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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2013164

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2013164

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2013164
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL VERPONT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 décembre 2020, la société à responsabilité limitée Auto Stock, représentée par Me Lienard-Leandri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 202-747 du 30 septembre 2020 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a retiré l'habilitation " professionnel de l'automobile " n° 202-606 ainsi que la décision de ce préfet du 23 novembre 2020 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 30 septembre 2020 et la décision rejetant son recours gracieux ont été signées par une autorité incompétente ;

- l'arrêté a été rendu au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de mise en œuvre d'une procédure de concertation, en méconnaissance de l'article X de la convention d'habilitation individuelle " professionnel de l'automobile " qu'elle a conclue, le 22 octobre 2016, avec le préfet du Val-d'Oise et, d'une procédure contradictoire préalable ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation ; les manquements qui lui sont reprochés ne sont pas établis ; la décision de retrait est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2021, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme L'Hermine, conseillère ;

- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public ;

- et les observations de Mme A, représentante du préfet du Val-d'Oise.

Considérant ce qui suit :

1. Le 22 octobre 2016, la société Auto stock a conclu avec l'État une convention l'habilitant à intervenir sur le système d'immatriculation des véhicules (SIV), notamment pour délivrer des cartes grises. Par un arrêté du 30 septembre 2020, le préfet du Val-d'Oise a procédé au retrait de son habilitation. Par une décision du 23 novembre 2020, le préfet du Val-d'Oise a rejeté le recours gracieux formé par la société Auto Stock contre cette décision. Par la présente requête, la société Auto stock demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2020 et la décision rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2020 et de la décision du 23 novembre 2020 :

2. Aux termes de l'article L. 330-1 du code de la route : " Il est procédé, dans les services de l'Etat et sous l'autorité et le contrôle du ministre de l'intérieur, à l'enregistrement de toutes informations concernant les pièces administratives exigées pour la circulation des véhicules ou affectant la disponibilité de ceux-ci. / Ces informations peuvent faire l'objet de traitements automatisés, soumis aux dispositions de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés ". Aux termes de l'article R. 322-1 du code de la route, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Tout propriétaire d'un véhicule à moteur, d'une remorque dont le poids total autorisé en charge est supérieur à 500 kilogrammes ou d'une semi-remorque et qui souhaite le mettre en circulation pour la première fois doit faire une demande de certificat d'immatriculation en justifiant de son identité. / () Cette demande de certificat d'immatriculation est adressée au ministre de l'intérieur par le propriétaire, soit directement par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 9 février 2009 relatif aux modalités d'immatriculation des véhicules : " () Les demandes d'immatriculation d'un véhicule neuf ou d'occasion sont adressées au ministre de l'intérieur soit par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur () ".

3. La décision de retrait d'habilitation pour l'utilisation du système d'immatriculation des véhicules, prise à la suite du constat de manquements aux obligations attachées à ladite habilitation, présente le caractère d'une mesure de police prise dans le cadre d'une législation encadrant l'immatriculation des véhicules et destinée à assurer la sauvegarde de l'ordre public. Cette mesure, prise par le préfet, autorité de police générale dans le département, ne peut être prononcée, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que si elle présente un caractère adapté, nécessaire et proportionné à la gravité des troubles susceptibles d'être portés à l'ordre public.

En ce qui concerne la matérialité des faits reprochés à la société Auto Stock :

S'agissant du changement de siège social de la société Auto Stock :

4. Il n'est pas contesté que la société Auto Stock a modifié son siège social initialement situé à Herblay lors de la signature de la convention d'habilitation individuelle et désormais situé à Butry-sur-Oise et n'en a pas informé le préfet du Val-d'Oise. Si la société requérante soutient qu'elle n'a pas modifié le lieu d'exercice de son activité figurant sur le K-bis, mais uniquement le lieu de son siège social, cette circonstance est sans incidence sur la réalité du manquement qui lui est reproché.

S'agissant du véhicule immatriculé DG-540-YE :

5. Aux termes de l'article R. 322-1 du code de la route, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Tout propriétaire d'un véhicule à moteur, d'une remorque dont le poids total autorisé en charge est supérieur à 500 kilogrammes ou d'une semi-remorque et qui souhaite le mettre en circulation pour la première fois doit faire une demande de certificat d'immatriculation en justifiant de son identité. Le propriétaire doit également pouvoir justifier, à la demande du ministre de l'intérieur : / 1° De la souscription, pour le véhicule considéré, d'une assurance conforme aux dispositions de l'article L. 211-1 du code des assurances ; () ". Aux termes de l'article de l'arrêté du 9 février 2009 relatif aux modalités d'immatriculation des véhicules : " Dossiers de demande d'immatriculation. / Les demandes d'immatriculation d'un véhicule neuf ou d'occasion sont adressées au ministre de l'intérieur soit par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur. / Les pièces suivantes, détaillées en annexe 1 du présent arrêté, doivent pouvoir être mises à disposition pour l'instruction d'une demande d'immatriculation. () / 1. D.-Véhicules précédemment immatriculés en France / 1. D. 1. Justificatifs administratifs () / Le justificatif d'assurance du véhicule. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la demande de certificat d'immatriculation du véhicule immatriculé DG-540-YE a été réalisée le 9 février 2020 et que le certificat d'assurance de l'acquéreur du véhicule est daté du 5 mars 2020, de telle sorte que le dossier de cette demande d'immatriculation n'était pas complet lors de son enregistrement dans le système d'immatriculation des véhicules. Le manquement reproché à la société requérante est dès lors constitué.

S'agissant du véhicule immatriculé 6958-YR-93 :

7. Aux termes de l'annexe IV de l'arrêté du 9 février 2009 relatif aux modalités d'immatriculation des véhicules portant liste des pièces justificatives de l'identité et de l'adresse : " 1. Les pièces justificatives d'identité pour les personnes physiques et les personnes morales / () b) Immatriculation au nom d'une personne morale : / Personne morale de type industriel, commercial ou civil : il doit être présenté un extrait K bis du registre du commerce et des sociétés établi depuis moins de deux ans ou un journal d'annonces légales datant de moins de deux ans, à condition qu'y apparaissent le nom du responsable, l'objet social, l'adresse et le numéro d'enregistrement au registre du commerce et des sociétés ".

8. Il ressort des pièces du dossier que la demande de certificat d'immatriculation du véhicule immatriculé 6958-YR-93 a été réalisée le 18 février 2020 et que l'extrait du K-bis de la société Dan Auto, acquéreur de ce véhicule, est daté du 19 septembre 2020. Le dossier de cette demande d'immatriculation n'était dès lors pas complet lors de son enregistrement dans le système d'immatriculation des véhicules. Le manquement reproché à la société requérante est, dès lors, constitué.

S'agissant du véhicule immatriculé 318-REX-75 :

9. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise a sollicité les documents relatifs à la demande de certificat d'immatriculation du véhicule immatriculé 318-REX-75. Si la société requérante pour justifier l'absence de transmission de ces éléments au préfet du Val-d'Oise soutient qu'elle ne s'est pas chargée de l'immatriculation de ce véhicule et qu'elle " a eu la confirmation du commissariat " sur ce point, elle ne produit aucune pièce de nature à étayer la réalité de ses allégations.

En ce qui concerne la proportionnalité de la mesure de retrait de l'habilitation dont la société Auto Stock est titulaire :

10. En l'espèce, le contrôle administratif réalisé par le préfet du Val-d'Oise le 7 août 2020 sur l'activité de la société Auto Stock a révélé que la constitution et le traitement de quatre dossiers de demande d'immatriculation réalisés par cette société entre novembre 2017 et août 2020 comportait des irrégularités en raison de l'absence de certaines pièces. En outre, la société Auto Stock a omis d'informer le préfet du Val-d'Oise du changement d'adresse de son siège social. Si le préfet du Val-d'Oise fait valoir que ces irrégularités révèleraient un cas de fraude, la seule circonstance que la société a ajouté postérieurement au contrôle administratif les pièces manquantes des dossiers contrôlés dans le système d'immatriculation des véhicules et a communiqué ces pièces au préfet n'est pas de nature à caractériser la fraude. Eu égard au nombre limité des manquements constatés, dont le caractère répété ne ressort pas des pièces du dossier, le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur d'appréciation en retirant l'habilitation dont bénéficiait la société requérante.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la société Auto Stock est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2020 par lequel le préfet du Val-d'Oise a retiré l'habilitation dont elle est titulaire, ainsi que la décision du 23 novembre 2020 rejetant son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la société Auto Stock et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 30 septembre 2020 du préfet du Val-d'Oise ainsi que la décision de ce préfet du 23 novembre 2020 sont annulés.

Article 2 : L'État versera à la société Auto Stock une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par la société Auto Stock est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Auto Stock et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 24 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Buisson, président,

M. Ausseil, conseiller,

Mme L'Hermine, conseillère,

Assistés par Mme Pradeau, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe 14 juin 2024.

La rapporteure,

signé

M. L'Hermine

Le président,

signé

L. Buisson

La greffière,

signé

A. Pradeau

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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