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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2012852

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2012852

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2012852
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantSARHANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 décembre 2020, M. B A, représenté par Me Sarhane, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 octobre 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de trois jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'enregistrement de la présente requête ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif à compter du 12 octobre 2020 et ce dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, s'il n'était pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle de lui verser directement cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides n'a pas encore statué sur sa demande d'asile ;

- elle est intervenue sur une procédure irrégulière, l'OFII n'ayant pas procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les article L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il a respecté l'intégralité de ses obligations ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les articles 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et de l'article 1er de la charte des droits fondamentaux de l'Union européennes et porte atteinte à la dignité humaine ;

- elle porte atteinte au droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 8 décembre 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une décision du 19 juillet 2021 du bureau d'aide jruidictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Weiswald, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique :

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 3 septembre 1996, est entré en France le 5 février 2019. L'intéressé a présenté une demande d'asile enregistrée, le 20 mars 2019, en procédure dite " Dublin ". Le même jour, l'intéressé a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Le 9 octobre 2019, il a été déclaré en fuite par les services de la préfecturedu Val-d'Oise. Le 13 mars 2020, l'OFII lui a notifié son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, suspension qui est intervenue par décision du 12 octobre 2020. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, la décision en litige, qui vise notamment les articles L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019, n°428530, point 18, mentionne que M. A n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités et que ce motif justifie la suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Elle indique également que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaitre de facteur particulier de vulnérabilité ni de besoins en matière d'accueil. Ainsi, la décision en litige, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement pour lui permettre de la contester utilement Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier () les personnes atteintes de maladies graves () / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. / Lors de l'entretien, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a bénéficié d'un entretien avec un agent de l'OFII lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 20 mars 2019. Lors de cet entretien aucun élément de vulnérabilité particulier n'a été relevé, l'agent de l'OFII ayant procédé à l'entretien estimant la vulnérabilité à 1 sur échelle allant de 0 à 3. En outre, il ressort des dispositions précitées que si l'OFII doit apprécier la vulnérabilité de l'étranger avant de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, il n'est toutefois pas tenu de le convoquer à un entretien de vulnérabilité. En l'espèce, l'OFII fait valoir, sans être sérieusement contesté, qu'il a procédé à un examen de la vulnérabilité du requérant préalablement à la décision contestée et que l'intéressé, dans ses observations au courrier d'intention de suspension, n'a fait état d'aucun élément susceptible de caractériser un état de vulnérabilité ou des besoins particuliers en matière d'accueil. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure en l'absence d'évaluation de sa vulnérabilité doit être écarté.

5. En troisième lieu, dans sa décision du 31 juillet 2019 Association La Cimade et autres, n° 428530, 428564 visée ci-dessus, le Conseil d'Etat a jugé que les articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, applicable au litige dès lors que M. A a bénéficié des conditions matérielles d'accueil après le 1er janvier 2019, étaient partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013. Il reste néanmoins possible à l'OFII, par une décision motivée, après examen de la situation particulière du demandeur d'asile et après l'avoir mis, sauf impossibilité, en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil lorsqu'il a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

6. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la circonstance que la demande d'asile de M. A aurait été en cours d'examen par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ne faisait pas obstacle à ce que l'OFII lui suspende le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. D'autre part, le requérant soutient qu'il est dépourvu de ressources et qu'il se trouve ainsi dans une situation de grande vulnérabilité aggravée par son isolement et son absence de maîtrise de la langue française alors qu'il est en recherche de protection. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, qui est âgé de vingt-trois ans à la date de la décision contestée et qui ne produit aucun document médical, se trouvait dans une situation de particulière vulnérabilité ou présentait des besoins particuliers en matière d'accueil. En outre, l'OFII produit une attestation en date du 8 décembre 2022, non contestée, indiquant que le requérant est hébergé au titre du dispositif national d'accueil du demandeur d'asile depuis le 29 mars 2019. Par ailleurs, M. A en se bornant à soutenir qu'il a rempli toutes ses obligations et s'est rendu à l'intégralité des convocations qui lui ont été adressées ne conteste pas sérieusement les éléments produits par l'OFII et transmis par la préfecture du Val-d'Oise en défense selon lesquels il a été déclaré en fuite pour s'être abstenu de se présenter aux autorités chargées de l'asile, faisant ainsi obstacle à son tranfert en Espagne. Dès lors, en prenant la décision contestée, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy ne saurait être regardée comme ayant commis une erreur de droit ou entaché son appréciation d'une erreur manifeste ou porté atteinte au droit d'asile ou à la dignité humaine. La décision contestée n'a pas davantage méconnu les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, 1er de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et, en tout état de cause, 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée du 9 avril 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui en tout état de cause n'est pas partie à la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais liés à l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. Weiswald, premier conseiller et Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère, assistés de Mme Khalfaoui, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

Le rapporteur,

signé

J.-B Weiswald

Le président,

signé

R. Féral

La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation

Le Greffier

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