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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2101712

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2101712

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2101712
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantTIHAL NADIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 février 2021, M. D, représenté par Me Thial, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 2 décembre 2020 par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement ;

2°) d'enjoindre à cette commission de reconnaitre le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement locatif social ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision en litige procède d'une erreur manifeste d'appréciation pour lui opposer l'impossibilité pour la commission de se prononcer en connaissance de cause, alors qu'elle disposait des informations nécessaires ;

- la diminution du nombre de ses enfants à charge résulte du départ du foyer d'un de ses fils ;

- il souffre d'insuffisance respiratoire nécessitant que son logement soit desservi par un ascenseur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la décision de la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation,

- l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 20 décembre 2007,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique du 1er septembre 2022, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D a saisi le 22 juillet 2020 la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine d'un recours tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue prioritaire et urgente en application du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 2 décembre 2020, la commission a rejeté son recours. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux () ". L'article L. 441-2-3 du même code dispose que : " II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, () est logé dans des locaux manifestement sur-occupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap () ". Ces dispositions sont précisées par celles de l'article R. 441-14-1 du même code, qui disposent que : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement () en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; () - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret.". Enfin, le délai prévu à l'article L. 441-1-4 a été fixé, au regard des circonstances locales du département des Hauts-de-Seine, à quatre ans par arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 20 décembre 2007.

3. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande. Toutefois, dans le cas particulier d'une personne se prévalant uniquement du fait qu'elle a présenté une demande de logement social et n'a pas reçu de proposition adaptée dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation, la commission peut légalement tenir compte de la circonstance que l'intéressé dispose déjà d'un logement. Elle ne peut toutefois légalement opposer ce motif que si le logement occupé est adapté à ses besoins. Pour apprécier si le logement occupé est adapté aux besoins du demandeur, il y a lieu de prendre en compte, d'une part, ses caractéristiques, le montant de son loyer et sa localisation, d'autre part, tous éléments relatifs aux occupants du logement, comme une éventuelle situation de handicap, qui sont susceptibles de le rendre inadapté aux besoins du demandeur.

4. Pour rejeter le recours amiable de M. D, la commission de médiation a estimé qu'elle ne pouvait se prononcer en connaissance de cause au regard des incohérences de la composition familiale du demandeur dont la demande de logement social mentionnait deux enfants alors que le recours amiable ne faisait apparaître qu'un enfant à charge.

5. Il est constant que M. D a présenté une demande de logement social le 22 avril 2004 laquelle mentionnait deux enfants à charge, dont il est établi par la production du livret de famille qu'ils étaient respectivement âgés de 11 ans et 5 ans à la date de cette demande, pour être nés le 11 décembre 1993 et le 23 août 1999. Il ressort également des pièces du dossier que M. D a déclaré à l'appui de l'attestation de renouvellement régional de sa demande de logement social en date du 24 juin 2020 que son foyer ne comptait plus que trois personnes. Le préfet des Hauts-de-Seine n'allègue pas que la commission aurait sollicité de M. D des justifications complémentaires quant à la modification du nombre de ses enfants à charge qui, contrairement à ce qu'il indique à travers ses écritures en défense, ressortait déjà du formulaire de renouvellement de demande de logement social du 24 juin 2020. Par ailleurs, une telle modification apparaît cohérente au regard du délai de 16 ans s'étant écoulé entre le dépôt de la demande initiale de logement et le recours amiable, compte tenu des dates de naissance des enfants. Il suit de là qu'il ressort des pièces du dossier que la commission, qui n'a pas jugé utile d'interroger M. D, disposait des informations lui permettant de statuer en connaissance de cause. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée qui rejette son recours amiable faute d'informations suffisantes quant à la modification de son foyer procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler la décision attaquée du 2 décembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

8. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement qu'il soit procédé à un réexamen de la demande de M. D en vue d'une nouvelle décision qui devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de procédure :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, le versement à M. D de la somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La décision de la commission de médiation des Hauts-de-Seine du 2 décembre 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de la situation de M. D dans un délai de deux mois courant à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à verser à M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Jugement rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

C. C

La greffière,

signé

M-J. AmbroiseLa République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°210171

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