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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2011971

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2011971

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2011971
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET RICHER ET ASSOCIES DROIT PUBLIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 20 novembre 2020, 2 décembre 2020, 3 décembre 2020, et 17 septembre 2021, M. B D, Mme E D et Mme A D, représentés par Me Richer, demandent au tribunal :

1°) d'annuler le permis de construire né tacitement le 23 septembre 2020, au bénéfice de Mme F en vue de la construction d'un abri de jardin sur un terrain sis 30 rue de Chatou à Colombes (92 700) ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Colombes la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt pour agir ;

- le permis de construire tacite attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a été délivré sur le fondement d'un dossier de demande lacunaire et imprécis au regard des exigences du code de l'urbanisme, qui n'a pas permis d'apprécier la conformité du projet aux exigences de l'article R. 421-6 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions des articles UD 1, UD 4, UD 7, UD 10 et UD 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Colombes ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2021, la commune de Colombes, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme D, la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal : la requête est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère rapporteure ,

- et les conclusions de M. Louvel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 18 mai 2020, Mme F a déposé une demande de permis de construire un abri de jardin sur son terrain sis 30 rue de Chatou à Colombes (92 700). Le silence gardé par le maire de Colombes sur ce dossier a fait naître à son profit un permis de construire tacite le 23 septembre 2020, dont les requérants demandent l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Colombes :

2. En premier lieu, il est constant que le permis de construire attaqué a été délivré tacitement en date du 23 septembre 2020. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ce permis, est inopérant et ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, la circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporte pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits sont insuffisants, imprécis ou comportent des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. Il ressort des pièces du dossier et notamment des plans annexés au dossier de demande de permis de construire en litige que la construction projetée présente une hauteur mesurée de 2,50 mètres à l'acrotère et de 3 mètres au faitage (PCMI 5). D'autre part, nonobstant l'absence de précisions sur la hauteur du conduit de fumée projeté, ce conduit est représenté sur le plan PCMI 5 qui comporte une échelle permettant ainsi de constater qu'il mesure un peu moins d'un mètre. Enfin, figurent également au dossier de permis de construire, un extrait du plan cadastral, une notice architecturale ainsi que des documents photographiques (PCMI 7 et PCMI 8) qui, contrairement à ce que soutiennent les requérants, ont permis au service instructeur d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement, y compris par rapport à leur propriété. Par suite, le moyen tiré du caractère incomplet du dossier de demande de permis de construire doit être écarté.

5. En troisième lieu, l'article UD 1 du règlement du plan local d'urbanisme de Colombes interdit " Les constructions destinées, à titre principal, à une fonction d'entrepôt dès lors qu'elle n'est pas liée à une autre activité exercée sur le même terrain d'assiette ou sur un terrain contigu. "

6. En l'espèce, s'il est vrai que la notice architecturale annexée au dossier de demande de permis de construire mentionne que la construction projetée " servira à entreposer le matériel aratoire ", cette fonction d'entrepôt est directement liée à la maison d'habitation et au jardin annexe qui se trouvent sur le même terrain d'assiette du projet. Dans ces conditions, cette construction n'est pas interdite par les dispositions précitées de l'article UD 1 et les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le permis de construire tacite a été délivré en méconnaissance de cet article. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, le lexique annexé au plan local d'urbanisme de la commune de Colombes définit l'annexe comme un " local secondaire à rez-de-chaussée, constituant une dépendance d'un bâtiment principal et à destination de garage, de cellier, d'abri de jardin. Ses dimensions ne peuvent excéder : - une hauteur de 3.5 mètres ; - une emprise au sol de 15 m2. " Par ailleurs, une extension est une construction qui présente un lien de continuité physique et fonctionnelle avec la construction existante dont elle constitue le prolongement. La superficie d'une extension ou sa proportion par rapport à cette construction existante ne peuvent être encadrées que par des dispositions législatives ou règlementaires spécialement applicables à ces travaux, en particulier les règles locales d'urbanisme.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le projet autorisé consiste en la construction d'un bâtiment qui fera office, selon les déclarations de la pétitionnaire, à la fois d'abri de jardin et d'atelier de peinture. Les plans annexés au dossier de permis de construire, et communiqués dans le cadre de l'instance, révèlent que cette construction présentera une superficie de 38.43 m2, faisant ainsi obstacle à ce qu'elle puisse être qualifiée d'annexe au sens du lexique précité. Cette construction ne peut pas davantage être qualifiée d'extension de la maison d'habitation principale des pétitionnaires dès lors qu'elle ne présente pas un lien de continuité physique et fonctionnelle avec cette habitation et qu'elle n'en constitue ainsi pas le prolongement. Dans ces conditions, la construction projetée doit être regardée comme une construction nouvelle au sens du règlement du plan local d'urbanisme.

9. En cinquième lieu, l'article UD 4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Colombes dispose : " () 4.3 - Collecte des ordures ménagères pour les nouvelles constructions : Pour les constructions à destination autres qu'habitation, ainsi que pour toute construction supérieure à trois logements, un local destiné au stockage des ordures ménagères nécessaire au tri sélectif doit être aménagé. / Ce local aura une surface minimale définie dans l'annexe sanitaire. / Cette disposition n'est pas applicable si l'entrée de la construction est située à moins de 50 mètres en distance réelle piéton d'une borne d'apport volontaire () "

10. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 8, le projet en litige consiste en une construction nouvelle à destination autre qu'habitation. En application de l'article UD 4.3 précité, le projet est soumis à l'obligation d'aménager un local destiné au stockage des ordures ménagères nécessaire au tri sélectif. D'autre part, et contrairement à ce que fait valoir la commune de Colombes en défense, la circonstance que le projet de construction en litige soit situé à proximité de la maison à usage d'habitation de la pétitionnaire n'est pas de nature à le dispenser de cet aménagement dans la mesure où cette maison d'habitation ne constitue pas une borne d'apport volontaire au sens de l'article UD 4 précité. A cet égard, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'entrée de la construction projetée est située à moins de 50 mètres en distance réelle piéton d'une telle borne d'apport volontaire. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que le permis de construire né tacitement le 23 septembre 2020, ne respecte pas les règles relatives à la collecte des ordures ménagères fixées par l'article UD 4.3 du règlement du plan local d'urbanisme.

11. En sixième lieu, d'une part, l'article UD 7 du règlement du plan local d'urbanisme de Colombes dispose : " () 7.1.2 - Règles d'implantation dans la bande de constructibilité secondaire : / Peuvent être implantées sur les limites séparatives les constructions ou partie de construction qui réunissent les conditions suivantes () - avoir une hauteur maximale mesurée à l'égout du toit ou au sommet de l'acrotère de 6 mètres () " D'autre part, l'article 18 de l'arrêté du 22 octobre 1969 relatif aux conduits de fumée desservant des logements dispose : " Les orifices extérieurs des conduits à tirages naturels, individuels ou collectifs doivent être situés à 0.40 mètres au moins au-dessus de toute partie de construction distante de moins de 8 mètres sauf si, du fait de la faible dimension de cette partie de construction, il n'y a pas de risque que l'orifice extérieur du conduit se trouve dans une zone de surpression. () "

12. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la hauteur maximale du projet mesurée au faitage est de trois mètres. En outre, ainsi que le fait valoir la commune de Colombes en défense, aucune disposition du plan local d'urbanisme ne prévoit que le point haut de cette mesure se situe, lorsqu'il existe un conduit de fumée, à l'extrémité de celui-ci. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que du fait de l'existence d'un conduit de fumée, la construction autorisée, présentera une hauteur maximale supérieure à 6 mètres en méconnaissance de l'article UD 7.1.2 précité.

13. D'autre part, les dispositions de l'arrêté du 22 octobre 1969 relatif aux conduits de fumée desservant les logements ne sont pas au nombre de celles dont il appartient à l'administration d'assurer le respect lors de la délivrance d'une autorisation d'urbanisme. Dans ces conditions, les requérants ne peuvent utilement s'en prévaloir pour soutenir que le conduit de fumée autorisé par le permis en litige méconnaît les dispositions de cet arrêté, et notamment son article 18. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, inopérant, ne peut qu'être écarté.

14. En septième lieu, en vertu de l'article UD 10 du règlement du plan local d'urbanisme de Colombes, les constructions implantées en dehors de la bande de constructibilité principale doivent présenter une hauteur maximale de 6 mètres et une hauteur plafond correspondant à un plan horizontal de neuf mètres mesuré depuis le niveau du sol existant avant travaux. En outre, cet article prévoit, s'agissant du gabarit de couronnement, que " Tout élément de la construction situé entre le sommet de la façade maximale autorisée et la hauteur plafond autorisée, doit s'inscrire à l'intérieur d'un gabarit délimité par deux pans inclinés à 45° partant des hauteurs maximales de deux façades opposées de la construction. "

15. Les requérants soutiennent que le conduit de fumée projeté implique une hauteur maximale de la construction, supérieure à six mètres et ajoutent que le positionnement de ce conduit, au coin nord de la construction projetée rend impossible le respect du gabarit de couronnement. Toutefois compte tenu de ce qui a été énoncé au point 12, la construction respecte les dispositions précitées s'agissant de sa hauteur maximale et de son gabarit de couronnement. Par suite, ce moyen doit être écarté.

16. En dernier lieu, l'article UD 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Colombes relatif à l'" Aspect extérieur des constructions et aménagement de leurs abords - protection des éléments de paysage " dispose : " Dispositions générales / Le projet peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, de par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à la qualité des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. / Les extensions, les constructions annexes, les pignons apparents, les façades latérales et postérieures doivent être réalisées avec le même soin que les façades et bâtiments principaux. () "

17. Ainsi qu'il a été énoncé au point 13, les dispositions de l'arrêté du 22 octobre 1969 relatif aux conduits de fumée desservant les logements ne sont pas au nombre de celles dont il appartient à l'administration d'assurer le respect lors de la délivrance d'une autorisation d'urbanisme. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet ne s'insère pas dans son environnement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UD 11 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :

18. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. ".

19. Les dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme permettent au juge de procéder à l'annulation partielle d'une autorisation d'urbanisme non divisible, dans le cas où l'illégalité affectant une partie identifiable d'un projet de construction ou d'aménagement est susceptible d'être régularisée.

20. En l'espèce, l'illégalité résultant de la méconnaissance de l'article UD 4.3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Colombes n'affecte qu'une partie identifiable du projet de construction en litige et sa régularisation n'implique pas d'apporter au projet litigieux un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Dès lors, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer seulement l'annulation partielle du permis de construire né tacitement le 23 septembre 2020, et de fixer à quatre mois à compter de la notification du présent jugement, le délai dans lequel la pétitionnaire devra obtenir la régularisation de ce permis.

Sur les frais liés au litige :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas les parties perdantes pour l'essentiel dans la présente instance, la somme que la commune de Colombes demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

22. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Colombes, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens par les requérants. Par suite, les conclusions de ces derniers, en ce sens, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Le permis de construire né tacitement le 23 septembre 2020 au profit de Mme F et délivré par le maire de Colombes est annulé partiellement, en tant qu'il méconnaît les dispositions de l'article UA 4.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Colombes.

Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Il appartient à Mme F d'obtenir de l'autorité administrative compétente, dans le délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement, une régularisation rendant le projet en litige conforme aux dispositions de l'article UD 4.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Colombes.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Colombes présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, Mme C F ainsi qu'à la commune de Colombes.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2023 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Zaccaron Guérin, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guérin Le président,

signé

P. Thierry

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 20119712

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