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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2013273

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2013273

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2013273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantNOMBRET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 décembre 2020, M. C A, représenté par Me Nombret, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a implicitement rejeté sa demande tendant au rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, de manière rétroactive, depuis la date d'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile, dans un un délai de trois jours à compter de la notification du juement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, s'il n'était pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle de lui verser directement cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée n'est pas motivée ;

- cette décision est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il n'a pas bénéficé d'un entretien de vulnérabilité en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnaît l'article 20 de la directive 2020/33/UE du 26 juin 2013 et la décision n° 428530 du Conseil d'Etat ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable dès lors qu'une décision expresse procédant au rétablissement des conditions matérielles d'accueil du requérant est intervenue avant l'introduction de la requête.

Par une décision du 3 mai 2021 du bureau d'aide jruidictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Féral, Président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique :

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant togolais né le 27 février 1995, est entré en France en mars 2019. L'intéressé a présenté une demande d'asile enregistrée, le 26 mars 2019, en procédure dite " Dublin ". Le même jour, il a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. M. A a fait l'objet d'un arrêté de transfert à destination de l'Espagne, Etat responsable de sa demande, qui a été exécuté le 13 novembre 2019. Revenu en France, il a présenté une nouvelle demande d'asile qui a été enregistrée en procédure " Dublin ". Par décision du 21 avril 2020, l'OFII lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. L'intéressé s'est présenté de nouveau auprès des services préfectoraux le 30 juin 2020 qui ont enregistré sa demande d'asile en procédure accélérée. Par courriel du 25 août 2020, il a sollicité le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. En l'absence de réponse à cette demande, M. A demande au tribunal l'annulation de la décision implicite par laquelle l'OFII a rejeté sa demande de réablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mai 2021. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 231-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le silence gardé pendant deux mois par l'administration sur une demande vaut décision d'acceptation. " et aux termes de l'article L. 231-4 du même code : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : () / 2° Lorsque la demande ne s'inscrit pas dans une procédure prévue par un texte législatif ou réglementaire () ".

4. Il est constant que M. A a présenté, le 25 août 2020 par courriel, une demande de rétablissement des conditions matérielles à compter de la date d'enregistrement de sa procédure d'asile en procédure accélérée le 30 juin 2020. Il ressort des pièces du dossier, notamment des pièces produites par l'OFII, et n'est pas contesté par le requérant, que par décision du 9 septembre 2020, l'OFII a décidé de procéder au rétablissement des conditions matérielles d'accueil au profit de M. A à titre rétroactif, à compter du 30 juin 2020. Ainsi, cette décision expresse de rétablissement des conditions matérielles d'accueil est intervenue avant l'expiration du délai de naissance d'une décision implicite en cas de silence gardé par l'administration. Dès lors, et même si cette décison expresse qui fait droit à la demande du requérant n'a pas été portée à la connaissance de ce dernier avant l'introduction de sa requête, la décision implicite de rejet dont il demande l'annulation n'existe pas. Par suite, ainsi que le fait valoir l'OFII en défense, les conclusions tendant à l'annulation de cette décision implicite sont irrecevables et doivent être rejetées pour ce motif.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais liés à l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. Féral, président,

M. Weiswald, premier conseiller et Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février2023.

Le président-rapporteur,

Signé

R. Féral

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

J.-B. Weiswald

La greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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