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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2100641

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2100641

lundi 7 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2100641
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantNOMBRET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 janvier 2021 et le 25 novembre 2021, M. A C, représenté par Me Nombret, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, à titre rétroactif, et de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement de cette somme à son profit.

Il soutient que :

- la décision en litige n'est pas motivée ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien de vulnérabilité préalablement à son édiction ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 20 de la directive 2013/UE du 26 juin 2013 ainsi que la décision du Conseil d'Etat n° 428530 dès lors qu'il présente des facteurs de vulnérabilité importants et n'a manqué qu'un rendez-vous ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, notamment en raison de sa particulière vumnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, à titre principal, que la requête est irrcevable dès lors que la décision implicite attaquée n'existe pas et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une décision du 8 février 2021, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de relations entre le public et l'administraton ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Féral, Président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique :

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant afghan né le 5 mars 1982, a présenté une demande d'asile enregistrée en procédure dite " Dublin " le 18 septembre 2017. Le même jour, il a accepté l'offre de prise en charge proposée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Le 2 mars 2018, il a été déclaré en fuite. Par un courrier en date du 6 mars 2018, l'OFII l'a informé de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et, en avril 2018, a procédé à cette suspension. A l'expiration du délai de transfert vers l'Etat responsable de sa demande d'asile, M. C s'est présenté auprès des srevices prefctoraux et sa demande demande d'asile a été requalifiée, le 30 juillet 2020, en procédure normale. Par courriel du 14 septembre 2020 l'intéressé a sollicité auprès de l'OFII le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'acceuil précédemment suspendues. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, née du silence gardé par l'OFII sur cette demande.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Si M. C sollicite, dans le cadre de sa requête, son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il ressort des pièces du dossier que son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été prononcée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise en date du 8 février 2021. Dès lors, ses conclusions tendant à ce que le tribunal l'admette à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n'y a, par suite, pas lieu de statuer dessus.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par l'Office français de l'immigration et de l'intégration :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 231-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le silence gardé pendant deux mois par l'administration sur une demande vaut décision d'acceptation. " ; de plus, aux termes de l'article L. 231-4 du même code : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : () / 2° Lorsque la demande ne s'inscrit pas dans une procédure prévue par un texte législatif ou réglementaire () ".

4. D'autre part, si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'OFII, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait conenti au momentde l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C a présenté une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil par courriel le 14 septembre 2020 auprès des services de l'OFII. Il ressort des termes mêmes de ce courriel que l'intéressé indiquait qu'il se trouvait dans une situation de vulnérabilité " extrême, particulièrement intenable " et dans une situation psychologique difficile sans toutefois fournir aucun élément concret sur cette situation et précisait que l'OFII n'avait jamais procédé à une quelconque évaluation de sa vulnérabilité et n'avait pas davantage procédé à un entretien afin d'évaluer sa situation avant de procéder à la suspension de ses conditions matérielles d'accueil. L'OFII, alors qu'elle n'y était pas tenue, l'a convoqué, dans le délai de deux mois de naissance d'une décision implicite de rejet de sa demande, à un entretien le 13 octobre 2020 dans les locaux de la direction territoriale de l'OFII de Montrouge afin de pouvoir instruire sa demande de rétablissement en disposant des éléments nécessaires pour apprécier sa vulnérabilité alléguée au moment de la demande. Il n'est pas contesté par l'intéressé qu'il ne s'est pas rendu à cet entretien. Suite à un courriel en date du 2 décembre 2020 de son conseil, l'OFII lui a indiqué qu'il ne s'était pas présenté au premier entretien nécessaire pour évaluer sa situation et l'a informé qu'elle le convoquerait pour un nouvel entretien, démontrant ainsi qu'elle n'avait pas encore statué sur la demande dont elle était saisie et qu'elle souhaitait prolonger le délai d'instruction de la demande afin de bénéficier des éléments relatifs à la vulnérabilité alléguée. Il est constant que cet entretien s'est déroulé le 8 décembre 2020. Dans ces conditions, le point de départ du délai de naissance d'une décision implicite n'a pu commencer à courir qu'à compter de la date de l'entretien du 8 décembre 2020, date à laquelle l'OFII doit être regardée comme ayant bénéficié de l'ensemble des éléments lui permettant se prononcer sur la demande de rétablissement dont elle était saisie et notamment d'apprécier la condition tenant à la vulnérabilité du requérant et à ses besoins en matière d'accueil. Ainsi, lorsque l'OFII a décidé du rétablissement des conditions matérielles d'accueil au bénéfice de M. C à la date non contestée du 1er février 2020, le délai de naissance d'une décision implicite n'était pas encore arrivé à expiration. En conséquence, et ainsi que le fait valoir en défense l'OFII, aucune décision implicite de rejet de la demande de rétablissement présentée par M. C n'est jamais née. Par suite, les conclusions du requérant tendant à l'annulation de cette décision implicite sont irrecevables et la fin de non-recevoir opposée par l'OFII en défense doit être accueillie.

6. Par voie de conséquence, les autres conclusions de la requête présentées à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être également rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. C.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 23: Le présent jugement sera notifié à M. A C et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 14 octobre à laquelle siégeaient :

M. Féral, président,

M. B et M. D, premiers conseillers,

assistés de Mme Khalfaoui, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

R. Féral

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

S. B

La greffière,

signé

M. E

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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