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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2012544

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2012544

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2012544
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 décembre 2020, M. E A, représenté par Me Hug, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 décembre 2020 par laquelle la directrice territoriale de Montrouge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a réfusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, notamment l'allocation de demande d'asile, à titre rétroactif à compter du 2 décembre 2020 dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, s'il n'était pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser directement cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- cette décision est entchahée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de prise en compte de sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une décision du 3 mai 2021 du bureau d'aide jruidictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise, M. E A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Weiswald, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique :

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 15 mai 1999 est entré en France en 2019 et a présenté une demande d'asile enregistrée, le 1er avril 2019, en procédure dite " Dublin ". Le même jour, l'intéressé a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. M. A a fait l'objet d'un arrêté de transfert à destination de l'Autriche, Etat responsable de sa demande d'asile, le 9 juillet 2019 et le 25 octobre suivant il a été déclaré en fuite par les services de la préfecture des Hauts-de-Seine. Le 15 novembre 2019, l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, suspension qui est intervenue par décision du 20 mai 2020. Le 4 novembre 2020, la demande d'asile de M. A a été enregistrée en procédure accélérée et l'intéressé a sollicité le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 2 décembre 2020, dont il demande l'annulation, la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge a rejeté sa demande tendant au rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par une décision du 3 décembre 2018, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur, le directeur général de l'OFII a donné délégation à Mme B C, directrice territoriale à Montrouge, à l'effet de signer toutes les décisions se rapportant aux missions dévolues à la direction de Montrouge telles que définies par la décision du 31 décembre 2013 modifiée portant organisation générale de l'OFII, au nombre desquelles comptent les décisions refusant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice d'incompétence doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier () les personnes atteintes de maladies graves () / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. / Lors de l'entretien, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale () ".

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du formulaire d'offre de prise en charge produit par le directeur général de l'OFII et signé par M. A le 1er avril 2019, que le requérant a bénéficié d'un entretien avec un agent de l'OFII, en présence d'un interprète, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile. En outre, le 2 décembre 2020, préalablement à l'intervention de la décision contestée, l'intéressé a de nouveau bénéficié d'un entretien avec un agent de l'OFII en vue d'évaluer sa vulnérabilité. Au cours de cet entretien, il n'a pas fait part d'éléments susceptibles de caractériser une situation de vulnérabilité et a indiqué être hébergé dans le cadre d'un hébergement d'urgence pour demandeur d'asile. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure en l'absence de prise en compte de sa vulnérabilité doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier qu'avant de refuser de rétablir les conditions matérielles d'accueil au bénéfice de M. A, l'OFII, qui, ainsi qu'il a été dit, a accordé un entretien à l'intéressé le 2 décembre 2020, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle et notamment de sa vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

6. En quatrième et dernier lieu, par sa décision n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019 visée ci-dessus, le Conseil d'Etat a jugé que les articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, applicable au litige dès lors que M. A a bénéficié des conditions matérielles d'accueil après le 1er janvier 2019, étaient partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013. Le Conseil d'Etat a, par la même décision, précisé les conditions dans lesquelles les autorités compétentes pouvaient, dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et L. 744-8 par le législateur, limiter ou supprimer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil aux demandeurs d'asile qui quittent leur lieu d'hébergement ou la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2 du même code ou qui ne respectent pas les exigences des autorités chargées de l'asile. Ainsi, il reste possible à l'OFII de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Enfin, si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'OFII qui doit apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

7. En l'espèce, le requérant ne fait état de la présence d'aucun membre de sa famille sur le territoire français et était âgé de vingt-et-un ans à la date de la décision attaquée et bénéficiait d'un hébergement ainsi qu'il l'a déclaré lors de l'examen de a vulnérabilité le 2 décembre 2020. S'il produit des certificats médicaux dont il ressort qu'il présente une infection par le virus de l'hépatite B, ces seuls éléments ne suffisent toutefois pas à attester d'une vulnérabilité particulière ou de besoins spécifiques en matière d'accueil alors qu'il n'est pas établi qu'il ne pourrait bénéficier d'une prise en charge médicale en qualité de demandeur d'asile. Par ailleurs, il ressort du pocès-verbal en date du 22 octobre 2019 établi par services de police que l'intéressé a refusé d'embarquer sur son vol à destination de l'Autriche dans le cadre de l'exécution de l'arrêté de transfert dont il faisait l'objet. L'intéressé ne fournit aucune précision sur les raisons pour lesquelles il a refusé d'embarquer, ni sur sa situation et ses conditions de vie entre la date de suspension de ses conditions matérielles d'accueil, le 20 mai 2020 et celle de l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure accélérée le 4 novembre 2020 ainsi que sur les raisons pour lesquelles il ne s'est pas manifesté auprès des autorités pendant cette période de près de six mois. Par suite, au regard de l'ensemble des circonstances de l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de rétablir ses conditions matérielles d'accueil, la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation de vulnérabilité.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée du 2 décembre 2020.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais liés à l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. Féral, président,

M. Weiswald, premier conseiller et Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,

assistés de Mme Khalfaoui, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

Le rapporteur,

signé

J.-B. Weiswald

Le président,

signé

R. Féral

La greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation

Le Greffier

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