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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2013534

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2013534

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2013534
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMORIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 décembre 2020 et 8 janvier 2021, Mme A, représentée par Me Nakou, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2020 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'elle sollicitait, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou à toute autorité territorialement compétente de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- ces décisions ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ;

- elles méconnaissent les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- en lui délivrant un récépissé, du 10 décembre 2020, le sous-préfet de Boulogne doit être regardé comme ayant entendu procéder à un nouvel examen de sa situation et a implicitement mais nécessairement abrogé la décision portant refus de séjour édictée le 4 décembre 2020 ;

- le préfet n'a pas saisi la commission du titre de séjour en méconnaissance des dispositions de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît le sixième alinéa de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît le septième alinéa de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 20 novembre 1989 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- en lui délivrant un récépissé, en date du 10 décembre 2020, le sous-préfet de Boulogne doit être regardé comme ayant entendu procéder à un nouvel examen de sa situation et a implicitement mais nécessairement abrogé la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée le 4 décembre 2020 ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 20 novembre 1989 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit de mémoire.

Par ordonnance du 17 mars 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 18 mai 2021 à 12 heures.

La demande d'admission à l'aide juridictionnelle présentée par Mme A le 24 décembre 2020 a été rejetée par le bureau d'aide juridictionnelle du Tribunal judiciaire de Pontoise le 14 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née en 1987, expose être entrée en France en mai 2017. Le 21 février 2020, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions, alors en vigueur, de l'article L. 313-11 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 décembre 2020, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 6 ° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 312-2 soit exigée ; / Lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent, en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, justifie que ce dernier contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du même code, ou produit une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. () ".

3. Si un acte de droit privé opposable aux tiers est en principe opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit exercer ses compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte, dans l'exercice de ses compétences, d'actes de droit privé opposables aux tiers. Tel est le cas pour la mise en œuvre des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'ont pas entendu écarter l'application des principes ci-dessus rappelés. Par conséquent, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre de séjour présentée sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée par la personne se présentant comme père ou mère d'un enfant français.

4. En l'espèce, pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme A sur le fondement des dispositions précitées, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur la circonstance que la demande de carte nationale d'identité française et de passeport biométrique déposée par l'intéressée pour le compte de sa fille, de nationalité française, née en 2018, a été rejetée au motif que le lien de filiation entre son enfant et l'auteur de la reconnaissance de paternité de cette dernière n'était pas établi, la vie commune et la contribution de celui-ci à l'entretien et à l'éducation de l'enfant n'étant pas avérées.

5. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que la fille de Mme A, née à Clamart en 2018, a été reconnue par anticipation par un ressortissant français le 22 décembre 2017. Le préfet des Hauts-de-Seine n'apporte pas la preuve qui lui incombe que la reconnaissance de paternité dont se prévaut Mme A a été effectuée par une personne qui n'est pas le père biologique de son enfant, dans le seul but de lui permettre d'obtenir frauduleusement un titre de séjour. Dans ces conditions, les seules circonstances alléguées par le préfet dans son arrêté ne suffisent pas à remettre en doute la réalité du lien de filiation unissant ce ressortissant français à l'enfant de Mme A. D'autre part, les pièces produites par Mme A, qui ne sont pas sérieusement contestées par le préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit de mémoire dans le cadre de cette instance, attestent que le père de son enfant, contribue, à hauteur de ses capacités financières, à l'entretien et à l'éducation de sa fille.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer le titre de séjour qu'elle sollicitait, le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les dispositions du 6 ° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 4 décembre 2020 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant son pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui annule l'arrêté du 4 décembre 2020 du préfet des Hauts-de-Seine, implique nécessairement, eu égard au motif d'annulation retenu, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que des éléments de droit ou de fait nouveaux justifieraient que l'autorité administrative oppose une décision de refus d'octroi d'un titre de séjour, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à Mme A. Il y a lieu, par suite, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent de délivrer ce titre, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de délivrer dans l'attente à Mme A une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais du litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais non compris dans les dépens qu'elle a exposés.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 4 décembre 2020 est annulé.

Article 2 :Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent de délivrer à Mme A, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente de ce titre, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Mme A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Zaccaron Guérin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guérin Le président,

signé

P. Thierry

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 20135342

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