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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2100400

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2100400

vendredi 7 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2100400
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantVICTOR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrée le 11 janvier 2021 et les 9 et 25 janvier 2023, M. C A, représenté par Me Victor, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a prolongé son délai de transfert vers la Suède de six à dix-huit mois, a refusé de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile et a refusé d'enregistrer sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de le convoquer aux fins d'enregistrement de sa demande d'asile et de lui délivrer l'attestation prévu à l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans le même délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il ne peut être considéré comme en fuite et la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile ;

- le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les dispositions combinées des articles 29 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et 9 du règlement n° 1560/2003 (CE) du 2 septembre 2003 modifié en s'abstenant d'informer les autorités suédoises de ce que le délai de transfert était prorogé en raison de son état de fuite.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 janvier 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient, à titre principal, que la requête est irrecevable et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens présentés par le requérant n'est fondé.

Par des courriers en date des 3 et 24 janvier 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tirés :

- de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle préfet des Hauts-de-Seine a prolongé le délai de transfert de M. A aux autorités suédoises dès lors que cette prolongation n'est qu'une des modalités d'exécution de la décision initiale de transfert et ne peut être regardée comme révélant une décision susceptible de recours (CE, 28 mai 2021, n° 450341) ;

- du non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation la décision refusant délivrer une attestation de demandeur d'asile dès lors que, postérieurement à l'enregistrement de sa requête, la demande d'asile de M. A a été examinée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui l'a rejetée par une décision du 25 août 2022.

Par une décision en date du 6 décembre 2021, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Weiswald, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 29 avril 1993, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine et s'est vu délivrer, le 14 mai 2018, une attestation de demandeur d'asile en procédure dite " Dublin ". Le préfet des Hauts-de-Seine, le 28 février 2020, a ordonné son transfert vers la Suède, État désigné comme de responsable de l'examen de sa demande d'asile. Estimant que le délai de ce transfert était expiré, M. A s'est présenté, le 8 janvier 2021, auprès des services de la préfecture des Hauts-de-Seine afin de faire enregistrer sa demande d'asile. Par la présente requête, M. A demande l'annulation des décisions par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a prolongé son délai de transfert vers la Suède de six à dix-huit mois et a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Par décision du 6 décembre 2021, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, les conclusions tendant à l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte :

En ce qui concerne la prolongation du délai de transfert :

3. II résulte des dispositions du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement n° 604/2013, combinées avec celles du règlement n° 1560/2003 modifié qui en porte modalités d'application, que si l'État membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur d'asile a informé l'État membre responsable de l'examen de la demande, avant l'expiration du délai de six mois dont il dispose pour procéder au transfert de ce demandeur, qu'il n'a pu y être procédé du fait de la fuite de l'intéressé, l'État membre requis reste responsable de l'instruction de la demande d'asile pendant un délai de dix-huit mois, courant à compter de l'acceptation de la reprise en charge, dont dispose l'État membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur pour procéder à son transfert.

4. La prolongation du délai de transfert, qui résulte du seul constat de fuite du demandeur et qui ne donne lieu qu'à une information de l'Etat responsable de la demande d'asile par l'État membre qui ne peut procéder au transfert du fait de cette fuite, a pour effet de maintenir en vigueur la décision de transfert aux autorités de l'Etat responsable et ne suppose pas l'adoption d'une nouvelle décision. Cette prolongation n'est ainsi qu'une des modalités d'exécution de la décision initiale de transfert et ne peut être regardée comme révélant une décision susceptible de recours. Par suite, ainsi que les parties en ont été informées, les conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a prolongé de six à dix-huit mois le délai de transfert du requérant sont irrecevables et doivent être rejetées pour ce motif.

En ce qui concerne les décisions de refus d'enregistrement d'une demande d'asile et de refus de délivrance d'une attestation de demandeur d'asile :

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment produites par le requérant, que le préfet des Hauts-de-Seine, le 5 janvier 2022, postérieurement à l'introduction de la requête, lui a délivré une attestation d'enregistrement de sa demande d'asile en procédure accélérée au titre d'une première procédure d'asile. En outre, il ressort de la fiche extraite de l'application TelemOfpra produite par le préfet des Hauts-de-Seine en défense, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que M. A a pu introduire devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides sa demande d'asile qui a été enregistrée le 25 janvier 2022 et a donné lieu à une décision de rejet en date du 25 août 2022. Par suite, les conclusions de M. A tendant à l'annulation des décisions par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine et a refusé d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile sont devenues sans objet, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et il n'y a dès lors plus d'y statuer.

Sur les frais liés au litige :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire présentées par M. A.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet des Hauts-de-Seine refusant d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. Weiswald, premier conseiller et Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2023.

Le rapporteur,

signé

J.-B. Weiswald

Le président,

signé

R. FéralLa greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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