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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2013305

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2013305

mercredi 15 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2013305
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantBOQUET NICLET-LAGEAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 décembre 2020, Mme C G épouse E, représentée par Me Boquet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 octobre 2020 par laquelle la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des tendinopathies des deux épaules déclarées les 28 novembre et 21 décembre 2019 ;

2°) de mettre à la charge du département du Val-d'Oise la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il existe un lien direct et certain entre ses fonctions d'agent d'entretien et ses tendinopathies des épaules, qui ne résultent d'aucune pathologie préexistante.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2022, le département du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme G épouse E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Par ordonnance du 28 septembre 2022, la clôture de l'instruction initialement fixée au 1er octobre 2022 a été reportée au 2 novembre 2022.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fléjou,

- les conclusions de Mme David-Brochen, rapporteure publique,

- et les observations de M. H, pour le département du Val-d'Oise.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G épouse E, adjointe technique des établissements d'enseignement de l'éducation nationale depuis 1989, a travaillé en tant qu'agente d'entretien et de restauration détachée auprès du département de Val-d'Oise à compter de 2008.

Les 28 novembre et 21 décembre 2019, l'intéressée a formulé des demandes de reconnaissance de l'imputabilité au service de pathologies des deux épaules. A la demande du département, Mme G épouse E a été examinée le 10 mars 2020 par un médecin spécialiste agréé qui a exclu l'imputabilité au service de ses pathologies. Le 23 juin 2020, se fondant sur cette expertise, la commission de réforme du centre interdépartemental de gestion de la grande couronne (CIG) a émis un avis défavorable à la reconnaissance de leur imputabilité au service. Suite à une nouvelle demande d'examen de sa situation, le 13 octobre 2020, un second expert désigné par le département a conclu que les pathologies de Mme G épouse E étaient sans lien avec le service. Par une décision du 21 octobre 2020, le département du Val-d'Oise a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des pathologies déclarées les 28 novembre et 21 décembre 2019. Par un arrêté du 8 décembre 2020, le département du Val-d'Oise a mis fin au détachement de Mme G épouse E. Par la présente requête, celle-ci demande l'annulation de la décision du 21 octobre 2020 du département du Val-d'Oise.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 dans sa rédaction alors applicable : " Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. "

3. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct, mais non nécessairement exclusif, avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduise à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

Par ailleurs, l'existence d'un état antérieur, fût-il évolutif, ne permet d'écarter l'imputabilité au service de l'état d'un agent que lorsqu'il apparaît que cet état a déterminé, à lui seul, l'incapacité professionnelle de l'intéressé.

4. En l'espèce, il est constant que Mme G épouse E a exercé, d'abord en tant qu'agente du ministère de l'éducation nationale, puis en qualité de détachée auprès du département du Val-d'Oise, les fonctions d'agente d'entretien et de restauration, qui consistent à l'aménagement des classes, au service et au débarrassage des repas, au balayage, au lavage des locaux et à l'entretien du linge. Mme G épouse E soutient que la réalisation de ces tâches, qui impliquent notamment le port de charges lourdes, pendant quasiment trente ans, sont à l'origine des tendinopathies des deux épaules déclarées les 28 novembre et 21 décembre 2019. Elle s'appuie notamment sur les comptes-rendus de visites médicales des 22 novembre 2019 et

25 août 2020, dans lesquels le médecin du travail fait état de la nécessité de disposer d'expertises afin de déterminer l'imputabilité au service de ses tendinopathies des deux épaules, ainsi que sur le certificat du 24 septembre 2020 rédigé par le docteur A, chirurgien orthopédique et traumatologique attestant que l'intervention chirurgicale de l'épaule droite subie le 11 septembre 2020 par la requérante est en lien avec une maladie professionnelle. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter ces demandes d'imputabilité au service, le département du Val-d'Oise a retenu, suivant l'avis de la commission de réforme interdépartementale du 23 juin 2020, que Mme G épouse E ne souffrait pas " de maladies professionnelles compte-tenu de lésions multifocales ". Le département du Val-d'Oise fait valoir qu'il s'est notamment appuyé sur le rapport du docteur B D du 10 mars 2020 qui précise que l'intéressée est atteinte de " pathologies indépendantes, qui évoluent pour leur propre compte ", qui empêchent de considérer que les tendinopathies des épaules dont elle souffre sont imputables au service, celles-ci étant par ailleurs " normales pour [son] âge ". Le département fait aussi valoir qu'il a sollicité une seconde expertise, réalisée par le docteur F, qui a également estimé qu'étant donné la " multitude de lésions multifocales " au moment de l'apparition des troubles à l'origine des demandes de la requérante, il était " impossible de rattacher des lésions minimes " des épaules au service. Toutefois, les pièces versées par le département du Val-d'Oise à l'instance ne permettent pas de connaître la pathologie tierce qui serait à l'origine des maladies dont Mme G épouse E demande la reconnaissance de l'imputabilité au service. Sur ce point, il ressort d'ailleurs des termes mêmes du rapport d'expertise du 10 mars 2020 qu'" il n'existe pas d'état antérieur préexistant cliniquement détectable ". Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier qu'il existerait un élément médical sérieux susceptible de démontrer l'existence d'un état de santé antérieur préexistant auquel ses pathologies seraient exclusivement imputables. De même, s'il ressort des pièces du dossier que la requérante a bénéficié d'un congé de maladie du 1er novembre 2018 au

21 octobre 2019 et qu'elle a demandé la reconnaissance de ses tendinopathies des épaules peu de temps après sa reprise, cette circonstance n'est pas de nature à elle seule à détacher ses maladies du service, alors qu'elle a exercé ses fonctions pendant les vingt-neuf années précédent ce congé. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que l'évolution d'une pathologie préexistante aurait déterminé, à elle seule, indépendamment des conditions d'exécution de son service d'agente d'entretien et de restauration, ces lésions. Dans ces conditions, en dépit de l'avis défavorable de la commission de réforme, il y a lieu de regarder les tendinopathies des deux épaules dont souffre Mme G épouse E comme imputables au service. Par suite, la décision du 20 octobre 2021 est entachée d'une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme G épouse E est fondée à demander l'annulation de la décision du 20 octobre 2021.

Sur les conclusions accessoires :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département du Val-d'Oise, partie perdante, le versement de la somme de 1 500 euros à Mme G épouse E, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 20 octobre 2021 est annulée.

Article 2 : Le département du Val-d'Oise versera à Mme G épouse E une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C G épouse E et au département du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 31 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère et Mme Moinecourt, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

V. Fléjou

La présidente,

signé

E. CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2013305

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