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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2100840

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2100840

mercredi 19 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2100840
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantSEMAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée sous le n° 2100840 le 19 janvier 2021 et un mémoire enregistré le 9 février 2023, M. E A, représenté par Me Semak, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 11 décembre 2020 par laquelle le directeur territorial de Cergy de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, et lui verser l'allocation de demandeur d'asile, à titre rétroactif à compter du 11 décembre 2020 dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII d'examiner sa demande d'admission dans un lieu prévu à l'article L. 744-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'effectuer une évaluation de sa vulnérabilité conformément aux dispositions de l'article L. 744-6 du même code, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 400 euros toutes taxes comprises, en application de l'articles L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 121-1 du code de relations entre le public et l'administration ainsi que la directive 2013/33/UE ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît l'article 20 de la directive 2013/33/UE ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions relatives au droit à des conditions matérielles d'accueil et l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par des mémoires en défense enregistrés les 12 décembre 2022 et 16 février 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 21 septembre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise.

II. Par une requête enregistrée sous le n° 2100840 le 4 novembre 2021 et un mémoire enregistré le 9 février 2023, M. E A, représenté par Me Semak, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 1er mars 2021 par laquelle le directeur territorial de Cergy de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, et lui verser l'allocation de demandeur d'asile, à titre rétroactif à compter du 1er mars 2021 dans un délai de de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII d'examiner sa demande d'admission dans un lieu prévu à l'article L. 744-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'effectuer une évaluation de sa vulnérabilité conformément aux dispositions de l'article L. 744-6 du même code, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 400 euros toutes taxes comprises, en application de l'articles L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 121-1 du code de relations entre le public et l'administration ainsi que la directive 2013/33/UE ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions relatives au droit à des conditions matérielles d'accueil et l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par des mémoires en défense enregistrés les 13 décembre 2022 et 16 février 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance n° 2100948 du 26 janvier 2021 du juge des référés du tribunal de Cergy-Pontoise ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019, n°s 428530 et 428564 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, ressortissant afghan né le 27 octobre 1993, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 11 janvier 2019 en procédure dite " Dublin " par les services de la préfecture de police de Paris. Le 14 janvier 2019, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et en a bénéficié jusqu'au 4 juillet 2019, date à laquelle elles lui ont été retirées de plein droit sur le fondement des articles L. 744-7 et D. 744-37-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Après avoir été transféré aux autorités suédoises, responsables de sa demande d'asile le 5 août 2019, il a déposé une nouvelle demande d'asile en France qui a été enregistrée le 6 octobre 2020 par les services de la préfecture du Val-d'Oise en procédure dite " Dublin ". Le même jour, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII qui lui a notifié son intention de suspendre le bénéfice de ces conditions. Par un arrêté du 17 novembre 2020, le préfet du Val-d'Oise a prononcé à nouveau son transfert vers la Suède. Le 10 décembre 2020, il a été déclaré en fuite. Par une décision du 11 décembre 2020, le directeur territorial de Cergy de l'OFII lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il a présenté une nouvelle demande d'asile en France après son transfert. Par un courrier du 29 janvier 2021, le directeur territorial de l'OFII de Cergy lui a notifié son intention de suspendre ses conditions matérielles d'accueil avant de suspendre celles-ci par une décision du 1er mars 2021 au motif qu'il n'avait pas respecté son obligation de présentation aux autorités chargées de l'asile. A l'appui des présentes requêtes, M. A demande au tribunal d'annuler les décisions du 11 décembre 2020 et 1er mars 2021.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Le bénéfice de l'aide juridictionnelle a été accordé à M. A par une décision du 21 septembre 2021. Par suite, les conclusions du requérant tendant à ce que soit prononcée son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 11 décembre 2020 :

3. Aux termes de l'article L. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 : " () Le versement de l'allocation prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français dans les conditions prévues aux articles L. 743-1 et L. 743-2 a pris fin ou à la date du transfert effectif vers un autre État si sa demande relève de la compétence de cet État () ".

4. Ainsi qu'il a été dit au point 1, il résulte de l'instruction que M. A a présenté une demande d'asile enregistrée le 11 janvier 2019. Relevant de la procédure dite " Dublin ", il a été transféré aux autorités suédoises, responsables de sa demande d'asile le 5 août 2019. Conformément aux dispositions précitées de l'article L. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce transfert a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. A. Après avoir été réacheminé en Suède, le requérant est revenu sur le territoire français et a présenté une seconde demande d'asile en date du 6 octobre 2020, de nouveau enregistrée selon la procédure dite " Dublin ". Il en résulte que, dès lors que les autorités françaises n'avaient pas décidé d'examiner cette demande, l'OFII était en droit de refuser à M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, sauf s'il était établi que l'État responsable sa demande d'asile avait refusé d'examiner celle-ci.

5. Dans ces conditions et dès lors que, ainsi qu'il a été dit au point précédent, M. A ne bénéficiait plus du versement de l'allocation des conditions matérielles d'accueil depuis le 5 août 2019, date d'exécution de son transfert vers la Suède, le directeur général de l'OFII ne pouvait prendre à son encontre une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil à la suite de son retour sur le territoire français et de l'enregistrement de sa nouvelle demande d'asile le 6 octobre 2020. Par suite, M. A est donc fondé à soutenir que la décision en litige est, pour ce motif, entachée d'une erreur de droit.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 11 décembre 2020.

En ce qui concerne les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 1er mars 2021 :

7. M. A ayant été initialement admis au bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 11 janvier 2019, sa situation est régie par les articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018. Si dans sa décision du 31 juillet 2019, Association La Cimade et autres, n° 428530, 428564, visée ci-dessus, le Conseil d'Etat a jugé que ces articles étaient partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, il a également jugé que, dans l'attente de leur modification par le législateur, il reste néanmoins possible à l'OFII, par une décision motivée, après examen de la situation particulière du demandeur d'asile et après l'avoir mis, sauf impossibilité, en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil lorsqu'il a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

8. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'avant de prendre la décision attaquée suspendant les conditions matérielles d'accueil de M. A, l'OFII devait mettre l'intéressé en mesure de présenter des observations écrites. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que par un courrier en date du 29 janvier 2021, le directeur territorial de l'OFII de Cergy a notifié à M. A son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Ce courrier, qui indiquait qu'il disposait d'un délai de quinze jours pour présenter ses observations, lui a été notifié le 17 février 2021. Dans ces conditions, la décision contestée du 1er mars 2021 a été édictée avant l'expiration du délai dont bénéficiait le requérant pour présenter ses observations et est, en conséquence, entachée d'un vice de procédure, lequel a privé l'intéressé d'une garantie.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 1er mars 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, l'exécution du présent jugement implique seulement que la situation de M. A soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au directeur général de l'OFII de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII le versement d'une somme quelconque sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire présentées par M. A.

Article 2 : Les décisions du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Cergy en date des 23 décembre 2020 et 1er mars 2021 sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. B et M. C, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2023.

Le rapporteur,

signé

J.-B. C

Le président,

signé

R. FéralLa greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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