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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2100829

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2100829

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2100829
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCABINET MONCONDUIT ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires enregistrés les 18 janvier 2021, 10 mars 2022, 16 mars 2022, 17 mars 2022, 7 juin et 13 juin 2023, M. A B, représenté par Me Monconduit, demande au tribunal à titre principal :

1°) d'annuler les décisions du préfet du Val-d'Oise en date du 21 août 2020 portant refus de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de son fils et la décision de rejet en date du 17 novembre 2020 de son recours gracieux contre ces deux décisions ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent d'accorder le bénéfice du regroupement familial à son épouse, Mme C D épouse B, et à son fils mineur, F B, de délivrer en conséquence à Mme C D épouse B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et dans l'attente de ce titre, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de son fils ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions portant refus de regroupement familial méconnaissent les dispositions des articles L. 211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit, d'une erreur de qualification juridique des faits et d'un défaut d'examen de la situation globale de la famille ; le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée quant à l'appréciation de la condition de résidence hors de France des membres de famille ;

- ces décisions méconnaissent les dispositions des articles L. 411-5 et L. 411-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur version alors en vigueur ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ; elles ne prennent notamment pas en compte la situation de son fils victime d'un grave AVC et les circonstances exceptionnelles de la pandémie de covid-19 ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 16 avril 2021 et 27 septembre 2022, le préfet du Val d'Oise conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique. :

- le rapport de Mme Coblence, présidente-rapporteure ;

- et les observation de Me Lepage, substituant Me Monconduit, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant turc né le 20 mai 1970, est entré en France le 1er janvier 1993. Il est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2026. Le 8 août 2019, il a formé une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse, Mme C D, née le 1er janvier 1973, et de son fils, E B né le 27 août 2001. Par deux décisions du 21 août 2020, le préfet du Val d'Oise a refusé de faire droit à ces demandes au motif que son épouse et son fils étaient déjà présents en France. Par une décision du 17 novembre 2020, le préfet du

Val d'Oise a également rejeté le recours gracieux formé par le requérant. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler les décisions du 21 août 2020 et du 17 novembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu de rejeter la demande même dans le cas où l'étranger demandeur du regroupement ne justifierait pas remplir l'une des conditions requises tenant aux ressources, au logement ou à la présence anticipée d'un membre de la famille sur le territoire français, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 22 septembre 2026, est marié depuis 1989 avec Mme C D et que celle-ci s'est installée sur le territoire français en 2019 pour rester au chevet de leur fils E A, victime d'un grave accident vasculaire-cérébral au cours d'un séjour touristique en France à l'été 2019, et depuis lors pris en charge dans divers établissements de l'AP-HP notamment puis dans un centre de rééducation. Il n'est pas contesté que M. B remplit les conditions de ressources et de logement pour pouvoir bénéficier du regroupement familial demandé. Dans les circonstances particulières de l'espèce, alors que le jeune F, du fait de son état de santé, a besoin de la présence de ses deux parents à ses côtés, la famille a constitué l'ensemble de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français, et il n'est pas envisageable, au regard de la situation personnelle des intéressés, de reconstituer la cellule familiale dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, et alors même que l'épouse et le fils de M. B résident en France depuis 2019, les décisions par lesquelles le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande de regroupement familial présentée par le requérant au profit de son épouse et de son fils alors mineur ont porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises et ont ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les décisions de refus de regroupement familial du 21 août 2020 doivent être annulées, ainsi, par voie de conséquence, que la décision de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'injonction

6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. "

7. Eu égard au motif d'annulation énoncé ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement que le regroupement familial soit accordé à M. B au bénéfice de son épouse et de son fils. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel du requérant, de reconnaître à Mme C D épouse B et à M. F B, qui était mineur au moment de la demande présentée par son père, le bénéfice du regroupement familial, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à M. B, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1 : Les décisions du préfet du Val-d'Oise du 21 août 2020 et la décision du 17 novembre 2020 par lesquelles celui-ci a rejeté la demande de regroupement familial présentée par M. B au bénéfice de son épouse et de son fils sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel du requérant, de reconnaître à Mme C D épouse B et à M. E A B, qui était mineur au moment de la demande présentée par son père, le bénéfice du regroupement familial dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère,

et Mme Moinecourt, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

La présidente-rapporteure,

signé

E. Coblence

L'assesseure la plus ancienne,

signé

V. FléjouLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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