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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2013091

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2013091

lundi 17 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2013091
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantVARIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 décembre 2020, M. C A, représenté par Me Varin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2020 par lequel le préfet des Hauts de Seine lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Hauts de Seine de lui délivrer un titre de séjour " admission exceptionnelle au séjour " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Hauts de Seine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) a titre très subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Hauts de Seine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard

5°) à défaut, d'enjoindre au préfet des Hauts de Seine de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que:

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, au regard notamment de sa durée de présence en France, de ses attaches économiques et familiales sur le territoire français et de son insertion professionnelle ;

- le préfet a violé ses droits à déposer une nouvelle demande de titre de séjour et a porté une atteinte grave et manifeste au droit des étrangers et aux libertés individuelles en le plaçant en rétention ;

- le signalement aux fins de non-admission dans le système Schengen n'est pas justifié dès lors que l'interdiction de retour sur le territoire ne l'était pas.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2022, le préfet des Hauts de Seine conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Féral, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant égyptien né le 27 février 1991, est entré en France au cours du mois d'aout 2015 selon ses déclarations. Le 23 avril 2019, le préfet des Hauts de Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un jugement n° 1907051 du 30 juin 2020, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a prononcé l'annulation de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté du 10 novembre 2020, dont il demande l'annulation, le préfet des Hauts de Seine lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, la décision faisant à M. A interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an vise les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique notamment que M. A s'est maintenu sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été donné dans le cadre de la décision l'obligeant à quitter le territoire, qu'il ne fait état d'aucune circonstance humanitaire, qu'il est entré sur le territoire au moins à l'âge de 23 ans, qu'il est célibataire sans enfants et qu'il ne démontre pas non plus être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision attaquée, qui comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au litige : " () Lorsque l'étranger ne faisant pas l'objet d'une interdiction de retour s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative prononce une interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. () La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

4. Si M. A soutient qu'il réside en France de manière continue depuis le mois d'aout 2014, il ressort des pièces du dossier, et notamment des copies de la carte d'aide médicale d'Etat, des bulletins de paie et des divers documents bancaires et médicaux versés au dossier par le requérant, qu'il ne justifie d'une telle résidence qu'entre janvier 2015 et décembre 2018, soit une durée de 4 ans à la date de la décision attaquée. De plus, si le requérant soutient exercer le métier de plaquiste depuis juillet 2018, il n'établit, par les documents qu'il produit, n'avoir exercé cette profession qu'entre juillet 2018 et décembre 2018, à temps plein, et ne justifie ainsi pas d'une insertion professionnelle ancienne et stable. Par ailleurs, il ne justifie d'aucune insertion sociale autre que l'insertion professionnelle dont il se prévaut. Enfin, l'intéressé n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, ou réside notamment sa famille et où il a toujours vécu avant son entrée en France. Dans ces conditions, M. A ne justifie d'aucune circonstance humanitaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet doit être écarté.

5. En troisième lieu, M. A soutient que le préfet a violé ses droits à déposer une nouvelle demande de titre de séjour et a porté une atteinte grave et manifeste au droit des étrangers et aux libertés individuelles dès lors qu'il l'a placé en rétention alors qu'il venait déposer une nouvelle demande de titre. Toutefois, d'une part, la circonstance que le préfet des Hauts-de-Seine aurait refusé le dépôt d'une demande de titre séjour par l'intéressé lorsqu'il s'est rendu en préfecture est sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. D'autre part, à supposer même que son placement en rétention soit irrégulier, cette circonstance ne saurait affecter que la légalité de la décision de placement en rétention mais demeure sans influence sur la légalité de l'arrêté en litige. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant

6. En quatrième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 7 du présent jugement que le moyen tiré de l'illégalité de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen en raison de l'illégalité de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français doit, en tout état de cause, être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Hauts de Seine.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président,

M. B et Mme D, premiers conseillers, assistés de Mme Khalfaoui, greffière

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.

Le Président-rapporteur,

signé

R. Féral

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

S. B

La greffière,

signé

M. E

La République mande et ordonne au préfet des Hauts de Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour ampliation

Le Greffier

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