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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2101474

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2101474

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2101474
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTAJ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 janvier 2021, M. E A, représenté par Me Taj, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2021 par lequel le préfet du Val d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val d'Oise ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans la même condition de délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la fixation du pays de renvoi :

- la décision est illégale par voie d'exception dès lors que le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français sont eux-mêmes illégaux.

Par un mémoire enregistré le 2 avril 2021, le préfet du Val d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gillier, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, ressortissant pakistanais né le 2 février 1981, déclare être entré en France le 1er octobre 2014. Il a sollicité le 16 décembre 2019 un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 13 janvier 2021, le préfet du Val d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme B D, cheffe du bureau du contentieux des étrangers, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin consentie par l'arrêté du préfet du Val-d'Oise n°20-046 du 17 novembre 2020, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

Sur le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, le préfet vise notamment les articles L. 313-10 et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable. Le préfet mentionne également les éléments relatifs à la vie privée et familiale de l'intéressé ainsi qu'à sa situation professionnelle, en considération desquels il a refusé de lui délivrer un titre de séjour. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et contrairement à ce que fait valoir M. A, le préfet n'était pas tenu d'expliciter l'ensemble des éléments relatifs à sa situation. Par suite, le moyen tiré par le requérant de ce que la décision attaquée serait entachée d'une insuffisance de motivation ou de défaut d'examen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il n'est pas mentionné dans l'arrêté en litige que M. A a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement ou qu'il ne justifie pas d'une insertion professionnelle effective et suffisamment stable ni de perspective réelle d'embauche. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, M. A fait valoir qu'il réside habituellement en France depuis le mois d'octobre 2014 et qu'il y travaille depuis le 1er janvier 2015 pour la société Au maharadja du millénaire. Cependant, alors que M. A, qui n'est entré en France qu'à l'âge de 33 ans, ne conteste pas être célibataire et sans charge de famille, la durée de séjour sur le territoire français dont il se prévaut, qui au surplus est remise en cause par la circonstance qu'il s'est vu délivrer un titre de séjour par les autorités italiennes valable de mars 2015 à mars 2016, ainsi que l'insertion professionnelle dont il fait état, ne sont pas suffisantes pour considérer que le préfet aurait commis un erreur de droit ou une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre au séjour à titre exceptionnel sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En quatrième lieu, pour les mêmes raisons que celles exposées au point précédent, le moyen tiré par le requérant, qui ne conteste pas avoir des attaches dans son pays d'origine, où résident ses parents et sa fratrie, de ce que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes du dixième alinéa du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais repris à l'article L. 613-1 : " La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I, sans préjudice, le cas échéant, de l'indication des motifs pour lesquels il est fait application des II et III. ".

8. Dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit au point 3 que la décision portant refus de séjour est suffisamment motivée et que la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée sur son fondement n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte, le moyen tiré par le requérant de ce que la décision attaquée serait entachée d'insuffisance de motivation ou de défaut d'examen particulier doit être écarté.

9. En deuxième lieu, alors qu'il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 6 que les moyens tirés du défaut d'examen de sa situation personnelle, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation dirigés par M. A contre la décision portant refus de séjour doivent être écartés, ces moyens doivent être écartés pour les mêmes raisons en tant qu'ils sont dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En troisième lieu, M. A ne saurait utilement se prévaloir des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au soutien de conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'a ni pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.

Sur la fixation du pays de renvoi :

11. L'illégalité de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné, ne peut qu'être écartée.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet du Val d'Oise.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Huon, président ;

- M. Gillier et M. C, premiers conseillers ;

assistés de Mme Tainsa, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

Le rapporteur,

signé

S. Gillier

Le président,

signé

C. Huon

La greffière,

signé

A. Tainsa

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2101474

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