mardi 6 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2013469 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET LABRY & NORAY-ESPEIG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 décembre 2020 et 25 mars 2022, la fédération départementale des chasseurs et de la nature de l'Aude, représentée par Me Noray-Espeig, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 juillet 2020 par laquelle la commission d'éthique de la fédération nationale des chasseurs a prononcé à son encontre une sanction financière à hauteur de 49 415 euros en raison du non-respect des décisions applicables aux fédérations départementales de chasseurs adoptées conformément à l'assemblée générale du 20 mars 2019 de la Fédération nationale des chasseurs ; ensemble, la décision implicite rejetant son recours gracieux formé à l'encontre de cette décision ;
2°) d'enjoindre à la Fédération nationale des chasseurs de lui verser une somme de 49 415 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation à compter du 1er septembre 2020 dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la Fédération nationale des chasseurs la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 22 juillet 2020 est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la délibération de l'assemblée générale de la Fédération nationale des chasseurs du 20 mars 2019 et notamment la résolution sur les règles de non-concurrence ;
- la décision du 22 juillet 2020 de la commission d'éthique est entachée d'incompétence ;
- cette décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle ne saurait être sanctionnée en lieu et place du préfet de l'Aude qui est seul décisionnaire des actes administratifs qu'il édicte et ainsi, seul responsable des conséquences que ces actes peuvent engendrer ;
- la décision du 22 juillet 2020 méconnaît le principe de non-rétroactivité des actes administratifs ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-14 du code de l'environnement ;
- elle constitue un enrichissement sans cause des fédérations départementales de la Haute-Garonne, de l'Ariège, de l'Hérault, des Pyrénées-Orientales et du Tarn ;
- elle méconnaît le principe " non bis in idem " ;
- elle méconnaît le principe de légalité des peines.
Appelées en la cause en qualité d'observateurs, les fédérations départementales des chasseurs de la Haute Garonne, de l'Ariège, des Pyrénées Orientales, du Tarn et de l'Hérault, n'ont pas produit de mémoire.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 9 mars 2022 et 24 mars 2022, la Fédération nationale des chasseurs, représentée par Me Lagier, conclut à titre principal à l'incompétence de la juridiction administrative, à titre subsidiaire, au rejet de la requête et, demande à ce que soit mise à la charge de l'association requérante une somme de 2 000 euros à verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à chacune des fédérations départementales des chasseurs ayant été contraintes de se défendre : la fédération départementale des chasseurs de la Haute-Garonne, de l'Ariège, des Pyrénées-Orientales, du Tarn et de l'Hérault ainsi qu'une somme de 2 000 euros qu'elle lui versera également sur le fondement de ces dispositions.
Elle fait valoir que :
- la requête de la fédération départementale des chasseurs et de la nature de l'Aude a été introduite devant un ordre de juridiction incompétent ;
- cette requête est irrecevable, faute pour la fédération départementale des chasseurs et de la nature de l'Aude de produire à l'instance, un exemplaire de ses statuts et de la délibération du conseil d'administration ayant autorisé son président à agir en justice conformément à l'article 7 alinéa 61 du modèle ministériel de statuts des fédérations départementales des chasseurs du 11 février 2020 ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère rapporteure ,
- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,
- les observations de Me Santin, substituant Me Noray-Espeig, représentant la fédération départementale des chasseurs et de la nature de l'Aude ;
- et les observations de Me Lagier, représentant la Fédération nationale des chasseurs.
Considérant ce qui suit :
1. La fédération départementale des chasseurs et de la nature de l'Aude demande l'annulation de la décision du 22 juillet 2020 par laquelle la Fédération nationale des chasseurs a prononcé à son encontre une sanction financière à hauteur de 49 415 euros, retenue sur les sommes qu'elle avait provisionnées au bénéfice de la FDCA, en janvier 2020 au titre des aides financières.
Sur l'exception d'incompétence opposée par la Fédération nationale des chasseurs :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 421-14 du code de l'environnement, dans sa rédaction applicable au litige : " L'association dénommée Fédération nationale des chasseurs regroupe l'ensemble des fédérations départementales et régionales des chasseurs dont l'adhésion est constatée par le paiement d'une cotisation obligatoire. Elle assure la représentation des fédérations départementales et régionales des chasseurs à l'échelon national. / Elle est chargée d'assurer la promotion et la défense de la chasse, ainsi que la représentation des intérêts cynégétiques. Elle coordonne l'action des fédérations départementales et régionales des chasseurs. / Elle conduit des actions concourant directement à la protection et à la reconquête de la biodiversité ou apporte un soutien financier à leur réalisation. / Elle gère un fonds dédié à la protection et à la reconquête de la biodiversité qui apporte un soutien financier aux actions des fédérations départementales, régionales et nationale des chasseurs dans le cadre d'une convention avec l'Office français de la biodiversité. / Ce fonds est alimenté par le financement mentionné au sixième alinéa de l'article L. 421-5. L'Etat ou l'Office français de la biodiversité apportent, selon des modalités définies par convention, un soutien financier à la réalisation des actions mentionnées au même sixième alinéa et au troisième alinéa du présent article pour un montant de 10 € par permis de chasser validé dans l'année. / Dans l'exercice des missions qui lui sont attribuées par le présent code, la Fédération nationale des chasseurs collecte ou produit des données pour le compte du ministre chargé de l'environnement. Ces données sont transmises gratuitement à l'Office français de la biodiversité à sa demande et sans délai. () La Fédération nationale des chasseurs détermine chaque année en assemblée générale les montants nationaux minimaux des cotisations dues à la fédération départementale des chasseurs par tout adhérent. Elle détermine, dans les mêmes conditions, la part forfaitaire de ces cotisations destinée au budget de la Fédération nationale des chasseurs, selon que l'adhérent est demandeur d'un permis de chasser départemental ou national. / Dans des conditions déterminées par voie réglementaire, elle apporte aux fédérations départementales des chasseurs une aide financière dont le montant est fixé en fonction décroissante de leur nombre d'adhérents ; il peut être défini par voie réglementaire un nombre d'adhérents au-delà duquel cette aide n'est pas attribuée. Elle détermine également la réfaction appliquée à la cotisation due par tout chasseur validant pour la première fois son permis de chasser lors de la saison cynégétique qui suit l'obtention du titre permanent dudit permis. De même, elle fixe chaque année le prix unique de la cotisation fédérale que chaque demandeur d'un permis de chasser national doit acquitter. / La Fédération nationale des chasseurs élabore une charte de la chasse en France. Celle-ci expose les principes d'un développement durable de la chasse et sa contribution à la conservation de la biodiversité. Ce document établit un code de comportement du chasseur et des bonnes pratiques cynégétiques mis en œuvre par chaque fédération départementale des chasseurs et ses adhérents. ".
3. D'autre part, l'article L. 421-15 du code de l'environnement dispose : " Les statuts de la Fédération nationale des chasseurs doivent être conformes à un modèle adopté par le ministre chargé de la chasse et le ministre de l'agriculture. / La Fédération nationale des chasseurs désigne, dans les conditions prévues par l'article L. 612-3 du code de commerce, un commissaire aux comptes, qui exerce ses fonctions selon les modalités prévues par cet article. Le rapport spécial mentionné au troisième alinéa de l'article L. 612-3 du code de commerce est transmis par le commissaire aux comptes au ministre chargé de la chasse. " En outre, aux termes de l'article L. 421-16 du même code : " Le ministre chargé de la chasse contrôle l'exécution des missions de service public auxquelles est associée la Fédération nationale des chasseurs. Il est destinataire des délibérations de l'assemblée générale, du rapport annuel du commissaire aux comptes et des comptes annuels. / Le budget de la fédération est exécutoire de plein droit dès qu'il a été transmis au ministre chargé de la chasse. Si celui-ci constate, après avoir recueilli les observations du président de la Fédération nationale, que le budget approuvé ne permet pas d'assurer le fonctionnement du fonds de péréquation, il procède à l'inscription d'office à ce budget des recettes et des dépenses nécessaires. ".
4. Les décisions prises par la Fédération nationale des chasseurs, association de droit privé, sont en principe, des actes de droit privé. Toutefois, en lui confiant, à titre exclusif, les missions prévues à l'article L. 421-14 du code de l'environnement, le législateur a chargé cette Fédération de l'exécution de missions de service public à caractère administratif. Elle dispose ainsi d'un monopole notamment pour coordonner l'action des fédérations départementales et régionales des chasseurs, pour déterminer chaque année en assemblée générale les montants nationaux minimaux des cotisations dues à la fédération départementale des chasseurs par tout adhérent ainsi que la part forfaitaire de ces cotisations destinée à son budget, selon que l'adhérent est demandeur d'un permis de chasser départemental ou national, mais aussi pour apporter aux fédérations départementales des chasseurs, une aide financière, dont le montant est fixé, par voie réglementaire, en fonction de leur nombre d'adhérents. Il s'ensuit que les décisions procédant de l'usage par cette fédération des prérogatives de puissance publique qui lui ont été conférées pour l'accomplissement de cette mission présentent le caractère d'actes administratifs.
5. En l'espèce, par la décision attaquée, la Fédération nationale des chasseurs a prononcé à l'encontre de la fédération départementale des chasseurs de l'Aude, une sanction financière à hauteur de 49 415 euros. Elle a justifié cette sanction, en premier lieu, par la circonstance que cette fédération a " délibérément méconnu les résolution de l'assemblée générale de la Fédération nationale des chasseurs du 20 mars 2019 en instaurant l'obligation faite à tous chasseurs non-adhérents de ladite Fédération de s'acquitter d'une cotisation de 5,00 euros en contrepartie de la délivrance d'un carnet de prélèvement obligatoire ". En deuxième lieu, la Fédération nationale des chasseurs a considéré qu'en obligeant " à déposer un chèque de 50 euros à titre de caution ", la fédération départementale des chasseurs et de la nature de l'Aude avait méconnu les règles adoptées par la Fédération nationale des chasseurs visant à éviter la discrimination entre les chasseurs et la concurrence entre les fédérations ainsi que de l'article R. 425-20 du code de l'environnement qui prévoit la gratuité de la mise à disposition des chasseurs du carnet de prélèvement. Il ressort des pièces du dossier et notamment du courrier daté du 15 janvier 2020 adressé par la Fédération nationale des chasseurs à la fédération départementale des chasseurs de l'Aude, dans le cadre de la procédure contradictoire préalable, qu'une somme de 94 466 euros avait été provisionnée au profit de la fédération départementale des chasseurs de l'Aude au titre de l'année 2020, correspondant à l'aide financière prévue au neuvième alinéa de l'article L. 421-14 précité et qu'un montant de 56 100 euros, correspondant à la sanction financière envisagée par la Fédération nationale des chasseurs, a été retenu, à titre conservatoire, portant ainsi le montant des aides financières perçues par la fédération départementale des chasseurs de l'Aude à 36 366 euros. L'article 3 de la décision attaquée du 22 juillet 2020, confirme que la somme de 49 415 euros mise à la charge de la fédération départementale des chasseurs de l'Aude " sera retenue dans le cadre de l'application de la loi du 24 juillet 2019 portant réforme de la chasse ".
6. Dans ces conditions, une telle sanction, qui porte sur l'accès de la fédération départementale des chasseurs de l'Aude au service public géré par la Fédération nationale des chasseurs, et non sur le fonctionnement interne de cette Fédération, relève de l'exercice de prérogatives de puissance publiques conférées à cette Fédération pour assurer l'exécution de cette mission de service public. Par suite, contrairement à ce qui est soutenu, la juridiction administrative est compétente pour se prononcer sur le litige relatif à cette sanction.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par la Fédération nationale des chasseurs :
7. La fédération départementale des chasseurs et de la nature de l'Aude produit à l'instance d'une part, la copie de la délibération de son conseil d'administration datée du 15 décembre 2020 qui justifie que son président, M. A B, a reçu, à l'unanimité des membres de ce conseil, mandat pour prendre " toutes décisions et toutes actions en justice qui découleraient du contentieux avec la FNC, devant les différentes juridictions ", et d'autre part, la copie de ses statuts en date du 11 juin 2020, dont l'article 6 - Bureau dispose : " Le président est le représentant légal de la fédération départementale des chasseurs en toute circonstance, notamment en justice et dans ses rapports avec les tiers. Il signe tous les actes et pièces au nom de la fédération. () Le président est habilité, sur mandat du conseil d'administration, à agir en justice tant en demande qu'en défense ou en intervention ; il prend toutes initiatives à cet effet et en fait rapport au conseil d'administration () ". Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée en défense par la Fédération nationale des chasseurs, tirée de ce que le président de la fédération départementale des chasseurs et de la nature de l'Aude n'a pas été autorisé par délibération de son conseil d'administration à agir en justice n'est pas fondée et doit ainsi être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sans qu'il soit besoin d'examiner l'ensemble des moyens de la requête :
8. En premier lieu, et d'une part, le code de l'environnement dispose, en son article L. 421-8 : " I.- Il ne peut exister qu'une fédération départementale de chasseurs par département. / II.- Dans l'intérêt général et afin de contribuer à la coordination et à la cohérence des activités cynégétiques dans le département, chaque fédération départementale des chasseurs regroupe : / 1° Les titulaires du permis de chasser ayant validé celui-ci dans le département ; 2° Les personnes physiques et les personnes morales titulaires de droit de chasse sur des terrains situés dans le département et bénéficiaires d'un plan de chasse ou d'un plan de gestion pour tout ou partie de ces terrains. / III. Peut en outre adhérer à la fédération : / 1° Toute personne détenant un permis de chasser ou titulaire de droits de chasse sur des terrains situés dans le département ; / 2° Sauf opposition de son conseil d'administration, toute personne désirant bénéficier des services de la fédération. / Une même personne peut adhérer à la fédération départementale en qualité de titulaire d'un permis de chasser et de titulaire de droit de chasse. / IV.- L'adhésion est constatée par le paiement à la fédération d'une cotisation annuelle dont les montants, qui peuvent être distincts selon qu'il s'agit de l'adhésion d'un chasseur ou du titulaire de droits de chasse, sont fixés par l'assemblée générale, sur proposition du conseil d'administration. Cette cotisation comprend la part forfaitaire destinée au budget de la Fédération nationale des chasseurs mentionnée à la seconde phrase du huitième alinéa de l'article L. 421-14. / Les adhérents sont également redevables des participations éventuelles décidées par la fédération pour assurer l'indemnisation des dégâts de grand gibier, en application de l'article L. 426-5. " ; en son article L. 421-5 : " Les associations dénommées fédérations départementales des chasseurs participent à la mise en valeur du patrimoine cynégétique départemental, à la protection et à la gestion de la faune sauvage ainsi que de ses habitats. Elles assurent la promotion et la défense de la chasse ainsi que des intérêts de leurs adhérents. / Elles apportent leur concours à la prévention du braconnage. Elles conduisent des actions d'information, de formation, d'éducation et d'appui technique à l'intention des gestionnaires des territoires, du public et des chasseurs et, le cas échéant, des gardes-chasse particuliers. Elles exercent, pour la gestion des associations communales et intercommunales de chasse agrées, les missions qui leur sont confiées par la section 1 du chapitre II du présent titre et coordonnent l'action de ces associations. Elles mènent des actions d'information et d'éducation au développement durable en matière de connaissance et de préservation de la faune sauvage et de ses habitats ainsi qu'en matière de gestion de la biodiversité. / Elles conduisent des actions de prévention des dégâts de gibier et assurent l'indemnisation des dégâts de grand gibier dans les conditions prévues par les articles L. 426-1 et L. 426-5. / Elles élaborent, en association avec les propriétaires, les gestionnaires et les usagers des territoires concernés, un schéma départemental de gestion cynégétique, conformément aux dispositions de l'article L. 425-1. / Elles conduisent également des actions pour surveiller les dangers sanitaires impliquant le gibier ainsi que des actions participant à la prévention de la diffusion de dangers sanitaires entre les espèces de gibier, les animaux domestiques et l'homme. / Elles conduisent des actions concourant directement à la protection et à la reconquête de la biodiversité ou apportent un soutien financier à leur réalisation. A cette fin, elles contribuent financièrement au fonds mentionné à l'article L. 421-14, pour un montant fixé par voie réglementaire et qui ne peut être inférieur à 5 € par adhérent ayant validé un permis de chasser dans l'année. / Dans l'exercice des missions qui leur sont attribuées par le présent code, les fédérations départementales des chasseurs collectent ou produisent des données pour le compte du ministre chargé de l'environnement. Ces données sont transmises gratuitement à l'Office français de la biodiversité à sa demande et sans délai. / Elles collectent les données de prélèvements mentionnées à l'article L. 425-18. / Elles assurent la validation du permis de chasser ainsi que la délivrance des autorisations de chasser accompagné et apportent leur concours à l'organisation des examens du permis de chasser. / Elles contribuent, à la demande du préfet, à l'exécution des arrêtés préfectoraux autorisant des tirs de prélèvement. Elles agissent dans ce cadre en collaboration avec leurs adhérents. () ".
9. Il résulte de l'application combinée de ces dispositions que les fédérations départementales de chasseurs sont notamment chargées de l'exécution d'une mission de service public particulière qui consiste à coordonner et à veiller à la cohérence des activités cynégétiques dans le département et qu'elles doivent, à ce titre, élaborer un schéma départemental de gestion cynégétique et collecter les données de prélèvements des spécimens d'espèces soumises à gestion adaptative que les chasseurs adhérents ont réalisés. Ainsi, la perception, par une fédération départementale de chasseurs, des cotisations de ses adhérents relève directement de l'exercice de prérogatives de puissance publique en vue d'exécuter cette mission de service public.
10. D'autre part, le code de l'environnement dispose, en son article R. 421-10 : " Le préfet contrôle l'exécution des missions de service public auxquelles participe la fédération départementale des chasseurs. / Il est destinataire des délibérations de l'assemblée générale, du rapport annuel du commissaire aux comptes et des comptes annuels. / Le budget de la fédération est exécutoire de plein droit dès qu'il a été transmis au préfet. / Si le préfet constate, après avoir recueilli les remarques du président de la fédération, que le budget approuvé ne permet pas à celle-ci d'assurer ses missions d'indemnisation des dégâts de grand gibier et d'organisation de la formation préparatoire à l'examen du permis de chasser, il procède à l'inscription d'office à ce budget des recettes et des dépenses nécessaires. " ; en son article R. 425-19 : " L'arrêté par lequel le préfet peut fixer le nombre maximal d'animaux qu'un chasseur est autorisé à prélever pendant une période déterminée sur un territoire donné peut porter sur une ou plusieurs espèces, à l'exclusion de celles pour lesquelles un plan de chasse est obligatoire en application de l'article R. 425-1-1 et de celles pour lesquelles un prélèvement maximal autorisé a été fixé par arrêté ministériel./ L'arrêté est pris sur une proposition de la fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs qui comporte, s'il y a lieu, la proposition de modification correspondante du schéma départemental de gestion cynégétique, après avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage. Il emporte approbation de la modification proposée. /Si le ministre chargé de la chasse détermine ultérieurement pour la ou les mêmes espèces d'animaux, pour le même territoire et pour une période donnée, un prélèvement maximal inférieur, celui-ci se substitue à celui prévu par l'arrêté préfectoral, sur ledit territoire et pendant la période fixée par l'arrêté ministériel. " ; en son article R. 425-20 : " I. - L'arrêté par lequel le ministre chargé de la chasse ou le préfet fixe le nombre maximal qu'un chasseur est autorisé à prélever précise, outre la ou les espèces d'animaux concernées, le territoire et la période considérés ainsi que, le cas échéant, les limites quotidienne et hebdomadaire de ce prélèvement, et le ou les objectifs poursuivis par l'instauration de cette mesure. / Il définit également, dans le respect des dispositions des II et IV : / - les modalités de contrôle du respect du prélèvement maximal autorisé prévues pour cette ou ces espèces, notamment les caractéristiques du carnet de prélèvement et du dispositif de marquage lorsqu'ils sont obligatoires () II.- Les modalités de contrôle du prélèvement maximal autorisé sont définies par l'arrêté ministériel ou préfectoral qui l'instaure de façon à garantir le respect de l'ensemble des dispositions de cet arrêté et à assurer la réalisation des objectifs qu'il poursuit. / Lorsque ce contrôle comprend la tenue d'un carnet de prélèvement et un dispositif de marquage, ce carnet et ce dispositif sont délivrés gratuitement au chasseur par la fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs et sont valables sur l'ensemble du territoire concerné. Le carnet de prélèvement doit être rempli au moment du prélèvement, présenté à toute réquisition des agents mentionnés au 1° du I de l'article L. 428-20 et retourné, utilisé ou non, à la date fixée par l'arrêté, au président de la fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs qui l'a délivré. La non-restitution du carnet de prélèvement par son titulaire fait obstacle à ce qu'il lui en soit délivré un autre pour la campagne cynégétique suivante. / III. Les informations collectées par chaque fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs en application de l'arrêté instituant le prélèvement maximal autorisé sont communiquées avant le 31 décembre de chaque année : / - au ministre chargé de la chasse, à l'Office français de la biodiversité et à la Fédération nationale des chasseurs lorsque l'arrêté est ministériel ; / - au préfet lorsque l'arrêté est préfectoral. () ".
11. Il résulte de l'application combinée de ces dispositions que la mission de service public confiée aux fédérations départementales de chasseurs, consistant à délivrer les carnets de prélèvement de certaines espèces aux chasseurs, s'exécute sous le contrôle du préfet de département, en application d'un arrêté préfectoral fixant les modalités de contrôle de ce prélèvement maximal autorisé ainsi que l'ensemble des dispositions et mesures permettant d'assurer la réalisation des objectifs qu'il poursuit.
12. En premier lieu, ainsi qu'il a été énoncé précédemment, la décision attaquée est notamment motivée par la volonté de la Fédération nationale des chasseurs, de sanctionner la fédération départementale des chasseurs et de la nature de l'Aude, pour avoir méconnu le principe de gratuité des carnets de prélèvement, prévu à l'article R. 425-20 du code de l'environnement.
13. Toutefois, cet article n'organise ni procédure de sanction, ni ne détermine d'autorité détentrice d'un tel pouvoir, pas davantage qu'il ne prévoit de sanctions ou de garanties de procédure. Par ailleurs, la seule résolution sur l'interdiction des mesures discriminatoires et concurrentielles votée en assemblée générale le 20 mars 2019, fut-elle intégrée à l'article 11 de son règlement intérieur, ne saurait fonder l'attribution à son président, d'un pouvoir discrétionnaire de sanction. Enfin, la Fédération nationale des chasseurs ne se prévaut d'aucune autre disposition légale ou réglementaire permettant de justifier légalement de sa compétence pour prononcer une telle mesure de sanction.
14. En second lieu, en vertu de l'article L. 421-14 du code de l'environnement, cité au point 2 du présent jugement, la Fédération nationale des chasseurs apporte aux fédérations départementales des chasseurs une aide financière, dans des conditions déterminées par voie réglementaire, par le ministre chargé de la chasse.
15. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la Fédération nationale des chasseurs a, par la décision contestée, procédé unilatéralement, pour l'exécution de la sanction financière en litige, à une " compensation " entre la somme qu'elle a entendu mettre à la charge de la fédération départementale des chasseurs et de la nature de l'Aude pour un montant de quarante-neuf-mille-quatre-cent-quinze (49 415) euros et le montant de l'aide financière qu'elle était légalement tenu de lui verser, à hauteur du montant provisionné de quatre-vingt-quatorze-mille-quatre-cent-soixante-six (94 466) euros, en application de l'article L. 421-14 du code de l'environnement. Or, ainsi que l'allègue la fédération départementale des chasseurs et de la nature de l'Aude, la décision attaquée ne mentionne aucun fondement juridique susceptible d'établir la compétence de la Fédération nationale des chasseurs pour effectuer cette " compensation " et ainsi, la priver d'une part conséquente des aides financières qu'elle devait percevoir.
16. Il résulte de ce qui a été énoncé aux points 8 à 15, que la fédération départementale des chasseurs et de la nature de l'Aude est fondée à soutenir que la décision du 22 juillet 2020 en litige est entachée d'incompétence et à en demander, pour ce motif, l'annulation ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision implicite rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
17. L'annulation de la décision litigieuse implique nécessairement que la Fédération nationale des chasseurs verse à la fédération départementale des chasseurs et de la nature de l'Aude, la somme de quarante-neuf-mille-quatre-cent-quinze (49 415) euros qu'elle a retenue sur le montant des aides financières provisionnées à son bénéfice en application de l'article L. 421-14 du code de l'environnement. Il y a lieu, par suite, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à la Fédération nationale des chasseurs de verser cette somme, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation à compter du 1er septembre 2020, à la fédération départementale des chasseurs et de la nature de l'Aude, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
18. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à ce que soit mise à la charge de la fédération départementale des chasseurs et de la nature de l'Aude, qui n'est pas la partie perdante, une somme à ce titre, les conclusions de la Fédération nationale des chasseurs en ce sens doivent être rejetées.
20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge de la Fédération nationale des chasseurs une somme de 1 500 euros qu'elle paiera à la fédération départementale des chasseurs et de la nature de l'Aude, au titre des frais non compris dans les dépens que cette dernière a exposés.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 22 juillet 2020 de la Fédération nationale des chasseurs infligeant une sanction financière de quarante-neuf-mille-quatre-cent-quinze (49 415) euros à la fédération départementale des chasseurs et de la nature de l'Aude, et la décision implicite de rejet du recours gracieux de cette fédération départementale contre cette sanction, sont annulées.
Article 2 :Il est enjoint à la Fédération nationale des chasseurs de verser à la fédération départementale des chasseurs et de la nature de l'Aude, la somme de quarante-neuf-mille-quatre-cent-quinze (49 415) euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation à compter du 1er septembre 2020, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La Fédération nationale des chasseurs versera à la fédération départementale des chasseurs et de la nature de l'Aude une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions de la Fédération nationale des chasseurs présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 :Le présent jugement sera notifié à la fédération départementale des chasseurs et de la nature de l'Aude, à la Fédération nationale des chasseurs ainsi qu'aux fédérations départementales des chasseurs de la Haute-Garonne, de l'Ariège, des Pyrénées Orientales, du Tarn et de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2023 à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
M. Baude, premier conseiller,
Mme Zaccaron Guérin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.
La rapporteure,
C. Zaccaron Guérin Le président,
P. Thierry
La greffière,
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 20134692
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026