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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2012773

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2012773

vendredi 13 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2012773
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantJASLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 décembre 2020, M. E A, représenté par Me Jaslet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 27 octobre 2020 par laquelle le directeur territorial de Cergy de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif à compter du 7 octobre 2019, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle méconnaît les dispositions des articles L. 744-6 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît le principe du contraditcoire, dès lors qu'il n'a pas pu présnetr d'observations ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qu'il n'a pas manqué à ses obligations ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'auucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- la décision du Conseil d'Etat du 17 avril 2019, n° 428314 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Féral, Président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 3 avril 1994, serait entré en France le 26 août 2017, selon ses déclarations, afin d'y déposer une demande d'asile. Cette demande a été enregistrée 16 octobre 2017 en procédure dite " Dublin " et, le même jour, il a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Par arrêté du 6 février 2018, le préfet de police a décidé son transfert aux autorités suédoises, responsables de l'examen de sa demande d'asile. L'intéressé a été déclaré en fuite et le délai de transfert proporgé jusqu'au 12 août 2019. A compter du 1er juin 2018, M. A n'a plus bénéficé des conditions matérielles d'accueil. Le 5 septembre 2019, à l'expiration du délai de transfert, il s'est présenté auprès des services préfectoraux qui ont enregistré sa demande d'asile en procédure accélérée. Le 22 novembre 2019, l'OFII, après avoir recueilli ses observations, lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par jugement n° 1915248 du 9 octobre 2020, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé cette décision de suspension et enjoint à l'OFII de procéder au réexamen de la situation de l'intéressé. Par décision du 27 octobre 2020, dont il demande l'annulation, le directeur territorial de Cergy de l'OFII a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions citées au point précédent, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la qualification de la décision du 27 octobre 2020 :

4. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement que l'OFII, après que M. A a été déclaré en fuite, ne lui a plus versé l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 1er juin 2018. Cet arrêt des versements révèle une décision de l'OFII de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Ainsi, même si le tribunal a annulé la décision ultérieure de suspension des conditions matérielles d'accueil prise à l'encontre de M. A le 22 novembre 2019, le bénéfice des conditions matérielle d'accueil lui demeurait toujours suspendu en raison de la décision révélée du 1er juin 2018 qui n'a pas été contestée par le requérant. Par suite, la décision prise par le directeur territorial de Cergy de l'OFII sur sa situation, le 27 octobre 2020, constitue une décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

En ce qui concerne la la légalité de la décision du 27 octobre 2020 :

5. En premier lieu, la décision en litige, qui vise notamment l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, les articles L. 744-1, L. 744-6, L. 744-9 et D. 744-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la décision du Conseil d'Etat du 17 avril 2019, n° 428314, mentionne que par jugement du 9 octobre 2020, le tribunal administrtaif de Cergy-Pontoise l'a enjoint de réexaminer la situation de M. A, qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités dans le cadre de procédure " Dublin ", que la préfecture l'a déclaré en fuite le 20 mars 2018 et qu'il n'a pas contesté cette suspension. Elle mentionne en outre qu'il n'a pas fait procéder au renouvellement de son attestation de demandeur d'asile pour la période du 15 novembre 2017 au 5 septembre 2019 et ne justifie pas des raisons de cette absence de renouvellement et s'est ainsi soustrait à ses obligations. Elle précise enfin que l'examen de sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaitre de facteur de vulnérabilité particulière, ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Ainsi, la décision attaquée comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier () les personnes atteintes de maladies graves () / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. / Lors de l'entretien, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale () ". Aux termes de l''article D. 744-38 du même, dans sa rédaction applicable au litige : " La décision de suspension, de retrait ou de refus de l'allocation est écrite, motivée et prise après que l'allocataire a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans le délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. () ".

7. D'une part, il résulte de ces dispositions que si l'OFII doit apprécier la vulnérabilité du demandeur d'asile qui présente une demande de rétablissement du bénéfice des conditions des conditions matérielles d'accueil, elle n'est toutefois pas tenu de le convoquer à un entretien de vulnérabilité. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le requérant a bénéficié d'un entretien avec un agent de l'OFII lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 20 mars 2019. Lors de cet entretien aucun élément de vulnérabilité particulier n'a été relevé, l'agent de l'OFII ayant procédé à l'entretien estimant la vulnérabilité à 1 sur échelle allant de 0 à 3. En outre, l'OFII fait valoir, sans être sérieusement contesté, qu'elle a procédéà un examen de la vulnérabilité du requérant préalablement à la décision contestée ainsi que cela est d'ailleurs mentionné dans la décision attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. D'autre part, M. A soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers te du droit d'asile en que l'OFII ne l'a pas mis à même de présenter ses observations et n'a donc pas respecté la procédure contradictoire prévue par ces dispositions. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, la décision attaquée est une décision de refus de rétablissemet des conditions matérielles d'accueil. Dès lors, l'intéressé ne peut utilement se prévaloir de la procédure prévue par les dispositions de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne sont applicables qu'aux seules décisions de suspension du bénéfice des conditons matérielles d'accueil. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

9. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que le directeur territorial de l'OFFI n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A, en particulier au regard de sa vulnérabilité, avant de rejeter sa demande de rétablissement du bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.

10. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / () Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

11. Les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

12. D'une part, M. A ayant été initialement admis au bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 16 octobre 2017, ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement, il résulte de ce qui est énoncé au point 10 du présent jugement que sa situation doit être appréciée au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction en vigueur avant le 1er janvier 2019.

13. D'autre part, le requérant, qui était célibatire et âgé de vingt-six ans à la date de la décision contestée, n'apporte aucun élément de nature à démontrer l'existence d'une situation de vulnérabilité particulière ou de besoins spécifiques en matière d'accueil. Par ailleurs, s'il soutient qu'il a respecté l'ensemble des ses obligations, il ressort des éléments produits en défense par l'OFII, non contestés par le requérant, qu'il a été absent à quatre rendez-vous en préfecture entre le 13 février et le 6 mars 2018 dans le cadre de la mise en œuvre de la procédure " Dublin ". De plus, l'intéressé ne justifie pas des raisons pour lesquelles il est resté sans attestation de demandeur d'asile valide entre le 16 novembre 2017 et le 4 septembre 2019, période correspondant à la fuite. Or, en vertu des dispositions alors codifiées à l'article D. 744-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le défaut de validité de l'attestation de demande d'asile entraîne la suspension des droits à l'allocation, sauf s'il est imputable à l'administration. Dans ces conditions l'OFII ne saurait être regardé comme ayant méconnu les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou entaché son appréciation d'erreurs de fait ou d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite ces moyens doivent être écartés.

14. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 27 octobre 2020 par laquelle l'OFII a rejeté sa demande de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OFII la somme que M. A demande au titre des frais liés à l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Féral, président,

M. B et M. D, premiers conseillers,

assistés de Mme Khalfaoui, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2023.

Le président-rapporteur,

signé

R. Féral

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

S. B

La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation

Le Greffier

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