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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2102074

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2102074

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2102074
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 février 2021, M. A B, représenté par Me de Sèze, avocat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision, en date du 21 janvier 2021, par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a prononcé la suspension de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, avec effet depuis le mois de décembre 2019, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 200 euros à verser, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à Me de Sèze, qui sera autorisé à en percevoir directement le recouvrement.

M. B soutient que la décision contestée :

- est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- est intervenue sur une procédure irrégulière, compte tenu de l'absence de prise en compte de sa vulnérabilité ;

- méconnaît l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 novembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par M. B n'est fondé.

Par un mémoire enregistré le 7 novembre 2022, M. B, représenté par Me de Sèze, maintient l'ensemble de ses moyens et précise qu'il n'a jamais en connaissance de la convocation du 3 juin 2019.

Par une décision en date du 11 avril 2022, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, demandeur d'asile de nationalité afghane, conteste la décision, en date du 21 janvier 2021, par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a prononcé la suspension de ses conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. La décision dont l'annulation est demandée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

** Il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy n'aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la situation du requérant avant de prendre la décision contestée.

** Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision contestée : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. / Lors de l'entretien, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale () ".

** Lorsqu'il prononce la suspension des conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas tenu de procéder à un nouvel entretien de vulnérabilité avec le demandeur d'asile. En défense, l'Office français de l'immigration et de l'intégration soutient et justifie que lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile, le 7 septembre 2018, M. B a pu bénéficier d'un entretien " par un agent formé spécifiquement et dans une langue qu'il comprend " au cours duquel sa situation a été évaluée, que cet examen n'a pas mis en lumière d'éléments particuliers de vulnérabilité et que sur une échelle de 0 à 3, la vulnérabilité de M. B a été estimée à 1 par l'agent de l'Office ayant réalisé l'entretien. L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait également valoir qu'il a été procédé au réexamen de la situation du requérant lors d'un entretien individuel le 30 novembre 2020 au cours duquel M. B a fait part de problèmes de santé - ce qu'il n'avait pas fait lors de l'entretien du 7 septembre 2018 - et qu'un " kit santé " lui a été remis mais qu'il n'a communiqué aucun certificat médical. M. B ne conteste pas utilement les faits ainsi exposés en se bornant à soutenir qu'il a demandé la remise d'un " kit santé " et " un certificat médical confidentiel à faire remplir par son médecin ", dès lors qu'il n'établit pas ni même n'allègue avoir fourni à l'Office français de l'immigration et de l'intégration un tel certificat. Il suit delà que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision dont il demande l'annulation a été prise sur une procédure irrégulière ou que sa vulnérabilité n'a pas été examinée avant son édiction.

** Si M. B, qui est né le 22 septembre 1997, joint à sa requête deux certificats médicaux, celui d'un psychiatre, qui indique que " l'état de santé de M. B nécessite qu'il garde son logement " et celui d'un médecin généraliste en date du 3 janvier 2020, qui indique que " l'état de santé de M. B nécessite un suivi médical régulier ", ceux-ci, eu égard à leur imprécision, ne suffisent pas à établir que l'intéressé se trouvait dans une situation de particulière vulnérabilité à la date de la décision contestée.

** Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile, applicable en l'espèce : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être ; / 1° Suspendu, si, sans motif légitime, le demandeur d'asile () n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités () ".

** L'Office français de l'immigration et de l'intégration soutient que, dans le cadre de la procédure Dublin, M. B ne s'étant pas présenté aux convocations en préfecture a été déclaré en fuite. Il ressort des pièces du dossier, notamment du compte rendu de l'entretien du 30 novembre 2020, que le requérant ne s'est pas présenté à au moins deux rendez-vous - les 3 juin 2019 et 25 septembre 2020 - et qu'il a déclaré être resté trois ans en Suède et refusé le transfert dans ce pays " de peur de l'expulsion en Afghanistan ". Dans ces conditions, et alors même qu'il conteste, dans son mémoire en réplique, avoir eu connaissance de la convocation du 3 juin 2019, M. B doit être regardé comme n'ayant pas respecté, sans motif légitime, l'obligation de se présenter aux autorités. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, dès lors, être écarté.

** Il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy aurait commis une erreur d'appréciation en prenant la décision contestée.

*** Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

*** Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de M. B ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

*** Les dispositions législatives visées ci-dessus font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, M. Prost, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

signé

F.-X. PROSTLa greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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