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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2012711

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2012711

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2012711
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSARFATI LOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 décembre 2020, M. C B, représenté par Me Sarfati, avocate, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision, en date du 12 novembre 2020, par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a prononcé la suspension de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, de le rétablir dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil, à compter du 16 octobre 2020, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 10 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande et de prendre une nouvelle décision dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 10 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, de la somme de 2 000 euros, sous réserve que Me Sarfati renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

M. B soutient que la décision contestée :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un vice de procédure, l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne l'ayant pas mis, avant son intervention, en mesure de bénéficier d'un entretien adapté et de formuler des observations ;

- a été prise sur une procédure irrégulière, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'ayant pas procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 juillet 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Par une décision en date du 11 janvier 2021, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie et la décision du Conseil d'État statuant au contentieux Nos 428530 et 428564 du 31 juillet 2019, point 18 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, demandeur d'asile de nationalité afghane, conteste la décision, en date du 12 novembre 2020, par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a prononcé la suspension des conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. La décision attaquée est revêtue de la signature " Pour le directeur général et par délégation " de Mme A de Souza " responsable du bureau de l'asile de l'OFII à Cergy ". En vertu de la décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 14 février 2019 portant délégation de signature, publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur (BOMI) n° 2019-03 du 15 mars 2019, Mme de Sousa avait qualité pour signer " tous les documents relatifs à l'asile dont elle a la charge ". Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit donc être écarté comme manquant en fait.

3. La décision dont l'annulation est demandée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivée.

4. Le requérant soutient qu'il n'a pas eu la possibilité de faire valoir ses observations avant l'intervention de la décision suspendant ses conditions matérielles d'accueil. Toutefois, l'Office français de l'immigration et de l'intégration verse au dossier, d'une part, la copie de la " notification d'intention de suspension des conditions matérielles d'accueil " en date du 16 octobre 2020, remise en mains propres à l'intéressé le même jour, qui informe ce dernier de son intention de suspendre ses conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers le pays responsable de l'instruction de sa demande, et l'invite à présenter ses observations dans le délai de quinze jours et, d'autre part, la copie des observations en date du 20 octobre 2020 que lui a adressées M. B en réponse à ce courrier et dont il a accusé réception le 22 octobre 2020. Le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire préalable doit, dès lors, être écarté comme manquant en fait.

5. Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. / Lors de l'entretien, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale () ".

6. Lorsqu'il prononce la suspension des conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas tenu de procéder à un nouvel entretien de vulnérabilité avec le demandeur d'asile. En défense, l'Office français de l'immigration et de l'intégration justifie d'abord que le requérant a pu bénéficier d'un entretien personnel de vulnérabilité le 11 mars 2020, lorsqu'il a accepté son offre de prise en charge, dans une langue qu'il comprend, au cours duquel sa situation personnelle a été évaluée. L'Office français de l'immigration et de l'intégration soutient, par ailleurs, sans être contredit, qu'il n'est ressorti de cette évaluation aucune vulnérabilité particulière et que M. B ne démontre pas lui avoir communiqué d'éléments établissant une vulnérabilité. Enfin, il ressort des pièces versées au dossier par l'Office français de l'immigration et de l'intégration que le requérant a pu bénéficier d'un autre entretien de vulnérabilité, le 16 octobre 2020, dans une langue qu'il comprend, qui n'a pas davantage que celui du 11 mars 2020 fait apparaître de vulnérabilité particulière. Le requérant n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la décision contestée aurait été prise sur une procédure irrégulière ou que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité avant son intervention.

7. L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir, sans être contredit par M. B, que celui-ci a été transféré en Allemagne, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile, et qu'il est revenu en France pour y déposer sa demande d'asile. Le requérant n'établit pas ni même n'allègue que les autorités allemandes aurait refusé d'examiner sa demande d'asile ou l'aurait obligé à rejoindre le territoire français. Dans ces conditions, M. B doit être regardé comme n'ayant pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Dès lors, compte tenu de la décision du Conseil d'État statuant au contentieux du 31 juillet 2019 susvisée, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît les articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur version résultant de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018.

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B, qui est né le 1er janvier 1994 et qui ne joint à sa requête aucun document médical, se trouvait, lorsque la décision attaquée a été prise, dans une situation de particulière vulnérabilité. Dès lors, en suspendant les conditions matérielles dont bénéficiait le requérant, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy ne saurait être regardé comme ayant commis une erreur d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de M. B ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

11. Les dispositions législatives visées ci-dessus font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, M. Prost, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

signé

F.-X. PROSTLa greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.5

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