jeudi 4 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2011883 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | SEMAK |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2017753 du 17 novembre 2020, enregistrée le lendemain au greffe du tribunal de Cergy-Pontoise, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal la requête présentée pour M. C B.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 28 octobre 2020 et un mémoire complémentaire enregistré le 13 mai 2022, M. C B, représenté par Me Semak, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 16 septembre 2020 par laquelle le directeur territorial de Montrouge de l'Office de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile, à titre rétroactif à compter du 16 septembre 2020, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre à l'OFII d'examiner sa demande d'admission dans un lieu prévu à l'article L. 744-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) dans un délai de 10 jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et d'effectuer une évaluation de sa vulnérabilité, conformément aux dispositions de l'article L. 744-6 du CESEDA, dans ce même délai et sous la même astreinte ;
5°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 2 400 euros toutes taxes comprises, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, s'il n'était pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle de lui verser directement cette somme.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et la directive 2012/33/UE ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'aucun manquement à ses obligations ne peut lui être reproché ;
- elle méconnaît l'article 20 de la directive 2013/33/UE ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-7 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il a honoré tous ses rendez-vous ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision en date du 31 mai 2021 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Bobigny.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;
- la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Féral, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant afghan né le 1er mai 1975, a déposé une demande d'asile qui a été enregistrée en procédure dite " Dublin " le 12 février 2020 et accepté le 14 février 2020 le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le 16 juin 2020, le préfet de police lui a notifié un arrêté de transfert aux autorités néerlandaises responsables de l'examen de sa demande d'asile. Le tribunal administratif de paris, par jugement du 29 juillet 2020 a annulé cet arrêté de transfert. Le 31 juillet 2020, sa demande d'asile a été enregistrée en procédure accélérée. Par lettre du 6 août 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 16 septembre 2020, dont il demande l'annulation, la directrice territoriale de Montrouge de l'OFII lui a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Par décision du 31 mai 2021, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Bobigny a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, les conclusions tendant à l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Par sa décision n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, a jugé que les dispositions des articles L. 744-7 et L.744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui créaient, dans leur rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, des cas de refus et de retrait de plein droit des conditions matérielles d'accueil sans appréciation des circonstances particulières et excluaient, en cas de retrait, toute possibilité de rétablissement de ces conditions, étaient incompatibles avec les objectifs de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale. Il a, par suite, annulé les dispositions réglementaires prises pour leur application. Toutefois, le Conseil d'Etat a, par la même décision, précisé les conditions dans lesquelles les autorités compétentes pouvaient, dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et L. 744-8 par le législateur, limiter ou supprimer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil aux demandeurs d'asile qui quittent leur lieu d'hébergement ou la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2 du même code ou qui ne respectent pas les exigences des autorités chargées de l'asile. Ainsi, il reste possible à l'OFII de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.
5. Il ressort de la décision attaquée que, pour suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. B, l'OFII a retenu que l'intéressé s'était abstenu de se présenter aux autorités, " Absent au RDV convocation interpellation du 8/06/2020 et 15/07/2020 ". M. B soutient qu'il n'a jamais reçu de convocation pour des rendez-vous le 8 juin 2020 et le 15 juillet 2020. Si l'OFII fait valoir qu'elle a adressé, pour chacun des deux rendez-vous, une convocation au requérant à son adresse de domiciliation à Paris, elle ne produit toutefois aucun document attestant de l'envoi de ces convocations à cette adresse. Si elle soutient également qu'elle a adressé des SMS au requérant l'informant de ces rendez-vous, elle ne produit aucun élément démontrant que ces messages ont été effectivement reçus par l'intéressé. La seule circonstance que le requérant se soit présenté à un troisième rendez-vous le 12 août 2020 alors que la convocation à ce rendez-vous avait également été adressé par SMS au même numéro de téléphone ne saurait suffire à établir que M. B a reçu les SMS précédemment adressés. Ainsi, l'OFII ne justifie pas avoir régulièrement notifié à l'intéressé les convocations pour les rendez-vous des 8 juin et 15 juillet 2020 et la circonstance que M. B ne soit pas allé retirer le pli contenant l'intention de suspension des conditions matérielles d'accueil que lui a adressé l'OFII le 6 août 2020 est à cet égard sans incidence. Dès lors, l'OFII n'établissant pas que l'intéressé se serait abstenu de se présenter aux autorités, elle lui a illégalement suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 16 septembre 2020 par laquelle la directrice territoriale de Montrouge de l'OFII lui a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Eu égard au motif d'annulation retenu au point précédent, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le directeur général de l'OFII rétablisse M. A dans ses conditions matérielles d'accueil. Il résulte toutefois de l'instruction que depuis le 10 juin 2020M. B est hébergé au centre HUDA Aurore Jean Jaurès à Boulogne-Billancourt et qu'à l'exception de la période allant du 1er septembre à décembre 2020 il a perçu l'allocation pour demandeur d'asile jusqu'à la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par suite, il y a lieu seulement lieu d'enjoindre au directeur général de l'OFII de verser à M. B la somme correspondant à l'allocation pour demandeur d'asile due pour la période du 16 septembre 2020 au 31 décembre 2020, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et, sous réserve que Me Semak, avocate de M. B, renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 000 euros à verser à Me Semak.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision du 16 septembre 2020 2020 par laquelle la directrice territoriale de Montrouge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de verser à M. B la somme correspondant à l'allocation pour demandeur d'asile due pour la période du 16 septembre 2020 au 31 décembre 2020, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera la somme de
1 000 euros à Me Semak, avocate de M. B, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Semak renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me Semak et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 15 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Féral, président,
Mme Lorin, première conseillère et M. Amazouz, premier conseiller,
assistés de Mme Chanson, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 août 2022.
Le président,
signé
R. FéralL'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
signé
C. Lorin
La greffière,
signé
A. Chanson
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026