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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2013077

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2013077

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2013077
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantHARIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 décembre 2020, M. C, représenté par Me Harir, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 novembre 2020 en tant que le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de délivrance d'une carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de résident dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 314-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 314-8 et R. 314-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gay-Heuzey, conseillère,

- et les observations de Me Harir, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né le 19 novembre 1964, déclare être entré sur le territoire français en 2000. Il a bénéficié de titres de séjour " vie privée et familiale " du 25 mars 2006 au 24 mars 2007, du 24 mars 2014 au 23 mars 2015, du 8 juin 2015 au 7 juin 2016 et du 12 août 2018 au 11 août 2020. Le 2 novembre 2020, il a sollicité la délivrance d'une première carte de résident. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler la décision du 9 novembre 2020 en tant que le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par arrêté n° 2020-127 du 2 octobre 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture des Hauts-de-Seine du même jour, le préfet des Hauts-de-Seine a donné délégation à M. E D, attaché, adjoint de la cheffe du bureau du séjour des étrangers, à l'effet de signer, notamment, la délivrance des titres de séjour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision litigieuse manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision litigieuse vise les dispositions de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que les ressources de M. C sont insuffisantes, instables et/ou irrégulières sur les cinq dernières années. Ainsi, la décision litigieuse comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni de l'absence de mention, dans la décision en litige, que M. C a perçu un salaire supérieur au salaire minimum de croissance (SMIC) entre 2007 et 2016, qu'il a fait l'objet d'un licenciement économique le 31 août 2016, qu'il a réalisé une formation professionnelle en 2018 et qu'il réside sur le territoire français depuis vingt ans, que cette décision serait entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation. Par ailleurs si le préfet dispose de la faculté de tenir compte de l'évolution favorable de la situation du requérant quant à la stabilité et à la régularité de ses revenus, y compris après le dépôt de sa demande, il n'y est pas tenu et l'intéressé ne peut soutenir, à ce titre, que le préfet aurait entaché la décision litigieuse d'un défaut d'examen de sa situation. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable : " Une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " est délivrée de plein droit à l'étranger qui justifie : () 2° De ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins. Ces ressources doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. () ". Selon l'article R. 314-1-1 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " doit justifier qu'il remplit les conditions prévues aux articles L. 314-8, L. 314-8-1 ou L. 314-8-2 en présentant, outre les pièces mentionnées aux articles R. 311-2-2 et R. 314-1, les pièces suivantes : / () 2° La justification qu'il dispose de ressources propres, stables et régulières, suffisant à son entretien, indépendamment des prestations et des allocations mentionnées au 2° de l'article L. 314-8, appréciées sur la période des cinq années précédant sa demande, par référence au montant du salaire minimum de croissance ; lorsque les ressources du demandeur ne sont pas suffisantes ou ne sont pas stables et régulières pour la période des cinq années précédant la demande, une décision favorable peut être prise () en tenant compte de l'évolution favorable de sa situation quant à la stabilité et à la régularité de ses revenus, y compris après le dépôt de la demande. ()".

6. D'une part, il résulte de ces dispositions que la délivrance de plein droit de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE " est subordonnée au caractère stable et suffisant des ressources du demandeur, lequel doit disposer de ressources propres d'un montant au moins égal à celui du salaire minimum de croissance sur les cinq années précédant sa demande. Le préfet peut, mais n'y est pas tenu, délivrer la carte sollicitée, lorsque cette condition de ressources n'est pas remplie, si le demandeur n'a pas de charge de logement ou s'il justifie d'une évolution favorable de sa situation quant à la stabilité et à la régularité de ses revenus après le dépôt de sa demande. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit en s'abstenant de prendre en compte l'évolution favorable de ses revenus dès lors qu'il n'est pas tenu de procéder à un tel examen. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. D'autre part, M. C soutient qu'il peut bénéficier de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE " eu égard aux conditions de son séjour en France, où il réside de manière régulière et ininterrompue depuis plus de cinq ans à la date de sa demande, à ses ressources stables, régulières et suffisantes ainsi qu'à leur évolution favorable, à l'assurance maladie dont il dispose et à ses efforts d'intégration professionnelle et sociale. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si M. C a perçu des revenus annuels d'un montant supérieur au SMIC pour les années 2015, 2019 et 2020, il a en revanche perçu des revenus annuels d'un montant inférieur pour les années 2016, 2017 et 2018. Ainsi, les revenus de M. C ne peuvent être qualifiés de stables et suffisants pendant les cinq années précédant sa demande, soit du 1er novembre 2015 au 1er novembre 2020, dès lors qu'ils ont été inférieurs au SMIC du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, soit pendant trois ans avant le dépôt de sa demande. Par ailleurs, et comme indiqué au point 6 du présent jugement, le préfet n'était pas tenu de tenir compte de l'éventuelle évolution favorable des ressources du requérant dans son appréciation de ses ressources. Enfin, le préfet des Hauts-de-Seine ne s'est pas fondé sur les conditions de séjour de M. C en France, ni sur son bénéfice d'une assurance maladie et ses efforts d'intégration pour rejeter sa demande. Ainsi, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation à l'aune des dispositions précitées. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente,

Mmes F et Gay-Heuzey, conseillères,

Assistées de Mme Vivet, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.

La rapporteure,

Signé

A. GAY-HEUZEY

La présidente,

Signé

C. ORIOL

La greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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