Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2101660
lundi 15 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2101660 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Debourg, rapporteure.
Considérant ce qui suit :
1. M. B s'est vu attribuer une aide à la mobilité en raison d'une reprise d'activité professionnelle dans une localité éloignée de celle de son domicile. Par un courrier du 10 mars 2020, le directeur de Pôle Emploi lui a notifié un trop-perçu d'un montant de 4 192 euros correspondant à l'aide à la mobilité versée au titre de la période du 2 mai 2019 au 1er juin 2019. Le 11 janvier 2021, Pôle emploi a émis une contrainte à son encontre. Par la présente requête, M. B forme opposition à la contrainte précitée.
Sur les fins de non-recevoir soulevées en défense :
2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours ".
3. Contrairement à ce que fait valoir Pôle Emploi, la requête et le mémoire complémentaire de M. B contiennent l'exposé de moyens et de conclusions. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de l'irrecevabilité de la requête au motif qu'elle méconnaitrait les exigences posées par l'article R. 411-1 précité, ne saurait être accueillie.
Sur la légalité de la contrainte émise le 11 janvier 2021 :
4. Aux termes de l'article L. 5426-8-2 du code du travail : " Pour le remboursement des allocations () indûment versées par Pôle emploi () pour le compte de l'Etat, () le directeur général de Pôle emploi ou la personne qu'il désigne en son sein peut, dans les délais et selon les conditions fixées par voie réglementaire, et après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ". Et aux termes de l'article R. 5426-20 du même code : " La contrainte prévue à l'article L. 5426-8-2 est délivrée après que le débiteur a été mis en demeure de rembourser l'allocation, l'aide ou toute autre prestation indue mentionnée à l'article L. 5426-8-1 ou de s'acquitter de la pénalité administrative mentionnée à l'article L. 5426-6. Le directeur général de Pôle emploi lui adresse, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, une mise en demeure qui comporte le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement ou la date de la pénalité administrative ainsi que, le cas échéant, le motif ayant conduit à rejeter totalement ou partiellement le recours formé par le débiteur. Si la mise en demeure reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, le directeur général de Pôle emploi peut décerner la contrainte prévue à l'article L. 5426-8-2 ".
5. Il résulte de ces dispositions qu'une contrainte peut être émise par Pôle Emploi pour le recouvrement d'un indu, notamment d'allocation de solidarité spécifique, si la mise en demeure de rembourser cet indu est restée sans effet dans le délai d'un mois de sa notification. Toutefois, lorsque Pôle Emploi accorde à l'allocataire un délai supplémentaire pour rembourser sa dette ou pour en solliciter l'échelonnement, il ne saurait émettre une telle contrainte avant l'expiration de ce délai supplémentaire qu'il a lui-même accordé.
6. En l'espèce, si Pôle Emploi se borne à indiquer, de manière erronée, qu'il n'est pas contesté qu'une mise en demeure avant poursuites a été notifiée à l'intéressé le 3 août 2020, l'administration ne produit ni le courrier de mise en demeure, ni la preuve de réception de cette mise en demeure. Par conséquent, M. B est fondé à soutenir que l'administration ne pouvait pas émettre la contrainte contestée en l'absence de mise en demeure préalable.
7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir tirée de ce que l'intéressé n'était pas recevable à contester le bien-fondé de la créance en l'absence d'un recours administratif préalable obligatoire, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la contrainte émise le 11 janvier 2021 doit être annulée.
Sur les frais liés au litige :
8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
9. D'une part, M. B ne justifie pas avoir exposé des frais au titre de la présente instance, dès lors ses conclusions tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de Pôle Emploi à ce titre ne peuvent qu'être rejetées. En outre, le requérant ne peut se prévaloir des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile, inapplicables devant les juridictions administratives.
10. D'autre part, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions formulées de M. B sont sans objet et doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La contrainte émise par Pôle Emploi le 11 janvier 2021 en vue du recouvrement de la somme de 4 192 euros est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et à France Travail Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 21 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Beaufaÿs, président ;
Mme Colin, première conseillère ;
Mme Debourg, conseillère ;
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.
La rapporteure,
signé
T. Debourg
Le président,
signé
F. Beaufaÿs
La greffière,
signé
H. Mofid
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation, la greffière.
N°2101660