jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2102153 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre (J.U.) |
| Avocat requérant | SAID |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2101023/12-1 du 10 février 2021, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en application des articles R. 312-12 et R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la requête de M. A, enregistrée le 19 janvier 2021.
Par cette requête, enregistrée sous le n° 2102153, M. A, représenté par Me Saïd, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 juin 2020 par laquelle le directeur central des compagnies républicaines de sécurité lui a infligé la sanction disciplinaire de blâme, ensemble la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours hiérarchique du 17 septembre 2020 ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de supprimer cette sanction de son dossier individuel ;
3°) de condamner l'Etat aux dépens de l'instance ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors, d'une part, que le rapport d'enquête administrative sur lequel elle est fondée est partial, et, d'autre part, qu'il a été privé du principe du contradictoire ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article R. 434-12 du code de sécurité intérieure, dès lors qu'aucun manquement relatif à sa vie privée ne peut lui être reproché ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Oriol, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Oriol, rapporteure ;
- et les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été recruté en qualité de gardien de la paix le 1er septembre 2010 et affecté le 1er septembre 2011 à la compagnie républicaine de sécurité de Deuil-la-Barre (Val-d'Oise). En avril 2019, son ex compagne et mère de sa fille, Mme G D, a dénoncé à l'autorité judiciaire des faits de violence conjugale, dont l'autorité hiérarchique a été informée. Une enquête administrative a donc été ouverte et diligentée par l'inspection technique de la direction centrale des compagnies républicaines de sécurité. Il en est ressorti que M. A avait adopté un comportement inadapté à l'égard de sa compagne, qui l'a notamment accusé de l'avoir insultée et de lui avoir craché au visage, et usé de manœuvres d'intimidation à son endroit. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 12 juin 2020 par laquelle le directeur central des compagnies républicaines de sécurité lui a infligé la sanction disciplinaire de blâme, ensemble la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours hiérarchique du 17 septembre 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision d'engager une procédure disciplinaire à l'encontre de M. A, qui a conduit au prononcé de la sanction de blâme en litige, a été prise au vu d'un rapport consécutif à une enquête administrative diligentée par le capitaine F, adjoint au chef du bureau des expertises techniques et opérationnelles et des enquêtes disciplinaires. M. A ne saurait utilement soutenir que la méconnaissance du principe d'impartialité par M. F, dont la mission ne constitue pas une phase de la procédure disciplinaire, affecterait la régularité de cette procédure et entacherait d'illégalité la décision attaquée. En tout état de cause, M. A, qui ne saurait en toute hypothèse se prévaloir des stipulations du 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne justifie en rien de l'impartialité invoquée en se bornant à soutenir que l'enquête a été conduite à charge.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la fiche de sanction en litige, que M. A a été informé le 24 avril 2020 de la possibilité d'obtenir la communication intégrale de son dossier, mais n'y a pas donné suite, comme l'atteste le procès-verbal de carence dressé le même jour par le commandant E. Il ressort par ailleurs du courrier du 24 avril 2020 rédigé par M. A lui-même que son supérieur hiérarchique lui a indiqué qu'il disposait d'un délai de quinze jours pour consulter son dossier, garantie dont il a finalement entendu bénéficier le 28 avril 2020, après avoir reçu une demande vierge de consultation. Cette demande ayant été confirmée sous forme dactylographiée le 12 mai 2020, le commandant de M. A lui a transmis le même jour l'ensemble des pièces utiles de son dossier disciplinaire, y compris le rapport d'enquête ayant motivé la sanction disciplinaire de blâme en litige. Ensuite, il a été fait droit à la demande réitérée de M. A, reçue le 14 mai 2020, de consulter personnellement son dossier et d'en prendre copie, ce qui a été fait le 19 mai 2020. M. A l'a d'ailleurs reconnu dans ses observations adressées à son commandant le 25 juin 2020 et en réglant la somme de 34,22 euros correspondant au coût des 103 copies qu'il a demandées. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que M. A, dont il ressort des pièces du dossier qu'il a été entendu au moins deux fois au cours de l'enquête administrative dont il a fait l'objet, a été privé du principe du contradictoire doit être écarté comme manquant en fait. Au surplus, il ne résulte d'aucune des dispositions de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ni d'aucun principe général du droit qu'un agent devant faire l'objet d'une sanction du premier groupe doit être, au préalable, invité à présenter des observations écrites. Dès lors, M. A ne saurait faire grief à sa hiérarchie de ne pas avoir tenu compte de ses observations écrites du 25 juin 2020, avant que la décision attaquée ne lui soit notifiée le 17 juillet suivant.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 66 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. / Premier groupe : l'avertissement ; le blâme / () ". Selon l'article R. 434-12 du code de la sécurité intérieure : " Le policier ou le gendarme ne se départ de sa dignité en aucune circonstance. / En tout temps, dans ou en dehors du service, () il s'abstient de tout acte, propos ou comportement de nature à nuire à la considération portée à la police nationale et à la gendarmerie nationale. Il veille à ne porter, par la nature de ses relations, aucune atteinte à leur crédit ou à leur réputation. ". L'article R. 434-15 du même code dispose que : " () Respectueux de la dignité des personnes, il veille à se comporter en toute circonstance d'une manière exemplaire, propre à inspirer en retour respect et considération. ". Enfin, aux termes de l'article R. 434-27 du même code : " Tout manquement du policier ou du gendarme aux règles et principes définis par le présent code de déontologie l'expose à une sanction disciplinaire en application des règles propres à son statut, indépendamment des sanctions pénales encourues le cas échéant. ".
5. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que dans son audition du 11 avril 2019, M. A a reconnu que pour dissuader sa compagne de faire un scandale au poste de police, admettant ainsi implicitement mais nécessairement les faits de violence qui lui sont reprochés, il lui avait indiqué que des photos d'elle, dénudée, circulaient dans la compagnie, avant de reconnaître que c'était " faux et maladroit ". Il ressort par ailleurs de son courriel du 24 avril 2019 adressé à M. F que Mme D a reconnu que M. A l'avait insultée, lui avait craché au visage et mis la main sur la mâchoire pour l'empêcher de crier. Enfin, lors de son audition du 17 avril 2019, Mme C, ex compagne de M. A, a indiqué qu'en mars 2018, dans un accès de jalousie et de rage, il l'avait fait chuter, lui cassant ainsi deux côtes, tandis qu'en juin 2018, à l'occasion d'un voyage à Bruges (Belgique), il avait saccagé les affaires de leur chambre et l'avait fait tomber. Mme C a ajouté que M. A dénigrait sans cesse Mme D et reconnaissait l'avoir insultée et violentée, étant même allé jusqu'à pointer une arme sur elle. Ces agissements envers son ex compagne et mère de son enfant, que ne conteste pas M. A, sont, de par leur gravité, indignes et de nature à porter atteinte à la réputation de la police nationale, laquelle, contrairement à ce qu'il soutient, ne s'apprécie pas seulement à l'aune des manquements constatés dans le cadre professionnel. Le moyen tiré de ce que l'autorité hiérarchique qui a infligé la sanction de blâme à M. A a commis une erreur de droit au regard des dispositions précitées de l'article R. 434-12 du code de sécurité intérieure doit donc être écarté.
7. D'autre part, la gravité des manquements évoqués au point 6 ci-dessus, constitutifs d'une faute au regard des obligations déontologiques qui s'imposent aux fonctionnaires de police, justifiait l'infliction d'une sanction disciplinaire. Le moyen tiré de ce que la décision de blâme en litige est entachée d'une erreur d'appréciation ne peut donc qu'être écarté.
8. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la sanction en litige, fondée sur des faits établis et proportionnée à ceux-ci, serait entachée d'un détournement de pouvoir.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les dépens de l'instance :
10. M. A n'établit pas avoir engagé de dépens dans la présente instance. Sa demande tendant à ce qu'ils soient mis à la charge de l'Etat ne peut donc, en tout état de cause, qu'être rejetée.
Sur les frais liés à l'instance :
11. L'Etat n'étant la partie perdante à l'instance, les conclusions de M. A présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.
La magistrate désignée,
Signé
C. ORIOL
La greffière,
Signé
V. RICAUD
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026