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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2012665

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2012665

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2012665
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantJANURA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance en date du 8 décembre 2020, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, sur le fondement des articles R. 351-3 et R. 312-12 du code de justice administrative, la requête, enregistrée le 29 septembre 2020 sous le n° 2015927, par M. A B.

Par cette requête et des mémoires, enregistrés le 10 décembre 2020, le 2 février 2021, le 26 septembre 2022 et le 16 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Janura, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 8 août 2019 par laquelle la commune de Malakoff a rejeté sa demande de réintégration et le courrier de cette commune en date du 27 novembre 2019 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Malakoff de le réintégrer sur un poste de rédacteur territorial ;

3°) de condamner la commune de Malakoff à lui verser la somme de 197 661,72 euros à parfaire, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Malakoff la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Janura, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ne sont pas suffisamment motivées ;

- elles sont illégales dès lors que la commune n'établit pas qu'aucun poste correspondant à son grade n'était disponible depuis le 1er octobre 2008 ;

- la commune de Malakoff a commis plusieurs fautes de nature à engager sa responsabilité en ne le réintégrant pas au terme d'un délai raisonnable d'un an à compter du 1er octobre 2008 et en omettant de saisir le centre national de gestion afin d'identifier des postes vacants dans d'autres communes ;

- il a subi de ce fait un préjudice financier s'élevant à un montant total de 187 661,72 euros dont 92 061,72 euros au titre des pertes de rémunération et 95 600 euros au titre des pertes de droits à la retraite, ainsi qu'un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence s'élevant à la somme totale de 10 000 euros ;

- la décision du 8 août 2019 ne saurait être regardée comme purement confirmative de l'arrêté du 6 octobre 2008 dès lors que les circonstances de fait ont évolué au cours de cette période et que la décision du 6 octobre 2008 était de nature à l'induire en erreur sur les conditions d'exercice de son droit au recours par l'indication qui y était portée qu'aucun poste n'était " actuellement " vacant ;

- il n'a pas fait preuve d'inaction fautive de nature à exonérer la commune d'une partie de sa responsabilité.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 juillet 2022 et le 22 novembre 2022, la commune de Malakoff, représentée par Me Peru, conclut à titre principal au rejet de la requête et à titre subsidiaire à ce que les demandes indemnitaires de M. B soient ramenées à de plus justes proportions.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- les conclusions à fin d'annulation du courrier du 8 août 2019 sont irrecevables dès lors, à titre principal, qu'il s'agit d'un acte non décisoire qui n'est pas susceptible de recours et, à titre subsidiaire, à supposer qu'il puisse l'être, qu'il serait purement confirmatif de l'arrêté du 6 octobre 2008 ;

- les conclusions à fin d'annulation du courrier du 27 novembre 2020 sont irrecevables dès lors, à titre principal, qu'il s'agit d'un acte non décisoire ;

- aucun des moyens soulevé n'est fondé ;

- les demandes indemnitaires de M. B s'agissant dees rémunérations qu'il aurait pu percevoir entre le 1er octobre 2008 et le 31 décembre 2015 sont prescrites ;

- M. B ne justifie pas de l'ampleur de ses préjudices ;

- il a contribué par son inaction fautive à l'étendue de ses préjudices dès lors qu'il n'a effectué aucune démarche en vue de candidater à des postes au sein de la commune de Malakoff, d'autres commune ou de la fonction publique d'Etat ;

- à titre subsidiaire, ses demandes indemnitaires sont excessives.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 juin 2020.

Par une ordonnance du 22 novembre 2022, la clôture d'instruction fixée au 30 septembre 2022 a été reportée au 22 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n°68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Moinecourt, rapporteure ;

- les conclusions de Mme David-Brochen, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Regis, substituant Me Peru, représentant la commune de Malakoff, et de M. B, présent.

Une note en délibéré enregistrée le 27 juin 2024 a été présentée par M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté par la commune de Malakoff comme rédacteur territorial stagiaire à partir du 1er avril 1998 et titularisé dans ses fonctions. Par un arrêté du 25 septembre 2000, il a été placé en disponibilité pour convenances personnelles à sa demande à partir du 1er octobre 2000, pour une durée initiale d'un an. Cette disponibilité a été renouvelée jusqu'au 30 septembre 2008. Par un courrier en date du 29 juillet 2008, M. B a demandé à la commune de Malakoff à être réintégré sur son poste de rédacteur territorial ou sur un poste équivalent à partir du 1er octobre 2008. Par un courrier en date du 22 septembre 2008, la commune l'a informé qu'aucun poste de rédacteur n'était vacant et a, par un arrêté du 6 octobre 2008, prononcé son maintien en disponibilité postérieurement au 1er octobre 2008 et jusqu'à ce qu'un poste lui soit proposé.

2. Par un dernier courrier du 24 juin 2019, M. B a de nouveau demandé sa réintégration. Suite au rejet de cette demande par un courrier du 8 août 2019, M. B a adressé une demande indemnitaire préalable à la commune de Malakoff en date du 28 septembre 2020 tendant à la réparation des préjudices subis du fait de son absence de réintégration depuis le 1er octobre 2008. Cette demande est restée sans réponse. Enfin, par un courrier du 27 novembre 2020, la commune de Malakoff a adressé à M. B la liste des postes de rédacteurs ayant été vacants depuis 2013 en l'informant qu'aucun ne correspondait à ses compétences.

3. Par la présente requête, M. B demande, d'une part, l'annulation de la décision du 8 août 2019 portant rejet de sa demande de réintégration et celle du courrier du 27 novembre 2020 et, d'autre part, la condamnation de la commune de Malakoff à lui verser la somme de 197 661,72 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des fautes commises par celle-ci en ne procédant pas à sa réintégration dans un délai raisonnable après sa première demande en 2008 et en ne saisissant pas le centre de gestion à ce titre.

Sur les fins de non-recevoir opposée par la commune de Malakoff :

En ce qui concerne la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision du 8 août 2019 :

4. Une décision dont l'objet est le même que celui d'une décision antérieure revêt un caractère confirmatif dès lors que ne s'est produit entretemps aucun changement dans les circonstances de droit ou de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits ou prétentions en litige.

5. Il ressort des pièces du dossier et est constant que M. B a adressé à la commune de Malakoff une demande de réintégration dès le 29 juillet 2008, qui a été rejetée par une décision expresse du 22 septembre 2008, dont la date de notification n'est pas connue, confirmée par un arrêté du 6 octobre 2008, portant prolongation de la disponibilité de M. B " jusqu'à ce qu'un poste lui soit proposé ". Il ressort également de ces pièces que M. B a réitéré pour la dernière fois sa demande de réintégration sur un poste équivalent à celui qu'il occupait avant son départ en disponibilité par un courrier du 24 juin 2019 reçu par la commune le 27 juin suivant, à laquelle celle-ci a répondu par un courrier du 8 août 2019.

6. D'une part, ce courrier adressé à M. B, qui précise " fai[re] suite à [son] courrier reçu le 27 juin ", lui " confirme que depuis sa demande de réintégration, aucun poste correspondant à son grade n'a pu lui être proposé ", lui indique que les services de la commune restent " attentifs à sa situation " et qu'il sera recontacté " lorsqu'un poste pourra lui être proposé ", doit être regardé comme révélant un refus opposé à la demande de réintégration de M. B et présente ainsi un caractère décisoire. Par suite, la commune de Malakoff n'est pas fondée à soutenir que ce courrier constitue un acte non décisoire qui n'est pas susceptible de recours et la fin de non-recevoir opposée en ce sens ne peut qu'être écartée.

7. D'autre part, l'arrêté du 6 octobre 2008, par lequel le maire de la commune de Malakoff a maintenu M. B en disponibilité au motif qu'aucun poste correspondant à son grade de rédacteur territorial n'était vacant et ce " jusqu'à ce qu'un poste lui soit proposé dans le cadre territorial de gestion de son corps ", était fondé sur un état de fait susceptible de changements ultérieurs. Ainsi, le refus opposé par la commune de Malakoff par une décision du 8 août 2019 à la demande présentée par l'intéressé par son courrier du 24 juin 2019, soit plus de dix années après la première décision, n'a pas le caractère d'une décision confirmative du précédent refus et était susceptible de recours pour excès de pouvoir dans le délai de recours contentieux à compter de sa notification. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée en ce sens par la commune de Malakoff doit être écartée.

En ce qui concerne la recevabilité des conclusions à fin d'annulation du courrier du 27 novembre 2020 :

8. Il ressort des termes du courrier du 27 novembre 2020 que celui-ci se borne à informer M. B que les postes de rédacteur libérés ces dernières années ne correspondaient pas à son profil, en présentant une liste des postes en question, et que d'autres postes auraient été confiés à des agents titulaires ou lauréats de concours. Dans ces conditions, ce courrier, qui présente un caractère purement informatif et non décisoire, ne lui fait pas grief. Il résulte de ce qui précède que la fin de non-recevoir opposée en défense aux conclusions aux fins d'annulation de ce courrier doit être accueillie. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

9. Aux termes de l'article 72 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires de la fonction publique territoriale, dans leur rédaction applicable au litige : " La disponibilité est la position du fonctionnaire qui, placé hors de son administration ou service d'origine, cesse de bénéficier, dans cette position, de ses droits à l'avancement et à la retraite. / La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 57. Le fonctionnaire mis en disponibilité qui refuse successivement trois postes qui lui sont proposés dans le ressort territorial de son cadre d'emploi, emploi ou corps en vue de la réintégration peut être licencié après avis de la commission administrative paritaire./ Le fonctionnaire mis en disponibilité, soit d'office à l'expiration des congés institués par les 2°, 3° et 4° de l'article 57 de la présente loi, soit de droit, sur demande, pour raisons familiales, est réintégré à l'expiration de sa période de disponibilité dans les conditions prévues aux premier, deuxième et troisième alinéas de l'article 67 de la présente loi. Dans les autres cas, si la durée de la disponibilité n'a pas excédé trois années, une des trois premières vacances dans la collectivité ou l'établissement d'origine doit être proposée au fonctionnaire. ". Aux termes de l'article 21 du décret du 13 janvier 1986 relatifs aux positions de détachement, de disponibilité, de congé parental des fonctionnaires territoriaux : " La mise en disponibilité sur demande de l'intéressé peut être accordée, sous réserve des nécessités du service, dans les cas suivants : / () b) Pour convenances personnelles () ". Aux termes de l'article 26 de ce même décret, dans sa version applicable au litige : " Sauf dans le cas où la période de mise en disponibilité n'excède pas trois mois, le fonctionnaire mis en disponibilité sur sa demande fait connaître à son administration d'origine sa décision de solliciter le renouvellement de la disponibilité ou de réintégrer son cadre d'emplois d'origine trois mois au moins avant l'expiration de la disponibilité. () Le fonctionnaire qui a formulé avant l'expiration de la période de mise en disponibilité une demande de réintégration est maintenu en disponibilité jusqu'à ce qu'un poste lui soit proposé dans les conditions prévues à l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 précitée. Toutefois, au cas où il ne peut être réintégré pour cause d'inaptitude physique, il est soit reclassé dans les conditions prévues par la réglementation en vigueur, soit mis en disponibilité d'office dans les conditions prévues à l'article 19 du présent décret, soit radié des cadres s'il est reconnu définitivement inapte.".

10. Il résulte de ces dispositions que le fonctionnaire mis en disponibilité pour convenances personnelles a le droit, sous réserve de la vacance d'un emploi correspondant à son grade, d'obtenir sa réintégration à l'issue d'une période de disponibilité. D'une part, si ces textes n'imposent pas à l'autorité dont relève le fonctionnaire de délai pour procéder à cette réintégration, celle-ci doit intervenir, en fonction des vacances d'emplois qui se produisent, dans un délai raisonnable. D'autre part, lorsque la collectivité dont relève l'agent constate qu'elle n'est pas en mesure de lui proposer un emploi correspondant à son grade à la date à laquelle la réintégration est demandée, elle doit saisir, sauf réintégration possible à bref délai, le centre national de la fonction publique territoriale ou le centre de gestion local afin qu'il lui propose tout emploi vacant correspondant à son grade.

11. En l'espèce, il est constant que M. B a été recruté comme rédacteur territorial stagiaire à partir du 1er avril 1998 et titularisé dans ses fonctions. Il a été placé en disponibilité pour convenances personnelles à sa demande à partir du 1er octobre 2000 et a, par la suite, été maintenu dans cette position, par des arrêtés successifs, jusqu'au 30 septembre 2008. Ainsi qu'il a été dit, M. B a été maintenu en disponibilité pour convenances personnelles par un arrêté du 6 octobre 2008 jusqu'à ce qu'un poste lui soit proposé et a formé plusieurs demandes de réintégration par la suite, dont la dernière, en date du 24 juin 2019, a été rejetée par une décision du 19 août 2019. Il est également constant qu'aucun poste correspondant à son grade n'a été proposé à M. B depuis lors, alors même qu'il a, à plusieurs reprises, réitéré sa demande notamment par des courriers des 24 septembre 2013, 10 mars 2015, 28 décembre 2016, 12 décembre 2018 et 24 juin 2019.

12. La commune de Malakoff, à laquelle il incombe d'apporter la preuve de l'absence de poste vacant, n'établit pas, ni même n'allègue qu'aucun poste n'a été vacant pendant la période courant du 1er octobre 2008 au 31 décembre 2016. S'agissant de la période ultérieure, la commune soutient qu'aucun poste n'a pu être proposé à M. B sur la période de 2016 à 2019 et que sur les seuls six postes qui ont fait l'objet, sur cette période, d'un appel à candidature, aucun ne correspondait à son profil. Il résulte néanmoins de l'instruction, et notamment de la liste des mouvements sur les postes au grade de rédacteur territorial de la commune de Malakoff depuis 1983, que celle-ci verse à l'instance, que plusieurs postes vacants auraient pu être proposés à M. B sur la période, la liste faisant notamment apparaître un poste d'agent du service culturel et un poste d'assistant de direction au centre communal de santé, sur lesquels ont été recrutés des agents contractuels respectivement en juin et en mai 2018, alors qu'ils étaient susceptibles de correspondre au profil du requérant, titulaire d'une maîtrise de droit et disposant d'une expérience significative dans le secteur culturel. Par suite, la commune n'établit pas qu'aucun poste correspondant à son grade ne pouvait être proposé à M. B.

13. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision du 8 août 2019 par laquelle la commune de Malakoff a rejeté sa demande de réintégration, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

15. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à la commune de Malakoff de procéder à la réintégration de M. B sur un poste vacant correspondant à son grade dans un délai raisonnable, en réexaminant à cette fin sa demande de réintégration à chaque vacance de poste au sein de la commune. Dans les circonstances de l'espèce, ce délai doit être fixé à un an à compter de la date de notification du présent jugement.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de la commune de Malakoff :

16. Il résulte de l'instruction, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13 du présent jugement, que la commune de Malakoff, à laquelle il incombe d'apporter la preuve de l'absence de poste vacant, n'établit pas une telle absence depuis la première demande de réintégration formée par M. B le 29 juillet 2008. Il en résulte que M. B est fondé à soutenir que la commune de Malakoff a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en ne procédant pas à sa réintégration sur un poste dans un délai raisonnable après cette première demande. En outre, la commune n'établit ni même n'allègue, avoir procédé à la saisine du centre national de la fonction publique territoriale ou du centre de gestion local afin que soit proposé à M. B tout emploi vacant correspondant à son grade. Elle a ainsi commis une deuxième faute de nature à engager sa responsabilité.

17. La commune de Malakoff fait, pour sa part, valoir en défense que M. B a contribué par sa carence fautive à l'étendue de son préjudice dès lors qu'il n'a jamais postulé aux offres qui lui étaient proposés à l'exception de deux d'entre elles en 2014 et 2017, et n'aurait pas accompli de démarches auprès d'autres collectivités. Toutefois, d'une part, il résulte de l'instruction que, la commune n'a jamais proposé de postes à M. B, qui a postulé à ces deux offres de manière spontané. D'autre part, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit précédemment, qu'entre 2008 et 2019, l'intéressé a, de manière régulière et constante, demandé sa réintégration à la commune de Malakoff, notamment par des courriers des 24 septembre 2013, 10 mars 2015, 28 décembre 2016, 12 décembre 2018 et 24 juin 2019, qu'il a informé la commune, par un courrier du 20 août 2011, de ses fonctions d'enseignement au conservatoire de Pau au cours de l'année scolaire 2011-2012, dans l'attente de sa réintégration, et qu'il a fait acte de dizaines de candidatures auprès d'autres collectivités dans la France entière. Il résulte en outre de l'instruction qu'en réponse à chacune des demandes que M. B a adressée à la commune de Malakoff, celle-ci lui a invariablement indiqué qu'il serait averti dès qu'un poste correspondant à son profil serait vacant, ce qui a pu l'inciter à la patience, à ne pas réitérer trop fréquemment ses demandes et finalement a pu contribuer à le dissuader de postuler à davantage d'offres notamment au sein de cette commune. Dans ces conditions, la commune de Malakoff n'est pas fondée à faire valoir que M. B n'aurait pas accompli de démarche sérieuse en vue de sa réintégration et aurait contribué, par son inaction, à l'étendue de son préjudice.

18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les fautes commises par la commune de Malakoff sont de nature à engager son entière responsabilité dans l'absence de réintégration de M. B dans un délai raisonnable.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

S'agissant de l'exception de prescription quadriennale opposée par la commune de Malakoff :

19. Aux termes du premier alinéa de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'État, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ". Aux termes de l'article 2 de la même loi : " La prescription est interrompue par : / Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. / Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance ; / () Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée ".

20. Lorsqu'un litige oppose un agent public à son administration sur le montant des rémunérations auxquelles il a droit, le fait générateur de la créance se trouve en principe dans les services accomplis par l'intéressé. Dans ce cas, le délai de prescription de la créance relative à ces services court, sous réserve des cas prévus à l'article 3 précité de la loi du 31 décembre 1968, à compter du 1er janvier de l'année suivant celle au titre de laquelle ils auraient dû être rémunérés, y compris lorsque le litige porte sur un prélèvement indu, à la condition qu'à cette date l'étendue de cette créance puisse être mesurée.

21. Il résulte de l'instruction que M. B a demandé l'indemnisation des préjudices subis du fait de l'absence de réintégration par lettre du 28 septembre 2020 reçue le 2 octobre suivant par la commune de Malakoff. Les démarches entreprises par l'intéressé en vue de sa réintégration n'ont pu avoir pour effet de proroger le délai de prescription de la créance dont il se prévaut dans le cadre de la présente procédure dès lors notamment que le fait générateur de la créance se trouve non dans cette décision de refus de réintégrer M. B, mais dans la faute commise en ne procédant pas à cette réintégration dans un délai raisonnable. En dépit de ses demandes répétées, les refus de réintégration opposés à M. B n'ont pas fait l'objet d'une contestation ou d'une demande de paiement par l'intéressé jusqu'au dernier refus de 2019. Par suite, la commune de Malakoff est fondée à soutenir que la créance de M. B est prescrite pour la période antérieure au 1er janvier 2016, compte-tenu de sa demande effectuée le 28 septembre 2020.

S'agissant des préjudices financiers :

22. En vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité des personnes publiques, l'agent public placé en position de disponibilité a droit à la réparation intégrale des préjudices de toute nature qu'il a effectivement subis du fait du refus illégal de faire droit à sa demande de réintégration et présentant un lien direct de causalité avec l'illégalité commise, y compris au titre de la perte de la rémunération à laquelle il aurait pu prétendre, à l'exception des primes et indemnités seulement destinées à compenser des frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions et déduction faite, le cas échéant, du montant des rémunérations que l'agent a pu se procurer par son travail au cours de la période d'éviction. Il est, le cas échéant, tenu compte des fautes commises par l'intéressé. Lorsque les préjudices causés par cette décision n'ont pas pris fin ou ne sont pas appelés à prendre fin à une date certaine, il appartient au juge de plein contentieux, forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, de lui accorder une indemnité versée pour solde de tout compte.

23. Il appartient au juge du plein contentieux de la responsabilité, dès lors que les conclusions de M. B à fin l'annulation du refus de réintégration qui lui a été opposé ont été rejetées et que le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution, d'évaluer le montant de l'indemnité versée pour solde de tout compte. Il résulte de l'instruction que M. B, dont les allégations ne sont pas sérieusement contestées sur ce point, aurait pu percevoir une rémunération annuelle moyenne d'environ 20 000 euros entre 2016 et 2024, année au cours de laquelle il pourra partir à la retraite à taux plein, et a perçu entre 2016 et 202[0]3, du fait de ses diverses activités et de sa perception de l'allocation de retour à l'emploi, une rémunération annuelle moyenne de 13 600 euros. Il peut par suite être fait une juste appréciation de sa perte de revenus totale à en la fixant à la somme de 50 000 euros. Cette perte de revenus est susceptible d'occasionner pour lui une pension de retraite inférieure à celle qu'il aurait pu percevoir s'il avait été réintégré dans un délai raisonnable qui peut être évaluée, dans les circonstances de l'espèce, à la somme mensuelle de 150 euros ce qui conduit à estimer sa perte totale de droits à la retraite, compte tenu de son espérance de vie de 23,4 ans en 2019 selon les tables de l'INSEE, à 35 000 euros. [0]Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par M. B en le fixant à la somme de 85 000 euros.

S'agissant du préjudice moral :

24. Il résulte de l'instruction qu'en rejetant l'ensemble des demandes de réintégration formulées par M. B sans jamais lui proposer de poste, la commune de Malakoff l'a maintenu dans une situation d'incertitude professionnelle qui lui a causé un préjudice moral dont il sera fait une juste appréciation en lui accordant une indemnité de 2 000 euros.

25. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la commune de Malakoff doit être condamnée à verser à M. B la somme de 87 000 euros.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

26. En premier lieu, aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343 2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.

27. M. B demande que les indemnités allouées par le présent jugement soient assorties des intérêts au taux légal. Il y a lieu de faire droit à ces demandes à compter du 2 octobre 2020, date de réception de sa demande indemnitaire préalable à la commune de Malakoff.

28. En second lieu, aux termes de l'article 1343-2 du code civil : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. ". Pour l'application de ces dispositions, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.

29. La capitalisation des intérêts a été demandée par le courrier du 29 septembre 2020, reçu le 2 octobre 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 2 octobre 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

30. La commune de Malakoff, partie perdante dans la présente instance, versera la somme de 1 500 euros à Me Janura, conseil de M. B, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

DECIDE :

Article 1 : La décision du 8 août 2019 par laquelle la commune de Malakoff a rejeté la demande de réintégration de M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Malakoff de procéder au réexamen de la demande de réintégration de M. B à chaque vacance de poste de son grade et de procéder à sa réintégration dans un délai d'un an.

Article 3 : La commune de Malakoff versera à M. B la somme de 87 000 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 2 octobre 2020 en réparation des préjudices subis. Les intérêts échus à la date du 2 octobre 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 4 : La commune de Malakoff versera à Me Janura la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Malakoff.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Drevon-Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère, et Mme Moinecourt, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

L. Moinecourt

La présidente,

signé

E. Drevon-CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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