vendredi 8 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2013326 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | MARTIN SOL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 18 décembre 2020, 6 septembre 2021 et 7 mars 2022, la commune de Deuil-la-Barre, représentée par Me Martin-Sol, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté interministériel du ministre de l'économie et des finances, du ministre de l'action et des comptes publics et du ministre de l'intérieur du 17 juin 2020 portant reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2019 en tant qu'il refuse de reconnaître l'état de catastrophe naturelle de la commune de Deuil-la-Barre, ensemble la décision du 21 octobre 2020, rejetant son recours gracieux ; à titre subsidiaire, à ce qu'un expert soit désigné par le tribunal chargé de dire si la commune de Deuil-la-Barre est située sur une formation de terre argileuse et si un phénomène pluviométrique important a eu un impact sur la commune ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'économie et des finances, au ministre de l'action et des comptes publics et au ministre de l'intérieur de réexaminer de la situation de la requérante, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 15 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que l'arrêté attaqué :
- est entaché d'incompétence ;
- est entaché d'un vice de procédure en raison de la composition irrégulière de commission interministérielle chargée d'émettre un avis sur l'état de catastrophe naturelle ;
- est entaché d'un vice de procédure au regard de la composition du dossier transmis à la commission, en méconnaissance du titre IV de la circulaire n°84-90 du 27 mars 1984 ;
- est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 125-1 du code des assurances ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2021, le ministre de l'intérieur, représenté par Me Fergon, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune de Deuil-la-Barre au titre des frais liés au litige.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Garona, première conseillère,
- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public,
- et les observations de Me Gillotin, substituant Me Martin-Sol, pour la commune de Deuil-la-Barre.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Deuil-la-Barre a présenté au préfet du Val-d'Oise une demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle au titre du phénomène de " sécheresse / réhydratation des sols " pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2019. Par un arrêté conjoint du 17 juin 2020, le ministre de l'économie et des finances, le ministre de l'action et des comptes publics et le ministre de l'intérieur ont fixé la liste des communes pour lesquelles a été constaté l'état de catastrophe naturelle au titre des mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols pour l'année 2019, au nombre desquelles ne figure pas la commune de Deuil-la-Barre. Elle demande au tribunal l'annulation de cet arrêté en tant qu'il rejette sa demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle pour la période en cause.
Sur les conclusions à fin d'annulation partielle :
2. Aux termes de l'article L. 125-1 du code des assurances alors en vigueur : " () / L'état de catastrophe naturelle est constaté par arrêté interministériel qui détermine les zones et les périodes où s'est située la catastrophe ainsi que la nature des dommages résultant de celle-ci couverts par la garantie visée au premier alinéa du présent article. Cet arrêté précise, pour chaque commune ayant demandé la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, la décision des ministres. Cette décision est ensuite notifiée à chaque commune concernée par le représentant de l'Etat dans le département, assortie d'une motivation. L'arrêté doit être publié au Journal officiel dans un délai de trois mois à compter du dépôt des demandes à la préfecture. De manière exceptionnelle, si la durée des enquêtes diligentées par le représentant de l'Etat dans le département est supérieure à deux mois, l'arrêté est publié au plus tard deux mois après la réception du dossier par le ministre chargé de la sécurité civile. /() ".
3. En l'absence d'indications sur l'organisation de la procédure à suivre pour la mise en œuvre de ces dispositions, il revient aux ministres, même en l'absence de texte, de prendre les mesures nécessaires au bon fonctionnement des administrations placées sous leur autorité et d'établir, dans le respect des règles générales fixées par ces mêmes dispositions, les modalités d'examen des demandes qui leur sont adressées. A ce titre, la circulaire interministérielle du
27 mars 1984 relative à l'indemnisation des victimes de catastrophes naturelles précise les conditions d'examen des demandes de reconnaissance d'une catastrophe naturelle, et, notamment l'organisation de la commission chargée d'émettre pour les ministres un avis consultatif sur le caractère de catastrophe naturelle. En vertu de l'article 4 de cette circulaire, la commission interministérielle est composée d'un représentant du ministère de l'intérieur appartenant à la direction de la sécurité civile, d'un représentant du ministère en charge de l'économie et des finances appartenant à la direction des assurances et d'un représentant du ministère en charge du budget appartenant à la direction du budget.
4. D'une part, dans le cas où, sans y être légalement tenue, elle sollicite l'avis d'un organisme consultatif, l'administration doit procéder à cette consultation dans des conditions régulières. D'autre part, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de cette décision ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.
5. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la feuille d'émargement des personnes présentes à la réunion de la commission interministérielle relative à l'indemnisation des victimes des catastrophes naturelles en date du 9 juin 2020, que, si le ministre de l'économie et des finances était représenté par Mme A, membre de la direction générale du Trésor, aucun représentant de la direction du budget, alors rattachée au ministère de l'action et des comptes publics, n'était présent et alors que trois représentants du ministère de l'intérieur, au lieu d'un seul, ont assisté à la réunion, ainsi que deux représentants du ministère de la transition écologique et solidaire, dont la participation n'est pas prévue par la circulaire de 1984. Eu égard, d'une part, à l'absence d'un des représentants des trois ministres en charge de la reconnaissance d'une catastrophe naturelle et, d'autre part, au nombre et à la qualité des personnes irrégulièrement présentes, de telles modalités de délibération ne peuvent être regardées comme dépourvues d'incidence sur le sens des avis émis par la commission. Un tel vice dans le déroulement de la procédure a donc été susceptible d'exercer une influence sur le sens de l'avis rendu et, par suite, sur le sens de la décision des ministres. Dès lors, la composition irrégulière de la commission interministérielle constitue une irrégularité de nature à entacher la légalité de l'arrêté attaqué.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la requérante est fondée à demander l'annulation de l'arrêté interministériel du 17 juin 2020 en tant qu'il refuse de reconnaitre l'état de catastrophe naturelle sur le territoire de la commune de Deuil-la-Barre.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Compte tenu du moyen d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre à l'Etat de réexaminer la situation de la commune de Deuil-la-Barre, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à la commune de Deuil-la-Barre, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Deuil-la-Barre qui n'est pas la partie perdante, la somme que demande l'Etat au même titre.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté interministériel du 17 juin 2020 est annulé, en tant qu'il refuse de reconnaitre l'état de catastrophe naturelle sur le territoire de la commune de Deuil-la-Barre.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique de réexaminer la situation de la commune de Deuil-la-Barre dans un délai de trois mois, à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à la commune de Deuil-la-Barre une somme de 1 500 euros au titre des frais liés au litige.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Deuil-la-Barre, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée au préfet du Val d'Oise.
Délibéré après l'audience du 23 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Buisson, président,
Mme Garona, première conseillère,
M. Ausseil, conseiller,
Assistés par Mme Pradeau, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 mars 2024.
La rapporteure,
signé
E. Garona
Le président,
signé
L. Buisson
La greffière,
signé
A. Pradeau
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 20133262
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026