jeudi 26 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2101686 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | AMRANE |
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Debourg, rapporteure,
- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 18 novembre 2019, les services de police du Val-d'Oise ont effectué un contrôle sur un chantier de rénovation et de construction d'un bâtiment exploité par la SARL PDR. Ils ont constaté la présence de quatre ressortissants algériens dépourvus de titre les autorisant à travailler et à séjourner en France. Par une décision du 17 septembre 2020, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a appliqué à la SARL PDR la contribution spéciale pour un montant de 72 400 euros en application des dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail, et la somme de 8 496 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement, en application des dispositions de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par décision du 8 décembre 2020, le directeur de l'OFII a rejeté son recours gracieux formé contre ces décisions. Des titres de perception ont été émis les 21 octobre 2020 et 5 novembre 2020 pour recouvrer les sommes en cause. La SARL a formé des réclamations préalables à l'encontre de ces titres de perception le 23 novembre 2020 et le 29 décembre 2020. Le silence de l'administration a fait naître des décisions implicites de rejet. Par les requêtes n°2101686 et 2102176, la SARL PDR demande l'annulation des décisions des 17 septembre et 8 décembre 2020 ainsi que la décharge des sommes réclamées. Par les requêtes n°2109144 et n°2109195, la société requérante demande l'annulation des décisions implicites rejetant ses réclamations préalables du 23 novembre 2020 et du 29 décembre 2020 et les titres de perception émis respectivement le 21 octobre 2020 relatif au recouvrement de la contribution spéciale et le 5 novembre 2020 relatif au recouvrement de la contribution forfaitaire.
Sur la radiation de la requête n° 2102176 :
2. La requête enregistrée sous le n°2102176 constitue un doublon de la requête présentée par la SARL PDR enregistrée sous le numéro 2101686. Il y a lieu, par suite, de radier la requête n°2102176 des registres du greffe du tribunal pour la joindre à la requête n°2101686 sur laquelle il est statué par le présent jugement.
Sur la jonction des requêtes n°s 2101686, 2109144 et 2109195:
3. Les requêtes enregistrées dans les instances n°2101686, 2109144 et 2109195 ont été introduites par la même société requérante et présentent à juger des questions semblables, qui ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement.
Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense s'agissant de la requête n°2101686 :
4. En défense, l'OFII soutient que la requêtes n°2101686 est irrecevable dès lors que les décisions litigieuses prises les 17 septembre 2020 et 8 décembre 2020 ne sont pas produites à l'instance. Toutefois, il résulte de l'instruction que les décisions litigieuses ont bien été produites par la société requérante. Par suite, la fin de non-recevoir doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :
5. D'une part, aux termes de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article
L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () ".
6. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat () ". Aux termes de l'article L. 8271-17 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Outre les agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés à l'article L. 8112-1, les agents et officiers de police judiciaire, les agents de la direction générale des douanes sont compétents pour rechercher et constater, au moyen de procès-verbaux transmis directement au procureur de la République, les infractions aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler et de l'article L. 8251-2 interdisant le recours aux services d'un employeur d'un étranger non autorisé à travailler. () ". Aux termes de l'article R. 8253-3 du même code : " Au vu des procès-verbaux qui lui sont transmis en application de l'article L. 8271-17, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration indique à l'employeur, par lettre recommandée avec avis de réception ou par tout autre moyen permettant de faire la preuve de sa date de réception par le destinataire, que les dispositions de l'article L. 8253-1 sont susceptibles de lui être appliquées et qu'il peut présenter ses observations dans un délai de quinze jours ". Enfin, l'article R. 8253-4 de ce code dispose : " A l'expiration du délai fixé, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration décide, au vu des observations éventuelles de l'employeur, de l'application de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1, la liquide et émet le titre de perception correspondant. ".
7. Si ni les articles L. 8253-1 et suivants du code du travail, ni l'article L. 8271-17 du même code ne prévoient expressément que le procès-verbal constatant l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler en France, et fondant le versement de la contribution spéciale, soit communiqué au contrevenant, le respect du principe général des droits de la défense suppose, s'agissant des mesures à caractère de sanction, ainsi d'ailleurs que le précise désormais l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, entré en vigueur le 1er janvier 2016, que la personne en cause soit informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et mise à même de demander la communication des pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus. Par suite, l'OFII est tenu d'informer l'intéressé de son droit de demander la communication du procès-verbal d'infraction sur la base duquel ont été établis les manquements qui lui sont reprochés.
8. En l'espèce, il est constant que le courrier du 29 juin 2020 par lequel l'OFII a avisé la SARL PDR de son intention de mettre à sa charge une contribution spéciale et une contribution forfaitaire ne précisait pas que la société avait la possibilité de solliciter la communication du procès-verbal du 18 novembre 2019 sur lequel l'OFII s'était fondé pour prononcer les sanctions contestées. Si un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de celle-ci ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie, le vice de procédure tiré de cette absence d'information préalable de la SARL PDR est bien de nature à l'avoir privée d'une garantie et constitue, dès lors, une irrégularité de nature à entacher la légalité de la décision attaquée.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que la SARL PDR est fondée à demander l'annulation de la décision de l'OFII du 17 novembre 2020, ensemble la décision du 8 décembre 2020 rejetant son recours gracieux, ainsi que des titres de perception émis les 21 octobre et 5 novembre 2020 pour le recouvrement de la somme de 72 400 euros au titre de la contribution spéciale et de la somme de 8 496 euros au titre de la contribution forfaitaire qui se trouvent dépourvus de base légale, ensemble les décisions implicites rejetant ses réclamations préalables formulées les 23 novembre et 29 décembre 2020. Il y a lieu, par voie de conséquence, de prononcer la décharge des sommes mentionnées mises à sa charge.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII les sommes réclamées par la SARL PDR au titre des frais exposés par elle au titre de l'instance n° 2101686 susvisée et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La production enregistrée sous le n°2102176 est radiée des registres du greffe pour être jointe à la requête n°2101686.
Article 2 : Les décisions du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 17 septembre 2020 et du 8 décembre 2020 sont annulées.
Article 3 : Les titres de perception émis les 21 octobre 2020 et 5 novembre 2020 à l'encontre de la SARL PDR, ensemble les décisions implicites de rejet de ses réclamations préalables formulées le 23 novembre 2020 et le 29 décembre 2020, sont annulés.
Article 4 : La SARL PDR est déchargée de l'obligation de payer les sommes de 72 400 euros au titre de la contribution spéciale et de 8 496 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2101686 est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la SARL PDR, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Le Griel, présidente ;
Mme Colin, première conseillère ;
Mme Debourg, conseillère ;
assistées de Mme Pradel, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.
La rapporteure,
signé
T. Debourg
La présidente,
signé
H. Le Griel
La greffière,
signé
E. Pradel
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation, la greffière.
N°2101686, 2102176, 2109144 et 2109195
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026