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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2100240

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2100240

vendredi 21 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2100240
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 janvier 2021, M. B A, représenté par Me de Sèze, avocat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision, en date du 5 janvier 2021, par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a prononcé la suspension de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, avec effet à compter du mois de septembre 2020, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le paiement de la somme de 1 200 euros, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à Me de Sèze qui sera autorisé à en poursuivre directement le recouvrement.

M. A soutient que la décision contestée :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- a été prise sur une procédure irrégulière, aucun entretien n'ayant été réalisé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et sa vulnérabilité n'ayant pas été prise en considération ;

- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que l'unique manquement pouvant lui être reproché est justifié par la circonstance qu'il était alors en isolement forcé en raison de la pandémie de covid-19.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 juillet 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au non-lieu à statuer et au rejet de la requête.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir que :

- par une décision du 29 janvier 2021, il a rétabli rétroactivement les conditions matérielles antérieurement suspendues ;

- dès le mois de février 2021, les versements de l'allocation pour demandeur d'asile ont repris et qu'une régularisation est intervenue en avril pour couvrir le mois de janvier 2021 ;

- le requérant bénéficie d'un hébergement depuis le 17 septembre 2020.

Par un mémoire enregistré le 1er septembre 2021, M. A, représenté par Me de Sèze, soutient que :

- le versement de l'allocation pour demandeur d'asile a cessé en novembre 2020, soit antérieurement à la décision contestée ;

- il y a donc lieu d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil à compter de la date à laquelle elles ont été indûment suspendues.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration maintient ses conclusions à fin de rejet de la requête pour non-lieu à statuer.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir que les versements de l'allocation pour demandeur d'asile ont cessé dès le 1er décembre 2020, " eu égard à la déclaration de fuite prononcée par la préfecture, dès lors que l'intéressé ne disposait pas de motif légitime justifiant l'irrespect de ses obligations à l'égard des autorités chargées de l'asile ".

Par une décision en date du 8 février 2021, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, demandeur d'asile de nationalité afghane, conteste la décision en date du 5 janvier 2021, par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a prononcé la suspension de ses conditions matérielles d'accueil.

Sur la fin de non-recevoir opposée à la requête :

2. Si l'Office français de l'immigration et de l'intégration soutient qu'il a repris dès le mois de février 2021 le versement de l'allocation pour demandeur d'asile dont bénéficiait l'intéressé, qui est hébergé depuis le 17 septembre 2020, et qu'une régularisation est intervenue en avril 2021 pour l'allocation du mois de janvier 2021, il ressort des termes mêmes du mémoire de l'Office français de l'immigration et de l'intégration enregistré le 23 septembre 2021 que M. A a cessé de percevoir l'allocation de demandeur d'asile dès le 1er décembre 2020. Dans ces conditions, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est fondé à soutenir que les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête sont devenues sans objet qu'en tant qu'elles concernant la période postérieure au 31 décembre 2020. La fin de non-recevoir opposée à la requête par l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit, dès lors, être accueillie dans cette seule mesure.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision, en date du 5 janvier 2021 en tant qu'elle concerne la période du 1er au 31 décembre 2020 et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

3. La décision contestée a été prise au motif que le requérant n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités dans le cadre de la procédure Dublin.

4. M. A soutient, sans être utilement contredit par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qu'il n'a manqué qu'un seul rendez-vous à la préfecture du Val-d'Oise, le 24 novembre 2020, mais qu'il a honoré l'ensemble de ses autres rendez-vous, notamment ceux des 4 et 17 décembre 2020. Le requérant justifie, par ailleurs, cet unique manquement en versant au dossier une attestation de la directrice du pôle accueil hébergement publics migrants au sein de l'association Espérer 95, qui certifie qu'il a été placé en isolement dans le cadre de la crise sanitaire liée à l'épidémie de covid-19 du 16 novembre au 30 novembre 2020 et qu'il " n'était donc pas en capacité de se rendre à ses rendez-vous sur cette période ". Il suit de là qu'en prenant la décision dont l'annulation est demandée le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a commis une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée doit être annulée en tant qu'elle concerne la période du 1er au 31 décembre 2020.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, par application des dispositions législatives précitées, qu'il soit enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le requérant dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil, s'agissant notamment de l'allocation pour demandeur d'asile, pour la période du 1er au 31 décembre 2020. Il y a lieu de fixer à l'Office français de l'immigration et de l'intégration un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement pour procéder à cette opération.

8. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir l'injonction édictée ci-dessus d'une astreinte.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à l'avocat de M. A d'une somme de 1 000 (mille) euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me de Sèze renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête de M. A en tant qu'elles concernent la période postérieure au 31 décembre 2020.

Article 2 : La décision, en date du 5 janvier 2021, par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a prononcé la suspension des conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. A est annulée en tant qu'elle concerne la période du 1er au 31 décembre 2020.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir M. A dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil, s'agissant notamment de l'allocation pour demandeur d'asile, pour la période du 1er au 31 décembre 2020, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous la réserve mentionnée au dernier point du présent jugement, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me de Sèze, avocat de M. A, la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, M. Prost, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 avril 2023.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

signé

F.-X. PROSTLa greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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