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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2102075

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2102075

lundi 16 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2102075
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre (JU)
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 février 2021, et un mémoire complémentaire enregistré le 30 avril 2021, M. A B, représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48SI " en date du 8 janvier 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points afférentes aux infractions constatées les 23 octobre 2015, 12 janvier 2016, 21 février 2016, 19 janvier 2017, 6 février 2017, 14 août 2015, 16 juillet 2017, 15 novembre 2017, 15 mai 2019, 20 septembre 2019, 28 septembre 2018,

3 octobre 2019 et 6 février 2020 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de points sur son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions présentées par l'Etat sur ce même fondement.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu les informations prévues par les articles L. 223-3 et R.223-3 du code de la route avant l'intervention des décisions de retrait de points ;

- il n'est pas établi que l'infraction constatée le 14 août 2015 soit devenue définitive en l'absence de sanction pénale motivée ;

- il n'est pas l'auteur de certaines des infractions qui lui sont reprochées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2021, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que les points retirés à la suite des infractions constatées les 21 février 2016, 16 juillet 2017, 15 novembre 2017 et 20 septembre 2019 ont été restitués.

Par un courrier du 11 juillet 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tenant à l'annulation des décisions de retrait de points suite aux infractions commises les 21 février 2016, 16 juillet 2017, 15 novembre 2017 et 20 septembre 2019 dès lors que les points en litige ont été restitués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Coblence, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Coblence a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'infractions au code de la route, le ministre de l'intérieur a retiré des points au capital affecté au permis de conduire de M. B. Après avoir constaté que le nombre de points de ce permis de conduire, initialement crédité de douze points, était nul, le ministre de l'intérieur a, par décision " 48SI " du 8 janvier 2021, prononcé l'invalidation de ce permis et ordonné à M. B de restituer son titre de conduite. M. B demande l'annulation des retraits de points prononcés suite aux infractions constatées les 23 octobre 2015, 12 janvier 2016, 21 février 2016, 19 janvier 2017, 6 février 2017, 14 août 2015, 16 juillet 2017, 15 novembre 2017, 15 mai 2019, 20 septembre 2019, 28 septembre 2018, 3 octobre 2019 et 6 février 2020 et de la décision " 48 SI " du 8 janvier 2021 susmentionnée.

Sur la recevabilité :

2. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral que les points retirés à la suite des infractions constatées les 21 février 2016, 16 juillet 2017, 15 novembre 2017 et 20 septembre 2019 ont été restitués avant l'introduction de la requête, en application de l'article L. 223-6 du code de la route. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points consécutives à ces infractions sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité des décisions successives de retrait de points :

S'agissant du moyen tiré du défaut d'information préalable :

3. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

Quant aux infractions constatées les 23 octobre 2015 (1 point), 12 janvier 2016 (1 point), 19 janvier 2017 (1 point) et 15 mai 2019 (1 point) :

4. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. Tant avant qu'elles ne soient rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28 que depuis l'entrée en vigueur de cet arrêté, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration est revêtu de mentions qui permettent au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points et qui portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre que cet avis était inexact ou incomplet.

5. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B que ces infractions ont été relevées par radar automatique. Il résulte également des mentions de ce relevé que ces infractions ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction que M. B a payé les avis d'amendes forfaitaires majorées relatifs à ces infractions. Dans ces conditions, le ministre n'établit pas la preuve qui lui incombe que le contrevenant aurait reçu l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. M. B est, dès lors, fondé à soutenir que les retraits de points afférents à ces infractions doivent être annulés.

Quant aux infractions constatées les 6 février 2017 (3 points), 28 septembre 2018 (4 points) et le 3 octobre 2019 (3 points) :

6. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées.

7. Il ressort des pièces du dossier que les infractions commises les 6 février 2017, 28 septembre 2018 et 3 octobre 2019 ont été constatées au moyen de procès-verbaux électroniques et ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée. Les procès-verbaux électroniques versés au dossier par l'administration ne sont pas signés par le requérant et ne mentionnent pas qu'il aurait refusé de signer. En outre, la circonstance, alléguée par le ministre, que pour l'infraction du 6 février 2017, M. B aurait bénéficié de la communication de ces informations à l'occasion des infractions commises les 14 août 2015 et 28 septembre 2018 n'est pas suffisante pour établir que les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ont été régulièrement délivrées à l'intéressé. Par suite, l'administration n'apporte pas la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Dès lors, les retraits de points correspondant à ces infractions doivent être annulés

Quant à l'infraction constatée le 6 février 2020 (4 points) :

8. Le ministre de l'intérieur produit le procès-verbal électronique établi le 6 février 2020, signé par le requérant. Il suit de là que la preuve de la délivrance de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route est rapportée par le ministre s'agissant de cette infraction.

Quant à l'infraction constatée le 14 août 2015 (3 points) :

9. L'article L. 225-1 du code de la route fixe la liste des informations qui, sous l'autorité et le contrôle du ministre de l'intérieur, sont enregistrées au sein du système national des permis de conduire. En particulier, le 6° de cet article prévoit l'enregistrement dans ce système " de toutes décisions judiciaires à caractère définitif en tant qu'elles portent restriction de validité, suspension, annulation et interdiction de délivrance du permis de conduire, ou qu'elles emportent réduction du nombre de points du permis de conduire ainsi que de l'exécution d'une composition pénale ". En vertu de l'arrêté du 29 juin 1992 fixant les supports techniques de la communication par le ministère public au ministère de l'intérieur des informations prévues à l'article L. 30 (4°, 5°, 6° et 7°), devenu l'article L. 225-1 (3°, 4°, 5° et 6°), du code de la route, les informations mentionnées au 6° de l'article L. 225-1 de ce code sont communiquées par l'officier du ministère public par support ou liaison informatique.

10. Il résulte des dispositions précitées que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention d'une condamnation pénale devenue définitive. Le titulaire d'un permis de conduire n'établit pas, ainsi qu'il lui incombe de le faire, l'inexactitude d'une telle mention en se bornant à justifier qu'il a présenté un recours contre une condamnation à une date postérieure à celle à laquelle, selon le relevé intégral d'information relatif à son permis, elle a acquis un caractère définitif. Dans l'hypothèse où la juridiction pénale, statuant sur le recours ainsi introduit, le jugerait recevable et annulerait la condamnation postérieurement au rejet par le juge administratif du recours dirigé contre la décision de retrait de points ou celle constatant la perte de validité du permis, il appartiendrait à l'administration de retirer cette décision.

11. Il résulte de l'instruction et des termes mêmes du relevé intégral d'information relatif au permis de conduire du requérant que la réalité de l'infraction commise le 14 août 2015 a été établie par une condamnation devenue définitive le 21 octobre 2017 du tribunal de Courbevoie. M. B, qui se borne à contester la motivation de cette condamnation, n'établit pas, en tout état de cause, qu'il aurait formé l'opposition prévue par l'article 495-3 du code de procédure pénale contre cette condamnation, laquelle, selon le relevé intégral d'information, a acquis un caractère définitif. En l'état de l'instruction, ses conclusions tendant à l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur portant retrait de trois points de son permis de conduire ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

S'agissant du moyen tiré du fait qu'il ne serait pas l'auteur des infractions contestées :

12. Si M. B demande l'annulation de ces décisions au motif qu'il n'en est pas l'auteur, un tel moyen est inopérant pour contester devant le juge administratif la légalité d'une décision ministérielle de retrait de points dès lors que l'appréciation de la matérialité d'une infraction au code de la route relève de la seule compétence du juge judiciaire dans le cadre de la procédure pénale. Dès lors, ce moyen ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation des décisions de retrait de points constatées les 23 octobre 2015 (1 point), 12 janvier 2016 (1 point), 19 janvier 2017 (1 point), 15 mai 2019 (1 point), 6 février 2017 (3 points), 28 septembre 2018 (4 points) et 3 octobre 2019 (3 points).

En ce concerne la légalité de la décision " 48 SI " en date du 8 janvier 2021 :

14. La décision du ministre constatant l'invalidation du permis de conduire de M. B récapitule les décisions de retrait de points annulées par le présent jugement. Or, en vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. Ainsi, dès lors que, par le présent jugement, il est procédé à l'annulation de décisions de retrait de points précitées, pour un total de 14 points, le solde de points rattaché au permis de conduire de M. B est redevenu positif. Dès lors, la décision du 8 janvier 2021 doit aussi être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. L'annulation contentieuse d'une décision portant invalidation d'un permis de conduire à raison de l'illégalité d'un ou de plusieurs des retraits de points qui la fondent implique nécessairement que l'administration reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés. Elle doit à cette fin les rétablir dans le traitement automatisé mentionné à l'article L. 225-1 du code de la route et reconstituer le capital de points attaché au permis de conduire tel qu'il devrait être, à la date où le jugement est exécuté, si les retraits illégaux n'étaient jamais intervenus, le cas échéant en faisant application des règles relatives au permis probatoire et des règles de reconstitution automatique prévues à l'article L. 223-6 du code de la route. Le capital de points détenu à cette date résulte toutefois également des décisions de retrait ou de reconstitution de points qu'il appartient à l'administration de prendre à raison de circonstances qui n'avaient pu être prises en compte aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire, telles que des infractions autres que celles qui avaient fondé les retraits contestés devant le juge, et des conséquences de ces nouvelles décisions sur l'application des règles relatives au permis probatoire et aux reconstitutions automatiques.

16. Dans ces circonstances, et compte tenu des motifs de l'annulation retenus, si l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le ministre de l'intérieur prenne une nouvelle décision sur le capital de points et le droit de conduire de M. B après avoir tiré toutes les conséquences du présent jugement, elle n'implique en revanche pas nécessairement que le ministre procède à la reconstitution du capital de points affecté au permis de conduire de M. B et qu'il restitue à ce dernier son titre de conduite. Dès lors, il y a seulement lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur, après avoir tiré toutes les conséquences du présent jugement, de prendre une nouvelle décision sur le capital de points et le droit de conduire de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande de M. B présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : Les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré des points du permis de conduire de M. B à la suite des infractions commises 23 octobre 2015, 12 janvier 2016,

19 janvier 2017, 6 février 2017, 28 septembre 2018, 15 mai 2019 et 3 octobre 2019 sont annulées.

Article 2 : La décision référencée " 48 SI " du 8 janvier 2021, en tant qu'elle constate que le permis de conduire de M. B a perdu sa validité, est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de reconnaître à M. B le bénéfice des points retirés à la suite des infractions mentionnées à l'article 1er ci-dessus, sous réserve qu'ils aient déjà été restitués, et, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer la situation du requérant pour en tirer les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2023.

La vice-présidente,

signé

E. CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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