jeudi 9 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2013542 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | COMPOINT |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 23 décembre 2020 et 4 octobre 2022, sous le n° 2013542, M. C B, représenté par Me Compoint, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 16 octobre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a abrogé la décision du 11 décembre 2015 l'habilitant à accéder au secret de la défense nationale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer cette habilitation ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'un vice de compétence ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il ne présente aucune vulnérabilité justifiant qu'il n'ait pas accès au secret de la défense nationale.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 janvier 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête, faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Par une ordonnance du 7 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 octobre 2022.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 janvier 2021 et 7 décembre 2022 sous le n° 2101131, M. B, représenté par Me Compoint, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2020 en tant que le ministre de l'intérieur a mis fin à sa suspension à compter du 2 décembre 2020 et non à compter du 26 octobre 2020 ;
2°) d'enjoindre au ministre de prendre une nouvelle décision fixant la fin de sa suspension au 26 octobre 2020, dans le délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de condamner l'État à lui payer la somme de 18 283,72 euros en raison de l'illégalité de la décision du 26 juin 2020 l'ayant suspendu, ainsi que de la décision 2 décembre 2020 en tant qu'elle a prolongé sa suspension au-delà du délai de quatre mois, assortie des intérêts au taux légal à compter du 19 novembre 2020 ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
s'agissant des conclusions d'annulation :
- la décision méconnaît les dispositions de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983, dès lors que la durée de sa suspension ne pouvait excéder quatre mois ;
s'agissant des conclusions indemnitaires :
- la décision du 26 juin 2020 par laquelle il a été suspendu est illégale donc fautive, dès lors qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, les faits ne présentant pas un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité pour justifier sa suspension ;
- cette décision est également illégale en tant qu'elle a durée au-delà du délai de quatre mois ;
- la responsabilité de l'État est également engagée même en l'absence de faure dès lors que cette suspension a fait peser sur lui une charge anormale et spéciale ;
- il en résulte qu'il a droit à être indemnisé à hauteur de 7 283,72 euros de son préjudice financier du fait des éléments de rémunération qu'il n'a pu percevoir entre le 27 octobre 2020 et le 2 décembre 2020 ;
- il conviendra également de réparer l'atteinte à son honneur, pour la somme de 5 000 euros, ainsi que son préjudice moral et son trouble dans les conditions d'existence pour la somme de 6 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 novembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, à ce que la condamnation soit ramenée à la somme de 200 euros.
Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Par une ordonnance du 9 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 décembre 2022.
Par un courrier du 25 novembre 2022, M. B a été invité à régulariser sa requête sur le fondement des dispositions du 2ème alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative.
M. B a répondu par une pièce, enregistrée le 1er décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense ;
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n°2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le décret n°2013-728 du 12 août 2013 ;
- l'arrêté du ministre de l'intérieur du 27 décembre 2017 relatif aux missions et à l'organisation de la direction des ressources et des compétences de la police nationale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Monteagle, rapporteure,
-les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public,
- et les observations de Me Boyer, représentant M. B, non-présent.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, brigadier-chef de police, est affecté à la direction générale de la sécurité intérieure depuis le 1er juillet 2008. Il est habilité " secret défense ", en dernier instance par une décision du 3 décembre 2015. Il a été suspendu de ses fonctions par un arrêté du 26 juin 2020 et son habilitation a été abrogée par un arrêté du 16 octobre 2020. Par la requête n° 2013542, M. B demande l'annulation de ce dernier arrêté. Le 17 novembre 2020, M. B a adressé une réclamation préalable indemnitaire à son administration visant à obtenir le paiement des primes pendant les quatre mois de sa suspension, demande qui a été implicitement rejetée. Par un arrêté du 2 décembre 2020, il a été réintégré dans ses fonctions à compter du même jour. Par la requête n° 2101131, M. B demande l'annulation de cette seconde décision seulement en tant qu'elle aurait dû prendre effet à compter du 27 octobre 2020, à l'issue de quatre mois de suspension. Il demande également à être indemnisé en raison des fautes de l'État ayant résulté de l'illégalité de sa suspension et de la prolongation de celle-ci au-delà du délai de quatre mois, ainsi qu'en raison de la responsabilité sans faute de l'État dès lors que cette suspension a fait peser sur lui une charge anormale et spéciale qu'il convient de réparer.
2. Les requêtes dans les instances enregistrées sous les numéros 2013542 et 2101131 ont été introduites par le même requérant et présentent à juger des questions communes, qui ont fait l'objet d'une même instruction. Par suite, il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions d'annulation de la requête n° 2013542 :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret susvisé du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité () 2° Les chefs de service, directeurs adjoints, sous-directeurs, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au deuxième alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé ainsi que les hauts fonctionnaires et les hauts fonctionnaires adjoints mentionnés aux articles R. 1143-1 et R. 1143-2 du code de la défense ; () ". Aux termes de l'article 4 du décret du 12 août 2013 portant organisation de l'administration centrale du ministère de l'intérieur et du ministère des outre-mer confie au service du haut-fonctionnaire de défense de " s'assurer de l'application des dispositions relatives à la protection du secret de la défense nationale ". L'article 28 de l'arrêté du 12 août 2013 portant organisation interne du secrétariat général du ministère de l'intérieur prévoit l'organisation des services du haut-fonctionnaire de défense et notamment que " la sous-direction de la protection du ministère est chargée, au sein du ministère, de l'application des procédures de protection du secret de la défense nationale ".
4. En application de ces dispositions, Mme D A de Monchy, administratrice civile hors-classe, qui a été reconduite dans ses fonctions de sous-directrice de la protection du ministère au service du haut-fonctionnaire de défense du secrétariat général du ministère de l'intérieur à compter du 14 décembre 2019, par un arrêté du 5 décembre 2019 publié au Journal officiel de la République française le 7 décembre 2019, avait qualité pour signer au nom du ministre l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.
A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 () ". Aux termes de l'article L. 311-5 du même code : " Ne sont pas communicables : () / 2° Les autres documents administratifs dont la consultation ou la communication porterait atteinte : / b) Au secret de la défense nationale () ".
6. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que les décisions qui refusent ou retirent l'habilitation " secret défense " sont au nombre de celles dont la communication des motifs est de nature à porter atteinte au secret de la défense nationale. La circonstance, alléguée par le requérant, qu'il ne serait pas établi que les motifs eux-mêmes soient couverts par le secret de la défense nationale est sans incidence sur cette situation. Le moyen tiré du défaut de motivation, inopérant, ne peut qu'être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 2311-7 du code de la défense : " Sauf exceptions prévues par la loi, nul n'est qualifié pour connaître d'informations et supports classifiés s'il n'a fait au préalable l'objet d'une décision d'habilitation et s'il n'a besoin, au regard du catalogue des emplois justifiant une habilitation, établi selon les modalités précisées par arrêté du Premier ministre, de les connaître pour l'exercice de sa fonction ou l'accomplissement de sa mission ".
8. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il statue sur une demande d'annulation d'une décision portant abrogation d'une habilitation " secret défense ", de contrôler, s'il est saisi d'un moyen en ce sens, la légalité des motifs sur lesquels l'administration s'est fondée. Il lui est loisible de prendre, dans l'exercice de ses pouvoirs généraux de direction de l'instruction, toutes mesures propres à lui procurer, par les voies de droit, les éléments de nature à lui permettre de former sa conviction, sans porter atteinte au secret de la défense nationale. Il lui revient, au vu des pièces du dossier, de s'assurer que la décision contestée n'est pas entachée d'une erreur de fait ou d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. Il ressort des écritures en défense que la décision de retrait de l'habilitation " secret défense " de M. B est fondée sur plusieurs faits relevés à l'occasion d'une enquête administrative, le ministre ayant versé à l'instance la note " blanche " en ayant résulté.
10. D'une part, il est reproché à M. B un cumul illégal d'activités. Il ressort ainsi des termes de la note de renseignement que M. B a exercé une activité rémunérée de photographe de mariage entre 2011 et 2017 pour des revenus cumulés de 13 000 euros et une activité rémunérée de réparateurs automobiles lui procurant des revenus non-déclarés de plusieurs milliers d'euros. Il ressort surtout des termes de cette note que M. B a exercé une activité non-déclarée d'administrateur de serveur informatique pour le compte de particuliers, de collègues de travail et pour une société, par ailleurs cliente du ministère, l'ayant rémunéré en nature en échange de ses services. Eu égard à la nature de ce cumul d'activités ainsi qu'à son ampleur, que le requérant ne conteste nullement, ces éléments sont de nature à établir que M. B présentait une vulnérabilité.
11. D'autre part, il ressort des termes de cette note que M. B a été mis en cause dans une affaire de détournement de fond du service, avec placement en garde à vue le 27 juillet 2020. Si le requérant fait valoir qu'il n'a pas été présenté à un juge, il ressort des termes du courrier adressé par la DGSI au préfet de police le 23 octobre 2020, soit postérieurement à la décision, que l'enquête judiciaire était toujours en cours à la date de l'abrogation de l'habilitation de M. B. La seule circonstance que le juge pénal n'ait pu, à la date de la décision, caractériser l'infraction ne lie pas l'autorité administrative dans son appréciation des faits.
12. Enfin, s'il ressort des termes de la note " blanche " que le ministre a également pris sa décision au motif que le requérant aurait consulté des fichiers de police à des fins personnelles, sans préciser ni les fichiers en cause, ni les dates de consultation, ni les circonstances de ces dernières, alors que M. B conteste formellement la matérialité de ces faits, il résulte de l'instruction que le ministre de l'intérieur aurait pris la même décision en se fondant seulement sur les motifs évoqués aux points 10 et 11.
13. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation de la requête n° 2013542 doivent être rejetées.
Sur les conclusions de la requête n° 2101131 :
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 2 décembre 2020 en tant qu'il prolonge la suspension au-delà du délai de quatre mois :
15. Aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. / Si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions. S'il fait l'objet de poursuites pénales et que les mesures décidées par l'autorité judicaire ou l'intérêt du service n'y font pas obstacle, il est également rétabli dans ses fonctions à l'expiration du même délai ".
16. La suspension est une mesure conservatoire prise dans l'intérêt du service et destinée à écarter temporairement du service un fonctionnaire en attendant qu'il soit statué disciplinairement ou pénalement sur sa situation.
17. Il ressort des termes de la décision du 2 décembre 2020 que cette dernière a pour effet de mettre fin à compter du 2 décembre 2020 à la suspension de M. B, mis en œuvre depuis le 26 juin 2020, portant ainsi à plus de cinq mois la durée totale de sa suspension. Toutefois, le ministre n'allègue, ni ne soutient que M. B faisait l'objet de poursuite pénale, justifiant une prolongation de la suspension au-delà du délai de maximum fixé par les dispositions précitées et alors applicables de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983. M. B est donc fondé à soutenir que ces dispositions ont été méconnues.
18. Il s'ensuit que M. B est fondé à solliciter, pour ce motif, l'annulation de la décision du 2 décembre 2020 en tant qu'elle prolonge sa suspension au-delà du 26 octobre 2020.
En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :
S'agissant de la responsabilité pour faute en raison de l'illégalité de la décision du 26 juin 2020 :
19. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ".
20. Si la décision du 26 juin 2020 comporte une signature, sans que ne soient précisés les noms, prénoms et qualités de son auteur, cette irrégularité en la forme, qui ne remet pas en cause le bien-fondé de cette décision, n'a pu causer aucun préjudice à M. B.
21. En deuxième lieu, une suspension ne peut être prononcée que lorsque les faits imputables à l'intéressé présentent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité et que l'éloignement de l'intéressé se justifie au regard de l'intérêt du service.
22. M. B soutient que la suspension dont il a fait l'objet entre le 26 juin 2020 et le 26 octobre 2020 est illégale, dès lors qu'il n'aurait par la suite fait l'objet d'aucune poursuite pénale en raison des faits pour lesquels il était mis en cause. Toutefois, ce constat, postérieur à la décision attaquée, ne permet pas d'établir qu'à la date de la suspension les faits justifiant cette mesure ne présentaient pas un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité pour justifier la suspension de M. B. Il est d'ailleurs constant que M. B a été placé en garde à vue le 27 juillet 2020 pour ces faits alors qu'il était suspendu. La décision le suspendant n'est donc entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation traduisant une illégalité fautive de la part de l'État.
23. Il résulte de ce qui précède que M. B ne peut soutenir que l'État a commis une faute en procédant à sa suspension par la décision du 26 juin 2020.
S'agissant de la responsabilité pour faute en raison de l'illégalité de la prolongation de la suspension :
24. Aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation ". Aux termes du 2ème alinéa de l'article R. 421-1 de ce code : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".
25. Il résulte de ces dispositions que la décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur.
26. M. B demande la condamnation de l'État en raison de l'illégalité du prolongement de sa suspension au-delà du délai de quatre mois par la décision du 2 décembre 2020. Toutefois, il ne ressort pas des termes de la réclamation préalable que M. B a adressée le 17 novembre 2020 à l'administration qu'il ait entendu lier le contentieux sur ce fait générateur, dès lors qu'il ne faisait valoir dans ce courrier que le caractère illégal de sa suspension de quatre mois en l'absence de poursuite judiciaire à son encontre. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que M. B ait formé une autre réclamation préalable indemnitaire en vue d'obtenir la somme d'argent à laquelle il prétend en raison de l'illégalité relevée au point 17. Ses conclusions indemnitaires sur ce point sont irrecevables et ne peuvent donc qu'être rejetées.
S'agissant de la responsabilité sans faute :
27. En se bornant à faire valoir que la suspension du 26 juin 2020, légale, dont il a fait l'objet a eu pour lui des conséquences morales et financières, en raison de la perte d'une partie de ses primes, M. B n'établit pas que cette décision aurait fait peser sur lui une charge anormale et spéciale caractérisant une rupture d'égalité devant les charges publiques justifiant l'engagement de la responsabilité sans faute de l'État.
28. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requête n° 2101131 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
29. Eu égard aux motifs retenus par le présent jugement, qui annule seulement la décision de réintégration de M. B après sa suspension en tant qu'elle aurait dû prendre effet au 27 octobre 2020, l'exécution du jugement n'implique aucune des mesures d'injonction sollicitées. Par suite, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
30. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : L'arrêté du 2 décembre 2020 du préfet de police est annulé en tant qu'il met fin à la suspension de M. B au-delà du 26 octobre 2020.
Article 2: L'État versera à M. B la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3: Le surplus des conclusions de la requête n° 2101131 et la requête n° 2013542 sont rejetés.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie sera adressée au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Van Muylder, présidente,
Mme E et M. F, premiers conseillers,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.
La rapporteure,
signé
M. ELa présidente,
signé
C. Van Muylder
La greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2013542 et 2101131
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026