mercredi 17 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2100553 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET LOUBEYRE-ENTREMONT-PORNIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 13 janvier 2021, 25 août 2023 et 12 mars 2024, la société Stelma V, représentée par le cabinet Loubeyre-Entremont-Pornin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision n°D 2020-22 de la Société du Grand Paris du 13 novembre 2020 portant sur l'exercice du droit de préemption urbain, sur la propriété des consorts A sise 41 rue de Louvain, parcelle cadastrée section AS17 à Courbevoie pour 274 m2 ;
2°) d'annuler la décision n°D 2020-24 de la Société du Grand Paris du 13 novembre 2020 portant sur l'exercice du droit de préemption urbain, sur la propriété des consorts B sise 35 et 37 à 39 rue de Louvain, parcelles section AS220 et AS221 à Courbevoie pour 561 m2 ;
3°) de mettre à la charge de la Société du Grand Paris une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle dispose d'un intérêt à agir pour demander l'annulation des arrêtés contestés ;
- les décisions attaquées sont entachées d'un vice d'incompétence ;
- elles sont entachées d'un vice de forme tiré d'une insuffisance de motivation ;
- elles méconnaissent les dispositions des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article 1.1 de la zone UA du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Courbevoie.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 juillet et 4 octobre 2023, la Société du Grand Paris, représentée par la SELARL Le Sourd Desforges conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Stelma V une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société Stelma V ne sont pas fondés.
La Société du Grand-Paris a produit un mémoire, enregistré le 18 mars 2024, postérieurement à la clôture automatique de l'instruction en application des dispositions de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code du commerce ;
- la loi n°2010-597 du 3 juin 2010 relative au Grand Paris ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ausseil ;
- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public ;
- les observations de Me Entremont, représentant la société Stelma V ;
- et les observations de Me Duconseil, représentant la Société du Grand-Paris.
Considérant ce qui suit :
1. Par deux actes signés, en dernier lieu, le 30 septembre 2020, la société Stelma V a promis d'acquérir trois parcelles, situées respectivement au 41, 37 et 35 rue de Louvain à Courbevoie. Par deux décisions du 13 novembre 2020, dont la société requérante demande l'annulation, le directoire de la Société du Grand Paris a exercé le droit de préemption urbain sur ces parcelles.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la compétence de l'auteur de l'acte :
2. Aux termes de l'article L. 213-3 du code de l'urbanisme : " Le titulaire du droit de préemption peut déléguer son droit à l'Etat, à une collectivité locale, à un établissement public y ayant vocation ou au concessionnaire d'une opération d'aménagement. Cette délégation peut porter sur une ou plusieurs parties des zones concernées ou être accordée à l'occasion de l'aliénation d'un bien. Les biens ainsi acquis entrent dans le patrimoine du délégataire ", et, aux termes de l'article L. 5211-9 du code général des collectivités territoriales : " Le président de l'établissement public de coopération intercommunale peut, par délégation de son organe délibérant, être chargé d'exercer, au nom de l'établissement, les droits de préemption, ainsi que le droit de priorité, dont celui-ci est titulaire ou délégataire en application du code de l'urbanisme. Il peut également déléguer l'exercice de ces droits à l'occasion de l'aliénation d'un bien, dans les conditions que fixe l'organe délibérant de l'établissement " et, aux termes de l'article 7 de la loi 2010-597 relative au Grand Paris : " L'établissement public Société du Grand Paris a pour mission principale de concevoir et d'élaborer le schéma d'ensemble et les projets d'infrastructures composant le réseau de transport public du Grand Paris et d'en assurer la réalisation, qui comprend la construction des lignes, ouvrages et installations fixes, la construction et l'aménagement des gares, y compris d'interconnexion, ainsi que l'acquisition des matériels roulants conçus pour parcourir ces infrastructures et, dans les conditions de l'article 19, leur entretien et leur renouvellement, dans les conditions prévues par la présente loi. A cette fin, l'établissement public Société du Grand Paris peut acquérir, au besoin par voie d'expropriation ou de préemption, les biens de toute nature, immobiliers et mobiliers, nécessaires à la création et à l'exploitation des infrastructures du réseau de transport public du Grand Paris ".
3. Aux termes de l'article 14 du décret n°2010-756 du 7 juillet 2010 relatif au Grand Paris : " Le directoire et son président exercent les attributions définies par les articles L. 225- 64 et L. 225-66 du code de commerce ", et, aux termes de l'article 225-64 du code de commerce: " Le directoire est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute circonstance au nom de la société. Il les exerce dans la limite de l'objet social et sous réserve de ceux expressément attribués par la loi au conseil de surveillance et aux assemblées d'actionnaires. Il détermine les orientations de l'activité de la société et veille à leur mise en œuvre, conformément à son intérêt social, en considérant les enjeux sociaux, environnementaux, culturels et sportifs de son activité ".
4. Il ressort des pièces du dossier que, par les décisions 56/2020 et 57/2020 du 16 octobre 2020, le président de l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense a délégué le droit de préemption urbain à la Société du Grand Paris pour, d'une part, les terrains bâtis sis 35 et 37, rue de Louvain à Courbevoie, cadastrés AS 220 et AS 221 et, d'autre part, le terrain bâti sis 41, rue de Louvain à Courbevoie, cadastré section AS 17. Par ailleurs, par des décisions 2020-24 et 2020-22 du 13 novembre 2020, le directoire de la Société du Grand Paris a exercé le droit de préemption urbain sur ces mêmes parcelles. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes attaqués doit être écarté comme manquant en fait.
5. Aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement . / () Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. Toutefois, lorsque le droit de préemption est exercé à des fins de réserves foncières dans le cadre d'une zone d'aménagement différé, la décision peut se référer aux motivations générales mentionnées dans l'acte créant la zone ". Aux termes de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme: " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser la mutation, le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le recyclage foncier ou le renouvellement urbain, de sauvegarder, de restaurer ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels, de renaturer ou de désartificialiser des sols, notamment en recherchant l'optimisation de l'utilisation des espaces urbanisés et à urbaniser ".
6. Il résulte de ces dispositions que les titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, s'ils justifient, à la date à laquelle ils l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, s'ils font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. En outre, la mise en œuvre de ce droit doit, eu égard notamment aux caractéristiques du bien faisant l'objet de l'opération ou au coût prévisible de cette dernière, répondre à un intérêt général suffisant.
En ce qui concerne la motivation des décisions :
7. Il ressort des pièces du dossier que les décisions attaquées mentionnent, d'une part, la construction de la gare de Bécon-les Bruyères et, d'autre part, la réalisation d'une emprise de chantier déportée de 6 500 m2 à proximité immédiate du site de construction. Dans ces conditions, le projet mentionne à la fois un projet d'action et la nature de ce projet. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté comme non fondé.
En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions des articles L. 210- 1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme :
8. Il ressort des pièces du dossier que le droit de préemption a été exercé en vue de permettre la création d'une emprise de chantier nécessaire à la construction de la gare de Bécon-les Bruyères. Un tel projet présente, d'une part, par sa nature, comme par son ampleur et sa consistance, le caractère d'une action ou d'une opération d'aménagement au sens de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme et répond, d'autre part, à un intérêt général suffisant alors, au demeurant, que ne sont pas utilement contestés l'adaptation des biens préemptés au projet et le coût du projet d'aménagement. La circonstance, à la supposer établie, que la Société du Grand Paris ait dans le cadre de la procédure d'enquête publique, postérieurement à l'intervention des décisions contestées, retenue d'autres options pour installer cette emprise de chantier déportée est sans influence sur la légalité de ces décisions qui doit être appréciée à leur date d'édiction.
En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions de l'article 1.1 de la zone UA du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Courbevoie :
9. La société requérante fait valoir que la création d'une emprise de chantier sur les parcelles qui sont l'objet des décisions de préemption contestées méconnaitrait l'article 1.1 de la zone UA du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Courbevoie qui dispose que " sont interdits () Les dépôts à l'air libre de ferrailles, de matériaux, de combustibles solides, ainsi que les activités de démantèlement d'épaves et la transformation de matériaux de récupération ". Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire n'interdit l'exercice du droit de préemption en vue de la réalisation d'un projet qui ne serait pas conforme au plan local d'urbanisme en vigueur à la date de la décision de préemption. Par suite, à la supposer établie, la circonstance que la nature du projet fondant les décisions serait incompatible avec les dispositions du plan local d'urbanisme de la commune de Courbevoie est sans incidence sur sa légalité. Le moyen doit, dès lors, être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la société Stelma V n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions D 2020-22 et D 2020-24 de la Société Grand Paris du 13 novembre 2020.
Sur les frais d'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la Société du Grand Paris, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Stelma V demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Stelma V la somme demandée par la Société du Grand Paris au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de société Stelma V est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Stelma V, à la Société du Grand Paris, aux consorts B et aux consorts A.
Délibéré après l'audience du 22 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Buisson, président ;
- Mme Garona, première conseillère ;
- M. Ausseil, conseiller ;
assistés de Mme Duroux, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
M. Ausseil
Le président
signé
L. BuissonLa greffière,
signé
C. Duroux
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2100553
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026