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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2011903

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2011903

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2011903
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantCABINET JANEAU AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire, enregistrés le 19 novembre 2020 et le 3 décembre 2020, et des pièces complémentaires, enregistrées le 27 janvier 2022 et le 29 octobre 2022, ces pièces n'ayant pas été communiquées, M. B C, représenté par Me Janeau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2020 par lequel le préfet du Val d'Oise a décidé sa remise aux autorités espagnoles, ou à défaut à l'État partie à la convention de Schengen où il est légalement réadmissible ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Val d'Oise de lui délivrer un titre de séjour, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze

jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Par un mémoire en défense, enregistré le4 février 2021, le préfet du Val d'Oise confirme sa décision et produit les pièces constitutives du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Féral, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né le 26 mai 1980, a été interpellé le 20 octobre 2020 par les services de police. Le même jour, le préfet du Val d'Oise a décidé qu'il serait remis aux autorités espagnoles ou, à défaut, à l'État partie à la convention de Schengen où il est légalement réadmissible. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A E, cheffe du bureau du contentieux des étrangers, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté n° 19-078 du préfet du Val-d'Oise du 2 septembre 2019, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. L'arrêté en litige, qui vise notamment les dispositions des articles L. 531-1, L. 531-2 alinéa 3 et R. 531-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquels il a été pris et fait référence à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne que l'intéressé s'est maintenu sur le territoire français plus de 3 mois après la date de son entrée, sans effectuer aucune démarche administrative. Cette décision indique également qu'il est célibataire sans enfants et qu'il n'est pas portée une atteinte disproportionnée a sa vie privée et familiale. Ainsi, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de l'intéressé, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, dès lors, suffisamment motivé au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas, avant de prendre la décision attaquée, procédé à un examen sérieux et complet de sa situation personnelle au regard des éléments portés à sa connaissance. La seule circonstance que la décision en litige ne mentionne pas certains des éléments relatifs à la durée de séjour du requérant en France et à la présence d'attaches familiales sur le territoire, évoqués par le requérant au cours de son audition par les services de police, ne saurait suffire à démontrer que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. C avant d'édicter la décision en cause. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, M. C soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait en ce que le préfet a retenu qu'il était entré en France le 20 janvier 2020 et n'avait effectué aucune démarche administrative. Toutefois, à supposer même que la date d'entrée en France du requérant ne soit pas le 20 janvier 2020, cette erreur de fait est demeurée sans incidence, dès lors que le préfet du Val-d'Oise s'est fondé, pour prendre la décision attaquée, sur la circonstance que l'intéressé était entré sur le territoire français depuis plus de trois mois et n'avait effectué aucune démarche administrative. Or, ces éléments de faits sont établis dès lors que M. C a déclaré, lors de son audition par les services de police le 20 octobre 2020, qu'il venait voir régulièrement ses parents en France et qu'il repartait, mais que " depuis le confinement je suis resté ici " et qu'il n'avait fait aucune démarche administrative ne vue d'obtenir un titre de séjour en France depuis 2017. Par suite, le moyen, d'erreur de fait doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. M. C soutient qu'il réside en France depuis 2008, qu'il est domicilié chez ses parents, où il vit notamment à proximité de sa mère handicapée et que sa sœur réside également sur le territoire. Toutefois, si le requérant produit à l'appui de son moyen plusieurs pièces, et notamment des copies des titres de séjour de ses proches, des factures, des ordonnances a son nom et à celui de ses parents et des cartes d'admission à l'aide médicale d'Etat, ces documents ne lui permettent pas de justifier d'une présence continue sur le territoire français depuis la date alléguée. A ce titre, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, l'intéressé a déclaré aux services de police qu'il possédait un titre de séjour espagnol valable jusqu'au 19 juin 2021 parce qu'il a vécu et travaillé dans cet Etat préalablement, qu'il n'est resté de manière continue sur le territoire français auprès de ses parents que depuis le début du confinement et qu'avant cette période il venait voir ses parents lors de voyage depuis le Maroc avant de repartir. En outre, l'intéressé ne justifie d'aucune insertion sociale particulière et notable en France. Au demeurant, alors qu'il est titulaire d'un titre de séjour espagnol, il n'établit pas qu'il serait dans l'impossibilité de rendre visite à ses parents lors de séjours réguliers en France de moins de trois mois. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision en litige portant remise aux autorités espagnoles ne peut être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette mesure a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, cette décision ne peut être regardée comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'ensemble des conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle de l'intéressé.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 octobre 2020. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Val d'Oise.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président,

M. D et Mme F, premiers conseillers, assistés de Mme Magen, greffière

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

Le président,

signé

R. FéralL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

signé

S. D

La greffière,

signé

N. Magen

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation

Le Greffier

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