vendredi 8 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2013169 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET ARCO-LEGAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 décembre 2020, la commune de Meudon, représentée par Me Cassin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté interministériel du ministre de l'économie et des finances, du ministre de l'action et des comptes publics et du ministre de l'intérieur du 17 juin 2020 portant reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle en tant qu'il refuse de reconnaître l'état de catastrophe naturelle de la commune de Meudon, ensemble la décision du 14 octobre 2020 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'économie et des finances, au ministre de l'action et des comptes publics et au ministre de l'intérieur de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que l'arrêté attaqué :
- est insuffisamment motivé ;
- est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- méconnait les dispositions de l'article L. 125-1 du code des assurances dès lors que l'arrêté n'a pas été publié au journal officiel dans un délai de trois mois à compter du dépôt des demandes en préfecture ;
- est entachée d'une erreur de fait ;
- est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 125-1 du code des assurances ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2021, le ministre de l'intérieur, représenté par Me Fergon, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune de Meudon au titre des frais liés au litige.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Garona, première conseillère,
- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public,
- et les observations de Me Menesplier, pour la commune de Meudon.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Meudon a présenté au préfet des Hauts-de-Seine une demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle au titre du phénomène de " sécheresse / réhydratation des sols " pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2019. Par un arrêté conjoint du 17 juin 2020, le ministre de l'économie et des finances, le ministre de l'action et des comptes publics et le ministre de l'intérieur ont fixé la liste des communes pour lesquelles a été constaté l'état de catastrophe naturelle au titre des mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols pour l'année 2019, au nombre desquelles ne figure pas la commune de Meudon. Cette dernière demande au tribunal l'annulation de cet arrêté en tant qu'il rejette sa demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle pour la période en cause.
Sur les conclusions à fin d'annulation partielle :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 125-1 du code des assurances alors en vigueur : " () / L'état de catastrophe naturelle est constaté par arrêté interministériel qui détermine les zones et les périodes où s'est située la catastrophe ainsi que la nature des dommages résultant de celle-ci couverts par la garantie visée au premier alinéa du présent article. Cet arrêté précise, pour chaque commune ayant demandé la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, la décision des ministres. Cette décision est ensuite notifiée à chaque commune concernée par le représentant de l'Etat dans le département, assortie d'une motivation. L'arrêté doit être publié au Journal officiel dans un délai de trois mois à compter du dépôt des demandes à la préfecture. De manière exceptionnelle, si la durée des enquêtes diligentées par le représentant de l'Etat dans le département est supérieure à deux mois, l'arrêté est publié au plus tard deux mois après la réception du dossier par le ministre chargé de la sécurité civile. /() ".
3. Si les dispositions de l'article L. 125-1 du code des assurances exigent que la décision des ministres, assortie de sa motivation, soit, postérieurement à la publication de l'arrêté, notifiée par le représentant de l'État dans le département à chaque commune concernée, elles ne sauraient être interprétées comme imposant une motivation en la forme de l'arrêté de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle qui serait une condition de légalité de ce dernier. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté et de son courrier de notification doit être écarté comme inopérant. En tout état de cause, le préfet des Hauts-de-Seine, à l'occasion de la notification à la commune de Meudon de la décision des ministres la concernant, lui a fait connaître les raisons pour lesquelles l'état de catastrophe naturelle n'a pas été constaté sur son territoire au titre de l'année 2019 et y a joint une notice explicitant le système de mesure mis en œuvre par Météo France sur le fondement duquel les ministres ont pris leur décision. En outre, il ressort des termes mêmes du courrier de notification du 10 juillet 2020 que celui-ci indiquait avec suffisamment de précision les éléments de droit et de fait qui fondent la décision. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté litigieux au regard des exigences de l'article L. 125-1 du code des assurances doit, en tout état de cause, être écarté.
4. En deuxième lieu, et contrairement à ce que soutient la commune de Meudon, il ne peut être déduit de la seule absence de mention de ce que le rapport météorologique a été effectué par la station météorologique la plus proche, de ce qu'il n'a pas été procédé à un examen particulier et approfondi de la demande de la requérante. Par suite, le moyen doit être écarté.
5. En troisième lieu, les conditions de publication d'une décision administrative sont, en principe, sans incidence sur sa légalité, laquelle s'apprécie à la date de son édiction. Contrairement à ce que soutient la commune requérante, les dispositions de l'article L. 125-1 du code des assurances n'ont ni pour objet ni pour effet de prévoir, à peine d'irrégularité de la décision, la publication au Journal officiel de l'arrêté de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle dans le délai de trois mois à compter du dépôt des demandes à la préfecture. Il suit de là que la circonstance que l'arrêté attaqué du 17 juin 2020 a été publié plus de trois mois après le dépôt le 21 février 2020 de la demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle de la commune de Meudon sur son territoire, est sans incidence sur la légalité dudit arrêté.
6. En quatrième lieu, si la commune de Meudon soutient que la décision est entachée d'une erreur de fait, elle se borne à soutenir qu'elle a déjà été reconnue en état de catastrophe naturelle notamment pour les années 1998, 2003, 2005, 2006, 2009 et 2018, que l'intensité du phénomène de sécheresse a été la même en 2019 qu'au titre des années qui ont permis cette reconnaissance et que les expertises météorologiques selon lesquelles les niveaux d'humidité des sols superficiels ne révèlent pas de sécheresse anormale en 2019 ne sont pas justifiées, sans apporter d'élément de nature à contredire la prise en compte de ces circonstances par les ministres. En tout état de cause, la circonstance que l'administration n'ait pas mentionné l'ensemble de ces éléments n'est pas de nature à révéler l'existence d'une erreur de fait dans l'appréciation de l'intensité anormale du phénomène de sécheresse. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. En cinquième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 125-1 du code des assurances que le législateur a entendu confier aux ministres concernés la compétence pour se prononcer sur les demandes des communes tendant à la reconnaissance sur leur territoire de l'état de catastrophe naturelle. Il leur appartient, à cet effet, d'apprécier l'intensité et l'anormalité des agents naturels en cause sur le territoire des communes concernées. Ils peuvent légalement, même en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires le prévoyant, s'entourer, avant de prendre les décisions relevant de leurs attributions, des avis qu'ils estiment utiles de recueillir et s'appuyer sur des méthodologies et paramètres scientifiques, sous réserve que ceux-ci apparaissent appropriés, en l'état des connaissances, pour caractériser l'intensité des phénomènes en cause et leur localisation, qu'ils ne constituent pas une condition nouvelle à laquelle la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle serait subordonnée ni ne dispensent les ministres d'un examen particulier des circonstances propres à chaque commune. Il incombe enfin aux ministres concernés de tenir compte de l'ensemble des éléments d'information ou d'analyse dont ils disposent, le cas échéant à l'initiative des communes concernées.
8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des indications produites par la défense, que, pour déterminer si un épisode de sécheresse présente un caractère exceptionnel, les ministres procèdent, pour chaque maille du territoire de huit kilomètres de côté, à une comparaison de l'indicateur d'humidité des sols superficiel, établi pour un mois donné, avec les indicateurs établis pour ce même mois, au cours des cinquante dernières années. A partir de ces données, s'il apparaît que l'indice d'un seul mois présente une durée de retour de vingt-cinq années au moins, la saison entière est considérée comme subissant un épisode de sécheresse - réhydratation anormal.
9. Pour décider de refuser la demande de la commune de Meudon, les ministres compétents se sont appuyés sur les données météorologiques, géologiques et hydrologiques et, tenant compte de l'évolution des connaissances scientifiques, sur une méthodologie fondée sur le modèle Safran/Isba/Modcou (SIM) développé par Météo France, permettant d'évaluer le bilan hydrique des sols, et matérialisé par un découpage fin du territoire français en plus de 9 000 mailles géographiques carrées de seulement huit kilomètres de côté auxquelles sont associées des valeurs déterminées à partir de critères permettant d'évaluer, pour chaque maille, le seuil à partir duquel le phénomène de retrait-réhydratation issu de la sécheresse est considéré comme intense et anormal. Ce modèle intègre un paramètre de teneur en eau des sols mesuré par l'index SWI (Soil Wetness Index), permettant de ne pas s'en tenir aux seuls critères météorologiques de pluviométrie et de mieux apprécier les mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse puis à la réhydratation des sols. Ainsi, selon cette méthodologie, le phénomène de sécheresse pour chaque saison est notamment considéré comme revêtant une intensité anormale si la durée de retour de la moyenne des indices SWI des trois mois de chaque saison est supérieure à vingt-cinq ans.
10. Contrairement aux allégations de la commune de Meudon, il ne ressort pas des pièces du dossier que les critères caractérisant un état de catastrophe naturelle, qui sont en rapport avec la mesure de l'intensité du phénomène de sécheresse et de réhydratation des sols, ne seraient pas de nature à identifier une sécheresse d'une intensité anormale et à répondre aux objectifs posés par l'article L. 125-1 du code des assurances et que ces outils de mesure du phénomène de sécheresse seraient inadaptés ou inappropriés à la situation de la commune de Meudon. Dès lors, l'arrêté en litige n'est pas entaché d'une erreur de droit.
11. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que le territoire de la commune de Meudon est couvert par les mailles 1562, 1563, 1678 et 1679. Il ressort des mêmes pièces, en particulier du tableau établi par la commission interministérielle chargée de donner un avis aux ministres, que la sécheresse hivernale comportait des indicateurs d'humidité compris entre 0,944 et 1,034, ne caractérisant des durées de retour que d'une à trois années, inférieures au seuil de vingt-cinq ans. Par ailleurs, la sécheresse printanière était caractérisée par des indicateurs d'humidité compris entre 0,562 et 0,819, présentant des durées de retour de deux à trois ans. En outre, la sécheresse estivale était quant à elle caractérisée par des indicateurs d'humidité compris entre 0,13 et 0,263, avec des durées de retour de trois à huit ans. Enfin, la sécheresse automnale était caractérisée par des indicateurs d'humidité compris entre 0,273 et 0,823, correspondant à des durées de retour d'un à trois ans. Si la commune de Meudon fait valoir que les données météorologiques pour l'année 2019 étaient similaires à celles des années 2003, 2005, 2006, 2009 et 2018 pour lesquelles l'état de catastrophe naturelle a été reconnu pour cette commune, cette circonstance, n'est pas suffisante pour caractériser, en elle-même, l'intensité anormale de la sécheresse pour la période considérée. Dès lors, l'arrêté en litige n'est pas entaché d'erreur d'appréciation, en tant qu'il a refusé de reconnaître à la commune de Meudon l'état de catastrophe naturelle.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la commune de Meudon doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'injonction. Par suite, de telles conclusions doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme que demande la commune de Meudon au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Meudon la somme demandée par l'Etat sur ce même fondement.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la commune de Meudon est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du ministre de l'intérieur et des outre-mer relatives aux frais liés au litige sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Meudon, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 23 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Buisson, président,
Mme Garona, première conseillère,
M. Ausseil, conseiller,
Assistés par Mme Pradeau, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 mars 2024.
La rapporteure,
signé
E. GaronaLe président,
signé
L. Buisson
La greffière,
signé
A. Pradeau
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No20131692
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026