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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2101950

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2101950

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2101950
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre
Avocat requérantCABINET GOURDAIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 février 2021 et 11 février 2022, le centre hospitalier de Jonzac, représenté par Me Drouineau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de Pôle emploi du le 5 janvier 2021, rejetant sa demande préalable d'indemnisation tendant au versement de la somme de 66 865,06 euros en réparation du préjudice qu'il a subi en raison du manquement de Pôle emploi à ses obligations contractuelles ;

2°) de condamner Pôle emploi à lui verser la somme de 66 865,06 euros en réparation du préjudice subi ;

3°) de mettre à la charge de Pôle emploi, la somme de 2 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité contractuelle pour faute de Pôle emploi est engagée dès lors que celui-ci a méconnu les stipulations de l'article 2 de la convention de gestion conclue le 16 novembre 2015 ; il a fait une application erronée des dispositions des articles L. 5424-2, R. 5424-2 , R. 5424-3 à R. 5424-5 du code du travail et de l'article 25 de l'arrêté du 15 juin 2011 portant agrément de la convention du 6 mai 2011 relative à l'indemnisation du chômage et de son règlement général annexé dès lors que l'agent concerné avait démissionné et a occupé immédiatement un emploi en Suisse ce qui correspond à la dernière période d'activité accomplie ; il a méconnu la circulaire n°2010-23 du 17 décembre 2010 de l'UNEDIC en retenant à tort 589 jours travaillés au titre de la réglementation de l'assurance chômage sur la période d'affiliation fixée de décembre 2015 à mars 2018, alors que l'agent n'a travaillé que 4 mois au centre hospitalier, il n'a pas respecté le critère de la recherche d'emploi défini par l'accord d'application n°12 du 14 avril 2017 de l'UNEDIC.

Par des mémoires, enregistrés les 21 octobre 2021 et 4 avril 2022, Pôle emploi devenu France travail, représenté par Me Gourdain, conclut au rejet de la requête et demande à ce que soit mis à la charge du centre hospitalier de Jonzac la somme de 2 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens du procès.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord d'application n°12 du 14 avril 2017 de l'UNEDIC, pris pour l'application de l'article 46 du règlement général annexé à la convention du 14 avril 2017 relative à l'assurance chômage ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jacquelin, rapporteur ;

- et les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Boukila, substituant Me Drouineau, représentant le Centre hospitalier de Jonzac.

Considérant ce qui suit :

1. Pôle emploi et le centre hospitalier de Jonzac, ont signé une convention de gestion le 16 novembre 2015, afin de confier à Pôle emploi la gestion de l'assurance chômage de son personnel. Mme A, infirmière au centre hospitalier de Jonzac, a été placée en disponibilité à compter du 27 août 2006. L'intéressée pendant sa période de disponibilité a exercé en Suisse au cours de la période de février 2009 à juillet 2016. Elle a été réintégrée au centre hospitalier de Jonzac le 1er septembre 2016. Elle a été radiée des cadres à compter du 31 décembre 2016 pour démission. A la suite de cette démission, elle a exercé à nouveau en Suisse du 1er janvier 2017 au 31 mars 2018. Après un premier refus, Pôle emploi, par décision du 25 mars 2019 rendue après décision favorable de l'instance paritaire régionale, a ouvert les droits à l'allocation d'aide au retour au profit de cet agent, soit un droit à indemnisation sur 730 jours calendaires retenant comme période d'affiliation, la période du 1er décembre 2015 au 31 mars 2018. Par demande préalable du 9 novembre 2020, le centre hospitalier de Jonzac a demandé à Pôle emploi de lui verser la somme de 66 685, 06 euros correspondant aux sommes dont il s'est acquitté auprès de Pôle emploi au titre la gestion des droits à l'allocation de retour à l'emploi de l'agent concerné. Par décision du 5 janvier 2021, Pôle emploi a rejeté sa demande. Par la présente requête, le centre hospitalier de Jonzac demande la condamnation de Pôle emploi à lui verser cette somme en réparation du préjudice subi du fait de la méconnaissance de ses obligations contractuelles.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision du 5 janvier 2021, par laquelle le directeur général de Pôle emploi, a rejeté la demande indemnitaire du centre hospitalier de Jonzac en date du 9 novembre 2020, a eu pour seul effet de lier le contentieux et a donné à l'ensemble de sa demande le caractère d'un recours de plein contentieux, ce dont il résulte que le centre hospitalier de Jonzac ne peut utilement demander l'annulation de cette décision.

Sur la responsabilité contractuelle pour faute de Pôle emploi :

3. Aux termes de l'article L.5424-1 du code du travail dans sa rédaction applicable en l'espèce : " ont droit à une allocation d'assurance, lorsque leur privation d'emploi est involontaire ou assimilée à une privation involontaire ou en cas de cessation d'un commun accord de leur relation de travail avec leur employeur, et lorsqu'ils satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 : 1° Les agents fonctionnaires et non fonctionnaires de l'Etat et de ses établissements publics administratifs, les agents titulaires des collectivités territoriales ainsi que les agents statutaires des autres établissements publics administratifs ainsi que les militaires () ". Aux termes de l'article L. 5424-2 du code du travail dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Les employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1 assurent la charge et la gestion de l'allocation d'assurance. Ceux-ci peuvent, par convention conclue avec Pôle emploi, pour le compte de l'organisme mentionné à l'article L. 5427-1, lui confier cette gestion ".

4. Aux termes de l'accord d'application n°12 du 14 avril 2017 de l'UNEDIC, pris pour l'application de l'article 46 du règlement général annexé à la convention du 14 avril 2017 relative à l'assurance chômage : " Cas de départ volontaire d'un emploi précédemment occupé : une ouverture de droit aux allocations ou un rechargement ou une reprise des droits peut être accordé au salarié qui a quitté volontairement son emploi, et dont l'état de chômage se prolonge contre sa volonté, sous réserve que les conditions suivantes soient réunies : a) l'intéressé doit avoir quitté l'emploi au titre duquel les allocations lui ont été refusées, depuis au moins 121 jours ou lorsqu'il s'agit d'une demande de rechargement des droits au titre de l'article 28, avoir épuisé ses droits depuis au moins 121 jours ; b) il doit remplir toutes les conditions auxquelles le règlement général annexé subordonne l'ouverture d'une période d'indemnisation, à l'exception de celle prévue à l'article 4 e) ; c) il doit enfin apporter des éléments attestant ses recherches actives d'emploi, ainsi que ses éventuelles reprises d'emploi de courte durée et ses démarches pour entreprendre des actions de formation. "

5. Et selon la convention de gestion conclue le 16 novembre 2015 par le centre hospitalier de Jonzac et Pôle emploi , dans son article 2 : " Pôle emploi gère, pour le compte de l'employeur, les prestations suivantes () L'examen des droits () les décisions d'attribution () des demandes d'allocations () le calcule et le versement () de l'allocation d'aide au retour à l'emploi () Pôle emploi réalise ces activités en fonction des dispositions législatives, réglementaires et conventionnelles en vigueur (). " Pôle emploi examine et statue, pour le compte de l'employeur, sur les cas individuels relevant de l'accord d'application n°12 pris pour l'application de l'article 48 du règlement de l'assurance chômage. ".

6. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que les agents visés au 2° de l'article L. 5424-1 du code du travail ayant quitté volontairement leur emploi et dont l'état de chômage se prolonge contre leur volonté, en dépit de démarches actives de recherche d'emploi, ont droit à l'allocation d'aide au retour à l'emploi dès lors qu'ils satisfont à l'ensemble des conditions prévues aux a), b) et c) des stipulations du paragraphe 1 de l'accord précité.

7. En l'espèce, Mme A a travaillé en Suisse du 1er février 2009 au 31 juillet 2016, alors qu'elle était placée en position de disponibilité par son administration d'origine. Ainsi qu'il a été rappelé au point 1 de ce jugement, elle a réintégré son corps au centre hospitalier de Jonzac du 1er septembre 2016 jusqu' au 31 décembre 2016, date à laquelle elle a été radiée des cadres pour démission. Il résulte également de l'instruction que cet agent a repris une activité salariée en Suisse du 1er janvier 2017 au 31 mars 2018. De retour en France, elle s'est inscrite à Pôle emploi. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme A justifiait remplir l'une des conditions, lesquelles sont cumulatives, fixées au 1er de l'accord d'application n° 12 précitées à savoir sa recherche effective et permanente d'emploi. Il s'ensuit et nonobstant la décision favorable de l'instance paritaire régionale, dont il ne résulte d'aucun texte ni principe général du droit que cet organe dispose d'un pouvoir discrétionnaire dans le droit à l'ouverture de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, que Pôle emploi a commis une faute de nature à engager sa responsabilité contractuelle en ne respectant pas les stipulations précitées. Il s'ensuit que le centre hospitalier de Jonzac est fondé à rechercher la responsabilité contractuelle pour faute de Pôle emploi et demander la réparation du préjudice en résultant.

Sur les préjudices :

8. Le centre hospitalier de Jonzac, se prévaut d'un préjudice financier, estimé à 66 865,06 euros, correspondant aux sommes versées, à Mme A du mois de mars 2019 à septembre 2020 au titre de l'allocation d'aide au retour à l'emploi. Ce préjudice est en lien direct et certain avec la faute commise par Pôle emploi devenu France Travail dans l'exécution de la convention de gestion conclue avec le centre hospitalier de Jonzac. Par suite, le centre hospitalier de Jonzac est fondé à demander la condamnation de Pôle emploi à lui verser la somme de 66 865,06 euros, non contestée en son montant, en réparation de ce chef de préjudice.

Sur les frais du litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du centre hospitalier de Jonzac, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que France travail demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de France travail la somme de 1 500 euros à verser au centre hospitalier de Jonzac au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : France travail est condamné à verser au centre hospitalier de Jonzac la somme de 66 865,06 euros.

Article 2 : France travail versera au centre hospitalier de Jonzac la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par France travail sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au centre hospitalier de Jonzac et à France travail Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

M. Jacquelin, premier conseiller ;

Mme Debourg, conseillère ;

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

G. Jacquelin

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

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