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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2012762

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2012762

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2012762
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantNIGA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 décembre 2020 et le 14 juillet 2022, Mme C A, représentée par Me Lam, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du préfet des Hauts-de-Seine du 31 juillet 2020 rejetant sa demande de délivrance de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " révélée par la délivrance d'une carte de séjour temporaire " visiteur " le même jour , ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation, sans délai et sous la même astreinte, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 19 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Moinecourt, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante chinoise née le 15 août 1965 indique être entrée sur le territoire français le 22 mai 2012. Par un courrier recommandé notifié le 15 juin 2020, elle a sollicité la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et s'est vue délivrer par le préfet des Hauts-de-Seine une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur ", valable du 11 juin 2020 au 10 juin 2021. Par un courrier recommandé avec avis de réception notifié au préfet des Hauts-de-Seine le 31 août 2020, elle a formé un recours gracieux contre la décision de rejet de sa demande de carte de séjour " vie privée et familiale " révélée le 31 juillet 2020 par la délivrance d'une carte de séjour temporaire " visiteur ". Le silence de l'administration sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 31 octobre 2020. Par la présente requête, elle doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision de rejet de sa demande de carte de séjour " vie privée et familiale " par le préfet des Hauts-de-Seine, révélée par la délivrance d'une carte de séjour temporaire " visiteur " le 31 juillet 2020, ensemble le rejet de son recours gracieux.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige: " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ". Par ailleurs, selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. A la date de la décision attaquée, Mme A était titulaire d'une carte de séjour portant la mention " visiteur ", valable du 11 juin 2020 au 10 juin 2021, et se trouvait donc en situation régulière sur le sol français. Par suite, la décision attaquée par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " n'avait ni pour objet ni pour effet de rompre les liens que Mme A avait pu constituer sur le sol français. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance par la décision attaquée des dispositions du 7°) de l'article L. 313-11 et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

4. En second lieu, si Mme A soutient qu'elle est entrée en France le 22 mai 2002, elle ne l'établit pas, se bornant à produire des pièces attestant de sa présence sur le territoire français, telles que des attestations d'assiduité en cours de français, à partir de 2019. Elle établit que son époux est décédé en Chine en 2012, qu'elle a une fille majeure Mme B, en situation régulière, mariée à M. B, ayant deux enfants, et qu'elle a également un fils majeur, de nationalité française. Elle produit une attestation de M. et Mme B, au demeurant peu circonstanciée, établissant qu'elle est hébergée chez le couple, qui justifie de disposer de revenus en France. Toutefois, celle-ci n'établit pas, ni même n'allègue, qu'elle serait dépourvue de tout lien dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 57 ans ou qu'elle exercerait une activité professionnelle ou associative en France. Ainsi, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées, comme par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dussuet, président,

Mme D et M. Sitbon, conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.

La rapporteure,

Signé

L. D

Le président,

Signé

J.P. DussuetLa greffière,

Signé

V. Ricaud

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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