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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2102135

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2102135

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2102135
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDUHAYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2021, M. B A, représenté par Me Duhayon, avocate, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision, en date du 17 décembre 2020, par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a rejeté sa demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder au réexamen de ses droits dans un délai de huit jours et de lui faire bénéficier sans délai de l'allocation pour demandeur d'asile, à compter de la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil au mois de juin 2020, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à Me Duhayon, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

M. A soutient que la décision contestée :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- méconnaît l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 20 point 1 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- est illégale, dès lors que sa demande d'asile a été enregistrée en " procédure accélérée " par le préfet du Val-d'Oise le 4 décembre 2020 ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par M. A n'est fondé.

Par une décision en date du 12 juillet 2021, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers ou un apatride (refonte) ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

** M. A, demandeur d'asile de nationalité gambienne, conteste la décision, en date du 17 décembre 2020, par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a rejeté sa demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Si, comme en l'espèce, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement, au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil, ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

3. La décision dont l'annulation est demandée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, dès lors, suffisamment motivée.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy n'aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la situation du requérant avant de prendre la décision contestée

5. Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision contestée : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. / Lors de l'entretien, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale () ".

6. Lorsqu'il est saisi d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas tenu de procéder à un nouvel entretien de vulnérabilité avec le demandeur d'asile. En défense, l'Office français de l'immigration et de l'intégration soutient et justifie que, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile, le 21 février 2019, M. A a pu bénéficier d'un entretien avec " un agent formé spécifiquement et dans une langue qu'il comprend " au cours duquel sa situation a été évaluée, que cette évaluation n'a pas mis en lumière d'éléments particuliers de vulnérabilité, que M. A n'a pas alors fait état de problème de santé particulier et que, sur une échelle de 0 à 3, sa vulnérabilité a été évaluée à 1. L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait aussi valoir qu'il a été procédé à un réexamen de vulnérabilité après la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil et que cet examen s'effectue en principe sur pièces de l'intéressé.

7. M. A verse au dossier un certificat établi le 28 janvier 2021 par un médecin généraliste, qui expose qu'il présente " une pathologie pouvant être aggravée par le contact quotidien avec des moisissures, de l'humidité, des acariens ou tout autre type de pollution intérieur " et que son état de santé " est incompatible avec un logement avec ce type d'allergènes ". Toutefois, ce certificat n'est pas suffisamment circonstancié pour remettre utilement en cause les conclusions auxquelles est parvenu l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'agissant de l'appréciation de la vulnérabilité du requérant. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision dont il demande l'annulation a été prise sur une procédure irrégulière ou que sa vulnérabilité n'a pas été examinée avant son édiction.

8. Si les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et acceptées initialement par le demandeur d'asile peuvent être modifiées, en fonction notamment de la situation de celui-ci ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas pour l'Office français de l'immigration et de l'intégration l'obligation de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées initialement. La circonstance que la demande d'asile du requérant ait été enregistrée en " procédure accélérée " le 4 décembre 2020 n'imposait donc pas à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de faire droit à la demande de M. A.

9. Aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Le transfert du demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3 () 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté () à dix-huit-mois au maximum si la personne concernée prend la fuite () ".

10. Si M. A conteste avoir manqué à son obligation de présentation aux autorités et qu'en tout état de cause une seule absence à une convocation ne suffit pas à conclure au non-respect de cette obligation, il ressort des pièces versées au dossier par l'Office français de l'immigration et de l'intégration que le requérant ne s'est pas présenté, sans motif légitime, dans le cadre de la procédure Dublin à l'embarquement pour le vol à destination de Madrid le 17 octobre 2019. Cette seule circonstance permettait à l'administration de déclarer M. A en fuite au sens du 2. de l'article 29 du règlement du 26 juin 2013 dont les dispositions sont rappelées ci-dessus. Il en résulte que le requérant doit être regardé comme n'ayant pas respecté son obligation de se présenter aux autorités.

11. Le requérant ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article 3 de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 qui a fait l'objet d'une transposition en droit interne et dont il ne critique pas les mesures de transposition.

12. Au terme de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

13. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant se trouvait, à la date à laquelle il a présenté sa demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil dans une situation de particulière vulnérabilité. Il suit de là que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du citoyen, dont les stipulations sont rappelées ci-dessus, et de l'erreur d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

15. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de M. A ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

16. Les dispositions législatives visées ci-dessus font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, M. Prost, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

signé

F.-X. PROSTLa greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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