mardi 4 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2012231 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BESSALA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 novembre 2020, la société à responsabilité limitée Giga Stores, représentée par Me Bessala, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 novembre 2020 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a accordé le concours de la force publique autorisant son expulsion à compter du 7 décembre 2020, du local commercial qu'elle occupe, 5 rue des italiens - les colonnes blanches - au rez-de-chaussée ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme d'un montant fixé en équité par le tribunal, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- elle est dépourvue de base légale, dès lors qu'elle est fondée sur l'ordonnance du 25 mai 2020 du tribunal judiciaire de Pontoise, qui a été prise en méconnaissance de l'article 4 de l'ordonnance n° 2020/306 du 25 mars 2020 interdisant le recours à des mesures d'exécution forcées durant la période d'état d'urgence sanitaire ;
- le préfet du Val-d'Oise aurait dû vérifier la conformité du commandement de quitter les lieux aux principes généraux du droit résultant de l'état d'urgence sanitaire ;
- elle repose sur des faits matériellement inexacts est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, sa dette ne s'élevant pas à la somme de 8 999,90 euros dès lors qu'elle a versé la somme de 6 000 euros ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2020, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société à responsabilité limitée Giga Stores ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère rapporteure ,
- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,
- et les observations de Mme A, représentant la préfecture du Val-d'Oise.
Considérant ce qui suit :
1. Le tribunal judiciaire de Pontoise a, par jugement du 29 mai 2020, autorisé l'expulsion de la société à responsabilité limitée Giga Stores d'un local commercial 5 rue des italiens - les colonnes blanches à Cergy-Pontoise (95000). Par une décision du 24 novembre 2020, dont la société requérante demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a accordé le concours de la force publique autorisant son expulsion de ce local commercial à compter du 7 décembre 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. Maurice Barate, secrétaire général de la préfecture du Val-d'Oise, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet, consentie par un arrêté du 17 juin 2019, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () " En outre, aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. Les décisions accordant le concours de la force publique, qui sont des mesures d'exécution d'une décision de justice, ne sont pas au nombre des décisions devant être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, ni, par voie de conséquence, être soumises au respect de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du même code. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision du 24 novembre 2020 et de la méconnaissance du principe du contradictoire sont inopérants et doivent dès lors être écartés.
5. En cinquième lieu, l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période dispose, en son article 1er : " I. - Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus. () III. - Les dispositions du présent titre sont applicables aux mesures restrictives de liberté et aux autres mesures limitant un droit ou une liberté constitutionnellement garanti, sous réserve qu'elles n'entrainent pas une prorogation au-delà du 30 juin 2020. " ; en son article 4 : " Les astreintes, les clauses pénales, les clauses résolutoires ainsi que les clauses prévoyant une déchéance, lorsqu'elles ont pour objet de sanctionner l'inexécution d'une obligation dans un délai déterminé, sont réputées n'avoir pas pris cours ou produit effet, si ce délai a expiré pendant la période définie au I de l'article 1er. / Si le débiteur n'a pas exécuté son obligation, la date à laquelle ces astreintes prennent cours et ces clauses produisent leurs effets est reportée d'une durée, calculée après la fin de cette période, égale au temps écoulé entre, d'une part, le12 mars 2020 ou, si elle est plus tardive, la date à laquelle l'obligation est née et, d'autre part, la date à laquelle elle aurait dû être exécutée. / La date à laquelle ces astreintes prennent cours et ces clauses prennent effet, lorsqu'elles ont pour objet de sanctionner l'inexécution d'une obligation, autre que de sommes d'argent, dans un délai déterminé expirant après la période définie au I de l'article 1er, est reportée d'une durée égale au temps écoulé entre, d'une part, le 12 mars 2020 ou, si elle est plus tardive, la date à laquelle l'obligation est née et, d'autre part, la fin de cette période. / Le cours des astreintes et l'application des clauses pénales qui ont pris effet avant le 12 mars 2020 sont suspendus pendant la période définie au I de l'article Ier. ".
6. D'une part, les dispositions précitées interdisent aux créanciers de recourir à l'exécution forcée pour recouvrer les loyers échus entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020. Il ressort des pièces du dossier que le tribunal judiciaire de Pontoise a, par une ordonnance du 29 mai 2020, prononcé la résiliation du bail commercial souscrit par la société requérante à compter du 18 novembre 2019. Cette ordonnance fait suite à la notification, le 17 octobre 2019, d'un commandement de payer motivé par des loyers impayés depuis le 15 octobre 2019. Il s'ensuit que la décision litigieuse qui a été prise en exécution de cette ordonnance ne constitue pas une mesure d'exécution forcée engagée par un créancier en vue de recouvrer des loyers échus entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020. Dans ces conditions, la société requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées pour contester la décision attaquée.
7. D'autre part, si le préfet territorialement compétent est tenu, avant de décider d'octroyer le concours de la force publique, de vérifier que le commandement de quitter les lieux a bien été notifié, il ne lui appartient cependant pas d'opérer un contrôle de la régularité de ce commandement de quitter les lieux. Dans ces conditions, la société requérante ne peut utilement soutenir que la décision attaquée est illégale, au motif que le préfet du Val-d'Oise ne s'est pas assuré de la conformité du commandement de quitter les lieux aux principes généraux du droit résultant de l'état d'urgence sanitaire. Par suite, ce moyen est inopérant et doit dès lors être écarté.
8. En dernier lieu, le code des procédures civiles d'exécution dispose, en son article L. 153-1 : " L'État est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'État de prêter son concours ouvre droit à réparation " ; en son article L. 153-2 : " L'huissier de justice chargé de l'exécution peut requérir le concours de la force publique. " et en son article R. 121-21 : " Le délai d'appel et l'appel lui-même n'ont pas d'effet suspensif. ". En outre, aux termes de l'article 579 du code de procédure civile : " Le recours par une voie extraordinaire et le délai ouvert pour l'exercer ne sont pas suspensifs d'exécution si la loi n'en dispose autrement. ".
9. Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative est normalement tenue d'accorder le concours de la force publique en vue de l'exécution d'une décision de justice revêtue de la formule exécutoire et rendue opposable à la partie adverse. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire d'expulsion telles que l'exécution de celle-ci serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. En cas d'octroi de la force publique, il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés par sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonné, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. D'une part, la décision attaquée est une mesure d'exécution d'un jugement du tribunal judiciaire de Pontoise du 29 mai 2020. Il s'ensuit que la circonstance alléguée par la société requérante, que la décision attaquée précise que la dette dont elle est redevable s'élève à 8 999,90 euros, alors qu'en réalité, elle a d'ores et déjà procédé au versement d'une somme de 6 000 euros qui n'a pas été déduit de ce décompte, n'est pas de nature à exercer une influence sur la légalité de cette décision et ne permet pas davantage d'établir qu'en prenant cette décision, le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur manifeste d'appréciation.
11. D'autre part, en se bornant à soutenir que sa situation financière difficile a été causée par la crise sanitaire, la société requérante n'établit pas que sa situation est telle que son expulsion révèle des risques sérieux de troubles à l'ordre public. En outre, la société requérante ne se prévaut de l'existence d'aucune circonstance postérieure de nature à caractériser une atteinte à la dignité humaine, justifiant que le préfet du Val-d'Oise refuse d'octroyer le concours de la force publique pour son expulsion.
12. Il résulte de ce qui précède qu'en accordant le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de la société Giga Stores du local commercial qu'elle occupe, le préfet du Val-d'Oise n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 24 novembre 2020 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a accordé le concours de la force publique autorisant son expulsion du local commercial qu'elle occupe à compter du 7 décembre 2020.
Sur les frais du litige :
14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
15. Les dispositions précitées faisant obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée sur leur fondement par la société requérante, les conclusions présentées en ce sens par cette dernière ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société à responsabilité limitée Giga Stores est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Giga Stores et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera délivrée au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2023 à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
M. Baude, premier conseiller,
Mme Zaccaron Guérin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet.
La rapporteure,
C. Zaccaron Guérin Le président,
P. Thierry
La greffière,
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 20122312
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026