.

15. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat ou de l'OFII la somme que M. C demande au titre des frais liés à l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Féral, président,

MM. Amazouz et Weisswald, premiers conseillers,

assistés de Mme Khalfaoui, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

R. Féral

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

S. Amazouz

La greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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